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3° ExEMPLE DE MoTs où LE G, MÊME PRÉCÉDÉ D'UNE LETTRE AUTRE QUE I, NE soNNE PAs.

Et pour un peu de gloire vaine, Ont-ils perdu Dieu et son règne. (R. de la Rose, tom. I, p. 16.) Pour Bourbonnois grandir en leur fortune D'un Scipion, qui pour eux parle et pugne. (Les 7 dames de Rhétoriq.) Un seigneur qui régne Prend de l'œil son conseil, comme le temps le meine. (Pasquier, Poés. div., p.918.) Régne, esperme (Chron. des ducs de Norm. Il, p. 421), chesne, régne (Marot, lI, p. 284), régnes, raines (J. de Montlyard, p. 55.)

Ceux qui pourraient douter de la non-prononciation du g dans ces rimes et les suivantes :

Iceu fut fait par tout le regne
N'i ont esperne enfant ne femme.
(Chr. des ducs de Norm. II, p.419.)

n'éprouveront plus le moindre doute à la lecture de celles-ci :

Puille ont Roger Borse et le renne
Qui fu de la secunde femme.
(Chr. des ducs de Norm. III, p. 160.)

4° ExEMPLES DE MoTs où LE G, MÊME ÉTYMOLOGIQUE, EST sUPPRIMÉ DANs L'oRTHoGRAPHE, COMME IL L'ÉTAIT DANS LA PRONONCIATION.

La sousquanie qui fu blanche
Senefioit que douce et franche
Estoit celle qui la vestoit.
(Th. fr. au moyen âge, Buchon, note, p. 103.)
Les eulz cliniez, vos beserai,

Cliniez donc. Il a clinié. (R. du Ren. vs. 1767.) La face li a gratinée. (Id. vs. 2591 ) Et si autre asinasionz vous estoiet depuis faitez. (Lett. autogr. de Ch. V. à P. Scalisse, 1367.) Esgratinent (Gar. le Loherain, Pref., p. LXXXV.); sénésie (R. du Ren. vs. 105, 119, 129, 173, etc.); esparniant (Chr. des d. de Norm. II, p. 453.); Cyprine, benine (J. de Montlyard, p. 358.) ; maline, s'ostine (Desportes, ps. 35.); maline, voisine; maquinons (Vauq. de la Fresn. art poét.) Elle avait évité la perfide machine Lorsque, se rencontrant sous la main de l'oiseau, Elle sent son ongle maline. (La Fontaine, VI, 15.) L'auberge enfin de l'Hyménée Lui fut pour maison assinée. (ld. VI, 20.) Au XVI° siècle une double prononciation se dessine; les uns font sonner le g, les autres non, s'il faut s'en rapporter à G. du Guez: « Le gn, dit-il, se prononce devant une voyelle, Ex. : gagna, saigna, ligne, pigne, vigne, tigne, compagne, laigne, mignon, mignarde, excepté dans plusieurs (many) mots où il s'écrit sans se prononcer comme digne, cigne, magnanime, etc. » La plupart des poètes confirment cette règle par leurs rimes. Claude de S'-Lien écrivait 40 ans après : Dans les mots cognoistre, cigne, regnard, signe, le g est tout à fait muet. » Au XVII° siècle on ne trouverait plus, si ce n'est dans les premières années, de traces de cette prononciation dans les œuvres poétiques ('). On en surprendrait encore beaucoup dans la conver

(l) D'une main deffendant le bruit
Et de l'autre jettant la ligne,
Elle fait qu'abordant la nuict
Le jour plus bellement décline.
(Théophile, ode : Un soir que...)

sation. « Les Parisiens, amoureux d'un parler doux et mignard disent presque tous (en 1688) aneau pour agneau. » (N" obs. pag. 74.) J'ai cité plus haut maline et assinée de La Fontaine, et je lis la phrase suivante dans une lettre du P. Rapin à M" de Sablé : « La rayne et madame de Toscane vont à S'-Clou, dont la beauté naturelle sera réausé de toute les musique possible et d'un repas manifique. » Le P. Rapin n'est pas le premier venu et cet exemple démontre que la prononciation de gn en n, du moins dans certains mots d'où elle a disparu aujourd'hui, est encore vivace dans la conversation et dans le style familier.

Au XVIII° siècle le son du g s'accentue excepté dans signe et ses composés. Néanmoins « bien des gens à Paris et en province prononcent aneau en fait de table et de cuisine, mais on dit agneau avec gn mouillé en fait de bercail et de bergerie. » (Bibl. des enf. 1733, p. 201.) Restaut est à ma connoissance le dernier grammairien qui ait signalé cet usage : « Le g, dit-il, ne sonne pas dans assigner, résigner, signe, signet, signifier, soussigner et semblables. » (Traité de l'orthogr. franç. p. XXV. — 1764.)

Aujourd'hui il ne reste plus de cette prononciation que sinet pour signet.

De la sifflante X.

RÈGLE I. — X sonne non ixe, mais isque dans le dialecte blaisois. Le paysan transporte naturellement cette prononciation vicieuse dans quelques mots, généralement dissyllabiques, terminés en xe. Ainsi tandis qu'il donne à l'x son vrai son dans cxemple, exécuter, exercice, pron. : euxampe, axéqueuté, axarcice, il dit fisque, leusque, sesquc au lieu de fixe, luxe, sexe.

Je ne me rappelle pas avoir surpris de traces de cette prononciation au moyen-âge (o), mais un grammairien du XVIII° siècle

(1) V. Brachet, Dict. Etym. aux mots Tâche et Lâche.

la condamne en ces termes : « A Paris bien des maîtres appelant isque la lettre x, on trouve des gens qui disent et qui lisent ensuite asque, tasque, fisque, etc., au lieu d'acse, tacse, ficse, etc., pour les mots écrits axe, taxe, fixe, etc. Ce défaut, assez général dans de petites écoles de Paris, et même dans de bons colléges, montre de quelle importance il est de bien faire nommer la lettre, non seulement la lettre x, mais toutes les lettres de l'A B C. » (Bibl. des Enf. 1733, p. 205.)

RÈGLE II. — X précédé d'une et suivi d'une consonne se transforme en s; Ex. : eskeuzé, escomeunié, espouser pour excuser, excomunier, exposer.

Ses pechiez ne sera jamès espurgiez par sacrefices. (M. s. J.) Comme rebelles et escommeniez. (Lett. de Rois, etc. Alix de Bretagne, 5 févr. 1275.) Je cuit bien que s'escusera. (R. du Ren. vs. 9897.) Je feray le mieulx que je pourray pour l'espurger. (Palsgr. p. 729.)

Cette prononciation est conforme à la règle de Palsgrave qui dit que les Français ne prononcent jamais trois consonnes de suite, excepté dans strideur et splendeur. De même en effet que dans obscur, s'abstenir et autres mots semblables nos paysans suppriment le b, de même et logiquement dans les mots commençant par exp, exc, etc. (ecsp, exsc) ils suppriment le son du c ou du g, renfermé dans l'x.

CINQUIÈME PARTIE.

CHAPITRE I.
De l'article .

RÈGLE I. — L'e de l'article masculin ne se prononce jamais, même quand le substantif suivant commence par une consonne ; Ex. : Ya l'feu à Conkeuriée (o). Rends lli (*) l'liveurr'qu'y t'a peurté (o). REMARQUE. — Quand le est précédé d'un mot, terminé par un e muet, la métathèse de l'e se produit et l'article se prononce eul ; Ex. : L'viau, la vache, eul boeu, tout ha breulé (o). Faut lli (*) prende eul chian (o). RÈGLE II. — L'article la s'emploie souvent, comme en italien, pour désigner la femme, devant le nom de famille du mari: Ex. : La Roussiau, la Roussiaute (la femme de Rousseau); la Barbançon, la Barbançonne ou la Brebançon, la Brebançonne (la femme de Brabançon).

(1) Il y a le feu à Concriers.
(2) Rends lui le livre qu'il t'a prêté.
(3) Le veau, la vache, le bœuf, tout a brûlé.
(4) Ces deux ll sonnent mouillés comme l'italien gli.
(5) Il faut lui prendre le chien.

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