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Parguié, monsigneur Ventremille, L'on ne voit que nous à la ville. (Le remerciement et harangue des paysans de Sarcelles à M" de Vintimille leur archevesque, etc., Aix, 1732.) 5° T en q ou k, très commun en blaisois dans les terminaisons en tien, tier, tière, tion, tiot; Ex. : chrétien, métier, laitière, j'étions, petiot, pron. : keurquian, mékier, léquiéere, j'ékions, pequiot, etc. (V. IV° partie, des dental. D, T; du T, Règ. I, p.232.) C'est de la noblesse à Maquieu Furon. (Le Ped. joué, II, 2, p. 34.) 6° X en s. Escuse, esploit pour excuse, exploit K'il desirst l'esploit d'altrui. (S Bern. p. 569. Cf. Rois. p. 244.) En composition populaire, ex devient toujours es. Cf. le latin de ex devenu en français dès.

XI. TRANSFORMATION D'UNE voYELLE EN CoNsoNNE.

Cette transformation est rare dans les substantifs. Je ne connais que brégement pour breiement (broiement), nom dérivé de bréger, plus usité que breyer (broyer). Néger, (o)usité quelquefois en place de néier (noyer) n'a pas laissé de substantifs dans le dialecte, où l'on emploie néiade, équivalent au fr. noyade et néie, ou mieux néye, fosse d'un jeu de boule où les boules vont se perdre, se noyer. Quelques autres verbes, employés surtout dans les parties du Blaisois qui touchent au Berry ou au Maine, comme éméger, séger pour éméier (émoyer), séier (soyer-scier) n'ont pas de substantifs dérivés de la forme en ger, bien que je n'oserais pas affirmer n'avoir pas entendu émégement pour émoi.

C'est ainsi que brayette diminutif de braie, tend à devenir ou plutôt est devenu de nos jours braguette. En revanche, nous avons

(1) Cf. le Péd. joué, p. 49 : C'est ly qui s'alit néger à la grand mare.

une tendance très marquée à transformer baguette en bayette, ce qui semblerait attester que la métamorphose de l'y en g dur dans brayette est provoquée par la présence de l'r dans la syllabe immédiatement précédente. Cf. sur la prononciation du g allem. en i, Jans-Ganz, Phil. Chasles, Ét. sur l'All. p. 21.

XII. FIGURES DE PHONÉTIQUE.

Le dialecte blaisois s'éloigne du français, non seulement par l'application aux mots usités dans l'un et l'autre idiôme d'une prononciation différente, mais encore par l'emploi de certaines figures de phonétique, dont les principales sont la synérèse, la diérèse, l'épenthèse, l'apocope, l'aphérèse, la syncope, la métathèse, l'attraction.

I. SYNÉRÈSE : Flau (fléau), péezan (paysan).

Ainsi, mon gentil Belleau,
De l'ignorance le fleau.
(Est. Pasq. II. 217.)
Car qu'eust peu lors savoir le paisan apelé
Avecques le bourgeois confusément meslé ?
(Vauq. de la Fr. Art poétiq. p. 74.)
Et la bonne paysanne, apprenant mon désir.
(L'école des Femmes, I, 1.)

Voir même scène : Je sais un paysan... (sans synérèse.)
II. DIÉRÈSE : Aide, aider (aide, aider). J'hais (je hais.)

Se je l'aide a desserrer. — Ne par moi n'i aurez aie. (R. du Ren. vs. 629 et 2577.) Amy, ne t'en esbahy ; Mon jugement et ma plume Sont forgez dessus l'enclume D'une que j'aime et hay. (Est. Pasq. au Lecteur.) « Ah! Jupiter ! ayydé l hé! pourquoi souffrez-vous qu'il me soit fait un tel affront ! Ayyde! hé! se peut-il rencontrer sous la calotte des cieux une

plus malheureuse que moy? ayyde. » (La Rencontre de Gros Guill. avec G. Garguille.)

III. ÉPENTHÈsE : Estatue, esquelette (statue, squelette) :

J'ay ce Testament très estable
Faict de dernière voulenté.
(Fr. Villon, Gr. Test X, pag. 45.)

« Selon notre coutume qui met un e devant les mots qui commencent

par un s (l'auteur devrait dire par deux consonnes dont la premiére est

un s) nous disons estude, esprit, espée, Espagne, et ainsi des autres mots,

quoique nous nous soyons heureusement défaits d'estatue et d'estupide, que

les Provençaux retiennent encore. » (Sarrazin, opinion du nom et du jeu des eschecs, p. 261.) A

Tous les mots de formation populaire dont la racine commence par deux consonnes dont la première est un s, ont pris en français l'e épenthétique. Scabeau (Marot. ps.) et scadron (Du Bellay), après une courte lutte, sont devenus définitivement au XVI° siècle escabeau et escadron. Escorpion (J. Mol. p. 194. Le Calendrier) n'a pas survécu. Cf. Cur. inouies, p. 255 et 485.

— L'épenthèse a encore lieu par l'interposition du son e (eu) entre deux consonnes dont la seconde est une des liquides r ou l ; Ex. ; peupelier, perions, berouette (peuplier, prions, brouette.)

C'est paine pour la chamberière
De la porter hors de ce lieu.
(Fr. Villon, p. 314.)

« A l'égard des silabes ions dans prions, crions, publions, etc. et des silabes ier dans sanglier, meurtrier, etc., l'usage qui veut qu'on en fasse deus paroit bien établi à cause des deux consonnes consécutives dans la même silabe ; ces deus consones font que l'on est forcé de prononcer en trois silabes fisiques perions, kerions, pubelions, etc., et en quatre les mots sanguelier, meurterier, etc., quoique l'e muet n'y soit point écrit. » (Biblioth. des Enf. p. 168.)

On ajoute aussi un r dans renchardissement, subst. du verbe renchardir pour renchérir.

IV. APHÉRÈSE. — L'aphérèse est le retranchement d'une aspiration, d'une lettre ou d'une syllabe initiale :

Cette funeste défaite d'Huguenots. (Cur. in. p. 124.) Je sors donc de ma chambre, hâté de cette escorte. — Hâté se doit aspirer. (Not. de Malh. sur Desp.) Très aut et très noble prince. (Lett. de Rois, I, p. 206.) Comment les lices et les chassaulx du champ sont le siège de la croix. (Cérim. des gages de batailles, pag. 20.) Le crime fait la honte et non pas le chafaud. (Lettre de Ch Corday; arch. de l'Empire, hôtel Soubise.) Le masle de l'épervier est appelé mouchet. (H. Est. Précell. p. 131.)

V. sYNCoPE. — C'est la suppression d'une syllabe médiale :

Rossignoletz doux et mélodieux
Et chardonnetz d'apprendre estudieux.
(Le Maire, fol. CLXXI. v°)
Ou pas a pas le long des buissonnetz
Allois cherchant le nid des chardonnetz.
(Cl. Marot, Tom. I. p. 108.)
Les Centaures étaient animaux monstreux.
(J. de Montl. p. 695.)

VI. APoCoPE oU RETRANCHEMENT D'UNE sYLLABE FINALE. — Prime, preume ou preu; seg ou seug; aristo; démoc-soc, nigaud, etc.

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Empreu et deux.
(M" P. Path. p. 36.)

VII. MÉTATHÈSE. — Il y a deux lettres que l'ontranspose en blaisois, la liquide l et surtout la liquide r; quelquefois quand elles sont suivies d'un o, toujours quand elles sont suivies d'un e ; Ex. : barbis, bertön, queurquien, pimpernelle ou pimpeurnelle, un froumi (brebis, breton, chrétien, pimprenelle, une fourmi.)

Attendez-le, que jà venra praici.
(M. des Vierg. sag. etc. Buchon, p. 4.)
Que il monteploie et pourfite.
(J. Bodel ; Buchon.)
De souffrir que mi gage
Voisent à tel poverté.
(M. de Théoph. Buchon, p. 152.)
Je ne sé si en Bertangue l'aseteront (Lett. de Ph. de Com.)
Pernez mil Francs de France notre tere.
(Ch. de Rol. I, 3.)
La venoit
Un renard qui vit ce formaige :
Pensa à luy : Comment l'auray-je ?
(M" P. Path. p. 47.)
Devers Joseph vint le peuple paoureux
Voulant de lui acheter du fourment.
(Quadr. histor. XLI.)

VIII. ATTRACTIoN. — 1° R se change généralement en l quand il est suivi de cette dernière lettre.

Dieu tousjours les tourmente et grève
De soubs et sus par tot aller,
Et devant les barons paller.
(Guill. de Lorris.)
Volontiers à eux palleroient
S'il ensemble avoir les pouoient.
(S Graal, vs. 1400.)

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