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parfois en ent dur même les terminaisons en ent muet : y négligeânt, y conviânt, y déviânt. Ex.:

Hélas! il me souvient

D'un qui fut mon parent. (Oliv. Bass., p. 52.)

En nom Dieu, sire, y vous convient

Que vous me menez devers le Roy

De Frauce tout présentement. (M. du S. d'Orl. vs . 7196.)

Ton Gis Pamphile entretient

Cette garse a bon escient.

(Bonav. des Périers, l'Andrie, p. 252.)

C'est surtout aux imp. du sub. que l'on rencontre la troisième pers. du pluriel, dont la finale est aujourd'hui muette, terminée en ant. Cf. Rois, pag. LXXXIV, qu'ils ceinsissant et pag. 43, venissant. Mais l'imp. du subj. n'existe pas en blaisois.

J'ajouterai encore ici quelques citations à l'appui de ma thèse. On a déjà vu que Palsgrave au XVIe siècle, le P. Chifflet au XVII" reconnaissaient une différence bien tranchée entre les sons an et en. Henri Estienne la signale également: « Le vulgaire, dit-il, prononce tams, prudant, santance, et s'excuse sur les poètes qui font rimer constant et temps. C'est une faute : il faut donner à chaque lettre le son qui lui est propre; on évite ainsi les équivoques d'embler (enlever) et de ambler (aller l'amble). » — « Une autre sorte d'e masculin, ajoute-t-il, est Ye des mots comme chien, mien, lien, sien, vien où il se prononce chiin, miin, etc. Mais cela a lieu principalement dans les mots monosyllabes, ou qui se prononcent comme les monosyllabes; tels sont ceux qui précèdent, car pour lien, moyen, ancien, praticien on ne peut d'aucune façon dire la même chose. »

Ces dernières lignes sont précieuses, en ce qu'elles servent à nous indiquer d'une manière précise l'époque ou la prononciation des monosyllabes en ien s'est modifiée. Prononcez mianne, tianne, sianne, dit Palsgrave; prononcez miin, tiin, siin, dit H. Eslienne. C'est donc entre 1530 et 1570 que ce changement s'est opéré.

Voici ce qu'environ dix ans après écrivait, en s'inspirant probablement de H. Estienne, Claude de Saint-Lien (n'allez pas prononcer de Saint-Lian; Lian se disait en 1572; il ne se dit plus en 1580): « L'e devant m et n au milieu et à la fin des mots prend une prononciation qui tient le milieu entre l'a et l'e; ainsi pour attentivement on dit presque attentivemant. Cette syllabe en se prononce comme elle est écrite, c'est-à-dire par e dans mien, tien, sien, lien, bien. A ces mots je voudrais qu'on joignit tous ceux qui sont terminés en ien, yen, ient, comme il convient, moyen, terrien. » On peut dire que c'est dans les vingt dernières années du XVI e siècle que dans les mots polysyllabes les terminaisons ient, en, ien ont pris le son qu'elles ont aujourd'hui.

Nota. — Nous avons conservé en français le mot pennache,

L'honneur est son pennache.

(Joach. du B. Cf. Regnier, p. 85.)

mais nous en avons modifié l'orthographe pour l'accommoder à notre prononciation, la syllabe penn ne se prononçant plus aujourd'hui comme autrefois. Pennache s'est donc écrit même dans la première moitié du XVIe sièclepannacAe, et peut-être en trouverait-on des exemples antérieurs:

Le frappant sur la teste
Au propre lieu ou le pannacfte, et creste
Sont en l'armet : (H. Salel, VI' liv. p. 98.)

Pannache a conduit tout naturellement à panache, et la nasalisation a disparu. (Voir Cérémonies des gages de bataille, p. 53: Panons pour pennons.) (')

L'e a conservé dans couenne le son de l'a. Nous disons couane; les paysans blaisois disent couân-net couenne et couette.

(1) II y avait une autre forme, pcnnage (pennaticumj qui a disparu, ou qui s'est modifiée tous l'influence de l'ital. pennachio.

Lequel voyant l'armet et le pennage
Horrible et fier, soudain tourne visage.
(H. Salel, VIMiv. p. 114, v«.)

CHAPITRE m.

De la prononciation de la voyelle I.

RÈgle I. — 7 se prononce généralement e, é, ai, et, au commencement et au milieu des mots; Ex. : Imagination, bénédiction, vigueur, minuit, milieu, sillon, etc., prononcez : Emagénation, bénédection, végueur, ménuit, méyeu, seillon, etc. Cette règle ne s'applique qu'àl't suivi d'une consonne, jamais à l't suivi d'une voyelle.

Et tost de votre enfermeU guarirez. (Rois, p. 20.)
Regars atraiaus, vairs, humelians.

(Ad. de la Halle, Buchon, p. 29.)
Tays-toi, saerefie a nos Diex.

(Un miracle de S'Ignace, Buchon, p. 269.)
La souffrerez-\oa» grief martire. (Id. id. p. 281.)
Par la mort que tu souffreras
Couronne de vie acquerras.

(Un miracle de S' Valentin, Buchon, p. 324.)
Souvent voi des plus ediotes. (Li Jus Adan, id. p. 66. j
La sousquanie qui fut btanche
Senefioit que douce et franche
Estoit celte qui la vestoit.

(Rom. de la Ros. cité dans Buchon, p. 103.)
Mais faus est qui se gtorefie. (Rom. de Rou.)
Onquez mais rois, contes, ne dus
N'oïrent de meillor estoire. (')

(Bat. de Caresme et de Charnagc. Roquef. a estoire.}

(t) Intlrument, intention, perdent la nasale el detiennent eitrument, ctention. Cf. Rois, p. 33.

Et n'y avez trouvé descorde. (Mist. du S. d'Orl., p. 244.)
Tous les sains et la létanie

Huy maugrez en puissent avoir. (Eust. Desch. p. 179.)
Letany prayer, letanies. (Palsgr. p. 238.)
Voilà l'avan-propos qui me sovera devant vous du redicule.
(Lett. du P. Rapin.)

C'est ainsi qu'en français

medicin est devenu médecin

et primier premier

et nigromantien nécromantien

et moriginer morigéner

et chyminée cheminée

et irésie hérésie, etc.

Ex. : Les médicins disent, quand on esterne, c'est bon signe, mais malvaise cause. {Palsgr, p. 644.)

Por ce dame vos loe a escuser
Que cil ne soient atains de Virésic.

(Quesnes de Béthune dans Ch. hist. p. 38.)

Remarque I. — Dans les terminaisons en ine, igne, Yi sonne toujours ei. Ex. : j'examine, poitrine, vigne, etc. pron.; :j'eugzameine, potreine, veigne.

En ceste croix est le seigne

De la chambre aus deniers la Roinne. (J. Rouyer, p. 31.)

Cette coupe est toute p/eine;

J'en vay laver mes poulmons;

C'est le chaud et la saleine,

Ce n'est pas nous qui buvons. (Oliv. Bass. p. 94.j

Prendray-je ceste médecine?

Ouy, ouy, ne prenons point la peine, etc.

(Jean le Houx, p. 157.)

Et si tu n'as du fonds, pour le moins que par mines
Et non par bien aymer, ta maistresse tu memes.

(Est. Pasq., les Jeux Poétiq. Liberté.)

Voir aussi le sonnet de Nie. Ellain, commençant par : Or, -viens un peu, je te prie, Lucine, et l'Euvangile des femmes, verset 2.

Cf. avec le vieux latin, conservé sans doute dans le langage populaire: preimus, poplei, et avec les noms primitivement en en, einis, plus tard en, inis, comme gramen, fulmen, etc.

Remarque II. — Dans les terminaisons en iture, Ye qui remplace l'i, ou sonne légèrement, ou même est complètement muet; Ex. : Confiture, nourriture, friture, etc., prononcez : conféteure, (ou counféteure), norréteure, (ou nourréteure), fréteure, ou avec la suppression complète du son e : counfteure, norr'teure, feurteure (pour ferteure, lequel est pour freteure, avec transposition de IV J

Gaainz, labors et norreture. (Chr. des d. de Norm. v. 26692.)
Ja mes n'y aura advantage,
Tant ait esté de hault parage,
Qui ne devienne pourreture.

(Rom. d'Alexandre, cité par Fauchet, p. 45, Orig. des
Dign.)

Que (car) tu venras en pourreture;
Pense c'as (qu'aux) vers es norreture.

(Le Despisemeut du Corps. Roquef. à Lot.)

RÈgle II. L't est remplacé par u dans les participes des verbes bouillir, sentir, repentir, faillir (dans le sens de manquer de,) et quelquefois cueillir, suivre, et leurs composés. Cette prononciation n'est autre chose qu'un débris des anciennes formes que ces verbes ont revêtues au moyen-âge. Ainsi pour suivre, je rencontre les infinitifs suyvre, suyvir, d'où les participes suivi et suivu. (')

(1) Suyvir.

La fureur que suiw déjà je commençois. (Nie. Ellain, p. 46.)
Les vierges de sa cour la tuyviront de près.

(Ph. Desp. Ps. XLIV.)
Si on avait sau'ment pu lée tuivir.

(Pothier, garçon du bassin de natation à Sainte-Colombe, près La
Flèche, 27 juillet 1868.)

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