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comme on disait alors, mais on peut dire qu'à partir de 1630, il ne fut plus employé au féminin que dans la conversation. « La pluspart des femmes (et en fait de langue — voyez-vous la malice ! — ce n'est pas un petit parti) font communément ce mot du féminin. Ne disent-elles pas par exemple : Voilà une belle aage ; la première aage ; elle est dans une aage fort avancée ? Et apparemment que le gouverneur de la citadelle de Cambray, véritable Castillan, avait appris à parler françois auprès des dames, car le roy luy ayant dit quelques paroles obligeantes sur ses blessures, lorsqu'il sortoit de cette citadelle, il répondit : Hal sacrée majesté, qu'une rencontre comme celle-cy m'auroit fait faire de folies dans une aage moins avancée ! etc. » (N" obs. p. 7.)

2° EVANGILE.

Souvent orthographié Euvangile, esvangile, évangire, ce mot est presque toujours féminin jusqu'à la 1" moitié du XVII° siècle.

Je jure sur les saintes esvangiles... (Ordonn. de Phil. le Bel, 1360.)

Voir aussi Cérimonies des gages de bataille, pag. 25 et 29, et Chroniq. des ducs de Norm. I, p. 539, l'evangire, et les 7 Dam. de Rh. euvangile.

Prescher la sainte évangile. (Jeh. Bouch. fol. VI, verso.)
L'évangile au chrétien ne dit en aucun lieu :
Sois dévot : elle dit : Sois doux, simple, équitable.
(Boileau, Sat. XI, 112.)

3" EsPACE.
Terre en trembla longue espace.
(Marot, ps. LXXVIII, B.)

Ce fleuve fait de si grandes espaces ou de si grandes estendues d'eau. (Relation, etc., p. 53.)

Espace était aussi employé très souvent masculin. Voir Ronsard, Franc. II.

4° EXEMPLE.

Malvaise essample n'en seratja de mei.
(Roland, Müll. vs. 1016.)

5° PoIsON.

J'ai toujours vu ce mot féminin dans les vieux auteurs. La première fois que je l'ai rencontré au masc. dans un écrit officiel, c'est dans une ordonnance de Ch. IX, de 1569.

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Sur une ongle agusée
Mon torment se façonna.
(Joach. du B. De sa peine et des beautez de sa dame.)
Se rencontrant sous la main de l'oiseau
Elle sent son ongle maline.
(La Font", vs. 15.)

7° OUVRAGE, oRAGE. —

« La pluspart des femmes donnent le genre féminin à ouvrage, orage, gages, étage, et à quelques autres encore, par une affectation particulière qu'elles ont pour leur genre. Oserions-nous les condamner, quand M. Vaugelas n'a osé le faire, et leur a permis de donner le féminin à leurs ouvrages? » (N" obs. pag. 6.)

Est-il vrai que les femmes aient une affectation particulière pour leur genre? Est-il vrai, comme le prétend le même auteur, que notre langue, qui a tant varié, ait, à l'imitation des femmes, un extrême penchant pour le féminin? Est-il vrai, comme il l'affirme (o), que le français renferme une fois autant de mots féminins que masculins? Je n'en sais rien, je ne les ai pas comptés; mais ce que je puis affirmer, c'est que le paysan blaisois à une tendance remarquable à attribuer le féminin aux mots terminés par un e muet. Je ne puis expliquer autrement, puisque ces mots ont toujours été masculins dans notre langue, la constance des gens de la campagne à mettre au féminin les mots asthme, centime, cigare, emplâtre, incendie, insecte, intervalle, ivoire, légume, parase, ou, comme ils disent, patarafe, (o) etc.

DES SUBSTANTIFS ESTROPIÉS.

Un grand nombre de substantifs prennent en passant par la bouche du paysan une forme toute différente du français. Les règles et les usages de la langue aux époques antérieures sont impuissants à en donner l'explication, et il faut l'attribuer, non pas seulement à l'ignorance de celui qui parle, mais encore à l'idée particulière qu'il se fait del'harmonie du langage. Quand le paysan dit un lévier pour un évier, un lhouis de cave pour un huis de cave, un nhaim pour un haim, nous trouvons en français des précédents analogues dans lierre pour l'ierre, lendemain pour l'endemain, un nombril pour un ombril, mais quelle raison, sinon celle que j'ai donnée tout-à-l'heure, pourrait expliquer la transformation de cassonade en castonnade, fil d'archal en fil d'aréchal, babines en babouines, bouilloire en bouillotte?Je comprends par des exemples semblables que je retrouve dans l'ancienne langue que frangipane devienne franchipale; cérébral, célébral ; et angola, angora; mais

(1) « C'est une remarque que j'ai faite et que je donne pour véritable. » (Nelles obs. p. 6.) (2) Cf. Boileau, Lett. à Brossette, 9 avril 1702: « Excusez mes pataraffes. »

qui m'expliquera générarium pour géranium, cacaphonie pour cacophonie, colaphane pour colophane, palfermier pour palfrenier, un clincailler pour un quincaillier, etc.? Les mots tirés des langues étrangères éprouvent surtout d'étranges métamorphoses ; qui reconnaîtrait laudanum dans l'eau d'ânon ? Ne nous en étonnons point quand nous entendons tous les jours dire autour de nous un aréostat pour un aérostat, un sluccia, pour un fuchsia, etc., et souvenons-nous bien que le paysan qui ne connaît ni l'étymologie ni l'orthographe n'obéit en parlant qu'à ces deux seules règles, la tradition ou le sentiment de l'harmonie.

Du reste, parmi les mots estropiés par nos paysans, je ne voudrais pas jurer que quelques-uns du moins n'aient pas été usités dans l'ancienne langue. D'un côté, je n'ai pu tout lire, et de l'autre il peut se faire qu'aucun des auteurs qui nous restent du moyen âge et des siècles suivants n'ait employé des mots qui cependant avaient cours au moment où ils écrivaient. Nous ne trouvons dans les auteurs grecs anciens le mot Pïoo; que comme nom propre, et cependant il est usité aujourd'hui comme nom commun dans les montagnes de l'Arcadie (o). N'est-il pas à croire qu'il y était employé autrefois avec la même signification qu'aujourd'hui, celle de lynx, de loup-cervier, ou d'un animal analogue ? De même qui ne croirait en entendant un paysan blaisois dire : « On gnia fait un bel épitacel » ( ) que ce mot est un mot estropié, transformé, et qui n'a jamais existé dans la langue? Et en effet cette opinion serait vraisemblable, si nous ne lisions pas dans le roman du Renart :

(1) Je n'ai jamais rencontré frailté pour fragilité dans nos anciens auteurs. Il est cependant formé de fragilitatem aussi régulièrement que beauté, bonté, ferté, santé de bellitatem, etc., et nous avons fraile, frêle de fragilis. Il a dû exister dans le dial. normand ; sans quoi, où l'Anglais l'aurait-il emprunté ? Frailty, thy name is woman. (Shaksp. Hamlet.) (2) Epitace prend parfois dans la bouche du peuple un sens plus général, et signifie espèce d'inscription, par ex. une enseigne.

Ainz ont écrit une espitace

Desoz cel arbre en une place :

Ci gist Copée, suer Pintain.
(Vers 10121.)

CHAPITRE III.
Du Ve r b e.

DES TEMPS QUI MANQUENT EN BLAISOIS.

Deux temps manquent à la conjugaison des verbes dans le dialecte blaisois, le passé défini et l'imparfait du subjonctif.

$ I. Au lieu du passé défini, nos paysans emploient constamment le passé indéfini.

J'ai été amené naturellement, pour m'expliquer cet usage, à rechercher les différences qui existent en français entre l'emploi de l'un et l'autre de ces temps. Ce qui m'a frappé tout d'abord, en étudiant les grammairiens, c'est le peu d'accord qui règne entre eux sur le nom que l'on doit donner à ces deux formes du passé. J'attache une certaine importance aux noms ; ils sont un indice de la clarté ou de la confusion qui règne dans les idées. Or, tandis que les uns appellent le passé défini prétérit défini, comme le P. Chifflet, ce qui est après tout la même idée, si ce n'est qu'il est inutile d'employer le mot latin de prétérit, quand nous avons le mot bien plus clair de passé, ou prétérit simple, comme le P. Buffier, parce qu'il envisage uniquement la forme non composée de ce temps, les autres comme Vaugelas, Port-Royal et RégnierDesmarais le nomment prétérit indéfini, ou comme l'abbé Girard, aoriste absolu. En revanche ils appellent notre passé indéfini, les

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