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règle, telle que je la trouve formulée dans Palsgrave : « Si m on n suivent immédiatement la voyelle a dans la même syllabe, cette voyelle se prononcera comme la diphthongue au, avec un son légèrement nasal. Ainsi les mots ambre, mander, amant, tant, parlant, se prononceront à la lecture et dans la conversation aumbre, maunder, amaunt, taunt, parlaunt. » (Palsgr. p. 1.)

Souvent même au moyen-âge cette prononciation est notée par l'orthographe :

Adonc s'en vindrent esraument, Si s'assiéent l'un delez l'autre. (Fabl. de Sire Hains et dame Anieuse.) Primes en frauncoys ly devez dire Coment soun cors deyt descrivere. (Gaut. de Bibl.) Nous maundons a vous touz que nostre diste soer soeffrez passer sauntz nul empeschement ni destourbaunce, e a lisoïez ardauntz et conseillauntz. (Lett. de Rois, etc. Tom. I. p. 421.)

Rien d'extraordinaire à ce que al sonnât au ; c'était une règle : « La lettre l après a, et suivie d'une consonne se prononce u, dit Colyngburne (Règl. 23), Ex. : m'alme, loyalment. » Mais a sonnait au, même dans des mots où cette voyelle n'était suivie ni de m, ni de n, ni de l. Nous trouvons à la fois âme et alme (pron. aume) qui s'est aussi écrit anme (cf. avec l'alma et l'anima des Italiens) ; taxer et tauxer; navrer et nauvrer; etc. C'est ainsi que basme, embasmer, usités jusqu'au XVI° siècle, sont devenus définitivement au XVII° baume, embaumer. C'est en vertu de cette double prononciation, qui ne s'introduit dans notre langue qu'au XVI° siècle, que nous avons conservé en leur donnant des acceptions différentes les deux mots de palme et de paume. Ex. :

Escuez à jouer à la palme : Balles du jeu de paulme. (Roquef. à escuez.)

Deable et deauble (Id.)
Sa mencungne est mix convenauble,

Et plus ressanle chose estauble. (M. de Fr. Fabl. 89.) S'ils ne défendent leur roiaume De haut estal en bas escame. (!) Pevent bien lor siege cangier. (Miserere du Reclus de Moliens, str. 165, Roquef. à escame.) Qui deux corps et deux âmes Et deux voulentez ont ; Non de loingtains royaulmes, Mais d'Allemaigne sont. (Jeh. Mol. p. 182.) Je navre et je nauvre. (Palsgr. p. 784.) Vous estes tauxé ou taxé. (Id. p. 715.) Je me espasmeray ou espaumeray. (Id. p. 746.) L'hoste s'écrie, et la femme se pasme : Les regarder, mon serment, c'est un basme. (Ch. Bourd. p. 81 ) Mais avant qu'essayer chose si excellente, Et que sur l'échauffault pour sonner se présente. .. etc. (Gr. Gourdry, dans Nicol. Ellain. p. 9.)

Dans la plupart de ces mots l'a se prononçait en français autrefois et se prononce encore aujourd'hui dans le dialecte Blaisois, de telle sorte que l'oreille la plus exercée ne saurait déterminer si c'est un a ou un o. C'est un son qui a complètement disparu de la langue de nos jours. (V. Max Mull. N" leçons, p. 148, Note.)

Dans papa, maman, (qu'on prononce aussi p'pa, m'man), c'est surtout l'o qu'on fait sentir, tantôt bref, tantôt long ; Popa, moman. (o)

Je suppose que c'est cette attribution du son au à la lettre a qui a donné lieu à la prononciation si commune encore de nos jours parmi le peuple, et autrefois si française, dumot armoire : Ormoire, prononciation encore en usage au commencement du XVII° siècle.

(1) V. Eust. Desch. p. 179.
(2) Cf. Théoph. 2me part. pag. 30 : « une odeur de Tobac. »

Puisqu'il n'a sens ne qu'une aulmoyre.
(Villon, Pet". Testam. XV.)
Tantost a trovée une aumoire. (Rom. du Ren. vs. 3260.)
Ormaire ou armaire. (Trés. de Nicot.)
Ormoire et armoire. (Dict. de Cotgr.)

Cf. Danjon et donjon ; dam et dom ; pramesse et promesse , phantasme et fantome.

« On a changé l'a en o dans ormoire qui a été dit pour armoire. » (Ménage. à abri.)

REMARQUE I. — A fortiori, l'a se prononce très long, très ouvert et d'un son très voisin de l'ô dans les mots où il est circonflexe ; Ex. : grâce, pâte, bât, etc., pron : graduce, paâute, badut, etc.

REMARQUE 2. — Contrairement à la règle, a se prononce très long dans certains mots où il est bref en français ; Ex. : atelier, effacer, tracer, espace, patience, etc., pron. : âtelier, effâcer, espâce, pâtience, etc., et de même dans tous les composés de patir, contrairement à la quantité latine du radical pat. Ajoutez-y soldât ; dans ce dernier cas surtout, le paysan Blaisois reste fidèle à la pro, nonciation des XV° et XVI° siècles.

Pensez que un prince d'estat
Ne fera pas telle vilanie
D'aller luicter contre un soudart.
(Mist. du sièg. d'Orl. vs. 7730.)
Lyon, prochain du Savoyart,
A bien montré qu'il est soldat.
(Ch. hist. tom. 11. p. 545.)

Prononcez Savoyât, soldât. (') REMARQUE 3. - A se prononce un peu ouvert dans les terminaisons en age, excepté dans voyage, où il sonne très long, comme

(l) Voir le chapitre intitulé : De la prononciation de l'r. La prononciation conforme à l'écriture soldart s'est conservée en Anjou. Cf. J. de Montl. p. ll. V. aussi Est. Pasq. I, 757.

dans soldât, vouéyâge. Racine abrégeait-il l'a d'âge ou allongeaitil l'a de courage quand il écrivait :

De nos princes hébreux il aura le courage, Et déjà sa raison a devancé son âge. « Dans les finales en age des mots de trois, quatre ou cinq syllabes, visage, mariage, apprentissage, l'a est allongé, mais très légèrement ; de même pour les finales en alement et ablement. » (H. Est. dans Livet, p. 339.) « A est bref aux mots terminés en age, excepté âge, plage, page de livre, image, adage, suffrage, naufrage, présage. » (L. Chifflet, p. 183.)

NoTA-BENE. — J'ai encore entendu des vieillards prononcer en aige les finales en age, d'après une prononciation probablement d'origine normande, qui a régné jusque vers le milieu du XVI' siècle. Aujourd'hui elle a presque entièrement disparu du langage de nos paysans.

« Tous les mots français qui dans l'écriture se terminent en age, doivent à la lecture ou dans la conversation faire entendre un i entre l'a et le g, comme si au lieu de l'a, il y avait la diphtongue ai. » (Palsgr. p. 8.) Car aujourd'hui un entre touz en sçay-je Qui pour femme a laissié son hermitaige. (Eust. Desch. p. 32.) Un renard, qui vit ce formaige, Pensa à luy : Comment l'auray-je? (M" P. Path. p. 47 )

Cette prononciation est encore usitée en Anjou.

REMARQUE 4. — A prend un son nasal très prononcé dans les mots où il est suivi de n ou de m, seuls ou redoublés; Ex : année, animal, inanimé, hanneton, Anne ou Nanne, pron. : an-née, annimal, inan-nimé, han-neton, An-ne ou Nan-ne, en traînant sur la syllabe an, sans la lier à la suivante.

Cette remarque s'applique également aux mots où l'e suivi de n ou de m a le son de an ; Ex. : fem-me, en-nemis, éloquem-ment, diligem-ment, nen-ni, etc., pron. : fan-me, (on dit plus souvent seume, fume, d'où fumelle), an-memis, éloquan-ment, diligeanment, nan-ni. Enfin ce son nasal s'introduit dans des mots où l'm et l'n qui suivent l'a ne font pas partie de la même syllabe, et jusque dans certains mots où l'a est suivi d'une autre consonne que n ou m. Ex. : gagner, harnacher, nasse, tempérament, pron. : gangner, han-rnacher, nan-se, tempéran-ment. (') J'ajouterai que les syllabes ien, ient à la fin des mots se prononcent généralement an, ian, excepté bien, adverbe, et rien, qui sonnent plus communément ben et ren; Ex. : chien, lien, chrétien, il convient, il appartient, etc. ; pron. : chian, lian, chrequian, ou keurquian, il conviant, il appartiant, etc. Cette prononciation des sons en et ent, en quelque endroit des mots qu'ils soient placés, est conforme à l'ancien usage de la langue française. Nos pères ignoraient la mode de prononcer du bout des lèvres, comme nous le faisons aujourd'hui dans fame, éloquament, diligeament, étonament. (o) En voici des preuves :

« 1° Si m ou n suivent immédiatement e dans la même syllabe, cet e sonnera comme l'a italien et avec quelque chose de nasal. Ainsi embler, amendrir, endementiers. humblement, se prononceront ambler, amandrir, andemantiers, humblemant. Les Français donnent ce son à l'e, suivi de m ou n dans la même syllabe, même quand la syllabe suivante commence par un autre m ou n. Ainsi femme, mienne, tienne, sienne se prononceront famme, mianne, tianne, sianne. » (Palsgr. p. 3.)

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(2) Bien que la prononciation de amment en ament soit probablement un peu antérieure, ce n'est qu'au XVIIIe siècle qu'on en trouve des exemples. « Ericie dit à Helenus, qui l'aborde galament. » (Nouv. amus. tom. XIII. 28. Cf. id. p. 28 et 90, aparament, et Mém. de Litt. passim.)

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