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ceci explique comment il se fait que dans l'ancienne langue on

écrivait certains mots par e, que nous écrivons aujourd'hui par u et réciproquement.

Je cuidai, fet-il, purchacier
Ma viande sor cest femier.

(M. de Fr., fabl. I.)
Usurier de sens desruglés
D'usure estes tant aveuglés. (La G" D" Mac. p. 14.)

Il se prist à façonner la fluste, liant plusieurs chalemeaux. (Jeh. de Mont.)

Cf. Gémeaux et jumeaux; bevons et buvons, jusier et gésier, Jumiège et Gemiège. REMARQUE III. U est muet dans furoncle, pron. : fronquc.

Froncle. (Dict. de H. Estienne 1546 )
Froncle. (Trésor de Nicot, 1606.)
Froncle ou furuncule. (Cotgrave, 1632.)

CHAPITRE VI.

Prononciation de l'Y.

RÈGLE UNIQUE. — Y se prononce dans le dialecte blaisois comme en français, excepté :

1° Dans les mots paysan et paysage, où il sonne comme un i simple : péezan, péezage (Voir le chapitre sur la prononciation de la diphthongue ai.) Ex. :

Voici, saincte Cerès, le paisan Sosiclée

Qui de son petit clos te donne une gerbée.
(Jeh. de Montl. p. 55.)

De peur d'être odieux, je parle ici paysan.
(Du Lorens, sat. XI.)

Tu dis souvent, Monsieur, que je vis en paysan.
(Id. sat. XX.)
J'etois ravi de voir chose si rare,
Quand de paisans une troppe barbare
Vint oultrager l'honneur de ces rameaux.
(Joach. du B. Antiq. de Rome, p. 11.)
Dieu mit des cœurs de rois au sein des artisans,
Et au cerveau des rois des esprits de paisans (D'Aubigné.)
Le paisan n'ayant peur des bannières estranges (Régnier.)

Je ne trouve pas d'exemples de cette synérèse antérieurement au XVI° siècle.

On rencontre bien pays monosyllabe dans Alain Chartier, mais je suis porté à ne voir dans ce vers cité par Palsgrave (p. 61.) qu'un de ces jeux de mots ou allitérations, si communs au XV° siècle. (o)

Or ont régné en grant prospérité
Par maintenir justice et équité
Et ont laissé après mainte victoire
Les pays en paix, en haultesse et en gloire.

2° Dans pays et dans crayon où le son mouillé de l'y disparait, pron. ; péhis, craihon ou crahon, ou creuhon.

« Quelques-uns disent peyen, reyon, reyonner, eyons, mais cctte prononciation est mauvaise ; il faut prononcer l'a et dire pa-yen, a-yons, ra-yon. Prononcez cependant peyer, peyons, et non pa-yer, pa-yons. » (A. de Boisreg., p. 489.)

L'orthographe raer pour rayer semblerait indiquer l'existence de cette prononciation dès l'origine de la langue.

3° Dans un certain nombre de mots, la plupart d'origine grecque, l'y ayant le son de l'i suit les mêmes règles que cette der

(1) D'après Sarasin (p. 71. Poésies), c'est une prononciation normande, Cf. Ch Bourd. p. 58.

nière voyelle, c'est-à-dire prend le son de l'é fermé ou de l'e naturel. Ex. : labyrinthe, hydropisie; pron. : labérinte, édroupésie :

Puisque l'on voit un esprit si gentil
Se recouvrer de ce chaos sutil
Ou de raison la loi se laberinte. (dans L. Labbé, p. 210.)
Vous serés tout paraletique. (Buchon, p. 89.)

REMARQUE I. — C'est en vertu de cette propension commune à nos ancêtres et aux paysans blaisois de transformer en é ou e le son i, qu'il soit représenté par i ou par y, qu'un certain nombre de mots, où figurait l'y au moyen-âge, ont passé dans notre langue actuelle en remplaçant cet y par e ; Ex. : yglise, Ysopet, syringue, yrésie.

Ci cummencerai la primiere Des fables qu'Ysopez escrit. (M. de Fr., Fables, Prologue.) Ces hautes yglises dont il avoit tant que nus nel péust croire. (Villehardouin.) Syringuant ses humeurs Par les pores secrets des arbres et des fleurs. (Du Bart., p. 38. Cf. p. 13.) La syringue, instrument bien cognu, à l'aide duquel une chose est doucement infuse dans l'autre. (Notes sur le 2° jour de la semaine de du Bartas.) Moult hai li rois yrcsie. (Phil. Mouskes, 3078.)

Un exemple curieux de cette permutation d'y-i en e est le mot cimetière, qui après avoir passé par les formes cimetire, cimeter, cimitere, cemetiere, s'est fixé définitivement au XVII° siècle sous celle qu'il conserve aujourd'hui.

CIMETER, CIMETIRE. — V. Chr. d. d. d. Norm., p. 249.
Tuit li cors d'un cimetire
Se pristrent à la karole. (Jub. N" Rec. 11. 216.)
Les cimeters en sont boçus. (Liv. du bon Jehan, 439.)

CIMETERE, CIMITIÈRE. — CHIMENTIERE.
Je la maine en son cymitière. (Go D" Mac., p. 43.)
En 1 chimentere l'ensierent. (Richart li biaus, p. 28.)
Cf. Jeh. Bouch. folio IX, recto, -- et Roquef. à cimentere.
CEMETIERE :
Que la sera leur semetiere.
(M. du S. d'Orl., 18211; Cf. p. 752.)

Semetière (pron. seum'quière), est encore aujourd'hui la seule prononciation en usage chez nos paysans. Robert Estienne ne reconnaît que cemetierre. Nicot et Cotgrave signalent cemetierre et cimetierre.

REMARQUE II. — Dans myrte, l'y sonne toujours comme e naturel, c'est-à-dire eu.

Au chef tout à l'entour

Du maternel meurte met un atour.

(L. des Mas., p. 210.)
O combien je baiserois
Ces pommes qui tant de fois
Ont de moy fait un doux meurtre,
Sur lesquelles je cueillis
De mes lèvres le blanc lis
L'œillet, la rose et le meurthre. (Est. Pasq., chanson.)

DEUXIÈME PARTIE.

DES DIPHTH0NG UES.

CHAPITRE Ier .

De la prononciation de la diphtongue AI.

Le véritable son de ai, c'est é. Nous le prononçons ainsi à la terminaison des premières personnes du parfait et du futur, j'aimai, j'aiderai. Mais si dans la première syllabe de j'aimai, ai sonne fermé comme dans la seconde, dans j'aiderai nous prononçons la première syllabe beaucoup plus ouverte que la dernière. Pourquoi cette anomalie, j'émé, j'èderé ? En supposant qu'on voulut expliquer le son ouvert de la première syllabe du dernier mot par la synérèse de ai en ai, explication dont la connaissance ne saurait être que le partage de quelques-uns, loin d'être à la portée de tout le monde, pourquoi n'avoir pas alors indiqué la suppression du tréma primitif et la gravité de la prononciation par un accent circonflexe ? Que ai se prononce très ouvert dans maître, je le comprends ; il est marqué d'un accent qui indique la suppression de l's, mais pourquoi le prononce-t-on de même dans maison? On m'objectera sans doute aussi qu'on allonge ai dans maison, à cause de l'n qui existe dans mansio. Pourquoi dans ce cas ne pas

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