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Deurs aux mauvais et fiers auz annemis, Ardaun d'ounneur e hauz antrepranneurs. (Palsgr. p. 61.) Ne t'abandonne point à la nuit de terrienne amour,

Prononcez :
Ne t'abandouno poant à la neuyt de terrianno amour. (Palsgr. p. 63 )

Remarquez bien qu'il y avait au XVI siècle une différence de prononciation entre en et an, et que Palsgrave la note avec soin, en par an, an par aun ; Ex. : enfant, pron. anfaunt. (p. 64.)

Lors arez les anges amis, Lors arez sur les annemis Puissance et domination. (Un miracle de S Ignace, Buchon, p. 277.) Felz et angris contre vos anemis. (Garin le Loh. tom. II, p. 218.) Vous avez éu du courroux Et de l'annuy pour vostre royaume. (M. du sièg. d'Orl. vs. 10028.) Nous avons guangné ceste place. (Id. vs. 17967.) En gaigneur l'i qui se garde de gain peut se changer en n ; indifféremment, gaigneur ou gangneur. (Le S" de Pailliot. ap. Livet, p. 279, note 3.) Ah! dist le roy, j'entends bien que c'est ; vous avez voulentiers quelque couronne à gangner. (!) (Journ. de l'Estoile.) Le cheval hannit. (Palsgr. p. 781 et 782.) L'on peut dire annemi ou ennemi. (L. Chifflet.) 2° « Toutes les fois que la 3" personne d'un verbe, soit personnel, comme il prend, il rend, il sent, soit impersonnel, comme il covient, il advient, il apartient, il luy souvient finit en ent, elle suit la règle de l'e devant m ou n dans la même syllabe, et l'on prononce il prant, il rant, il apartiant, il luy souviant, etc. » (Palsgr. p. 4.)

Les adj. masc. possessifs mien, tien, sien suivaient la même règle, et il en est encore ainsi dans le dialecte blaisois.

(1) Cf. H. Est., Précell. p. 244 et 256.

Met ton jupel, Perrete, avant,
Aussi est-il plus blans du mien.
(Li Gieus de Robin et de Marion, Buchon, p. 130.)
Aujourd'hui en ceste journée,
Qui est la veille jour de l'an,
Se veullent trouver sus la prée
En tout honneur et en tout bien. (!)
(M. du S. d'Orl. vs. 7645.)
Car ce pays nous appartient,
Et toute la terre d'Orleans (pron. d'Orlians.)
(M. du S. d'Orl. vs. 6371.)
Se assaillir y nous convient
De hache et d'espée poignant. (Id. vs. 13,582.)
Sur les murs nous fault mectre gens,
Car plus despit sont que chiens. (Id. vs. 416.)
Ton fils Pamphile entretient
Cette garse à bon escient. (Bonav. des Périers, p. 252.)

Les noms étrangers eux-mêmes n'étaient pas à l'abri de cette règle ; Ex. :

Ni d'Hecuba a mon escient
Qui fut fille du roi Priant. ( Rom. de la Rose, vs. 7132.)
Or parler veux à toi une fois l'an ,
Ainsi que Dieu dist de Jerusalem.
(Bonav. des Périers, p. 386.)
Pour chasser hors ceste menuyse,
D'Englichement très mal induicte.
(M. du S. d'Orl. vs. 19554.)

Les Englichements ne sont autres que les Englishmen d'aujourd'hui.

Nos poètes ont toujours jusqu'au XVIII° siècle et parfois jusqu'à nos jours, attribué aux noms étrangers modernes la prononciation française ;

(1) Bien, adv. sonne communément ben, comme je l'ai dit, dans le dial. blais.; Bien,

subst. sonne mieux bian. Il n'est pas rare d'entendre dire : C'ée in richard, qu'a bcn deu bian, c.-à.-d. bien du bien,

Je pensois (nous autres poétes
Nous pensons extravagamment),
Ce que, dans l'humeur où vous êtes,
Vous feriez, si dans ce moment
Vous avisiez en cette place

Venir le duc de Buckingham,

Et lequel seroit en disgrâce
Du duc ou du père Vincent. (Voiture, à la reine régente )

Au XVII° siècle, on dit encore Arrian, Appian, Ammian, AElian. Coeffeteau est le dernier qui ait prononcé et écrit les Prétorians.

Annemi seul parmi les noms communs fait encore, comme nous l'avons vu, concurrence à ennemi.Je ne serais pas éloigné de croire que l'on prononçât alors an dans animal, comme en dans ennemi, selon l'usage constant du dialecte Blaisois, d'après ce passage de Tallemant des Réaux (Vol. V. p. 402, note.) : « On appelle en riant ce roman le grand Annimal (sic) de Scudéry, au lieu du grand Annibal. »

Néanmoins il existe encore une différence, si légère qu'elle soit, entre en et an, et c'est pour ceux qui en douteraient que je transcris cette page curieuse du P. Chifflet : « Ant ou and est toujours long, grand, vaillant, aimant et cela sans exception. Mais ent et end écrits par e et prononcés par a sont briefs, comme il sent, il ment, il rend, il vend, tourment, sagement, et tant d'autres substantifs ou adverbes terminés en ment. Il en faut excepter les noms adjectifs en ent, comme récent, indécent, innocent, et quelques autres comme talent, torrent, inconvénient, orient, qui sont la plupart nés des adjectifs. Cette règle est des plus importantes de la prononciation, car il y a grande diflérence entre les ant ou ent briefs et les longs, comme entre parent, et par an, ou parant, de parer; entre les gens et les Jeans; entre levant et le vent : entre contant (comptant) son argent, et content de son argent. Et l'on voit par cela que quelques grammairiens, même des plus nouveaux, qui ont voulu réformer l'orthographe, n'ont pas bien rencontré en conseillant d'écrire tous ces ent par an, par exemple puremant et nettemant, comme ils l'ont pratiqué eux-mêmes dans le titre de leurs grammaires. Que n'ont-ils considéré que cela causerait mille fausses prononciations, puisque tous les ant, écrits par a, sont longs sans aucune exception. Ne nous feront-ils point écrire et prononcer argeant ou arjant pour argent ? qui distinguera gent de Jean et en de an? En un mot, leur zèle est bon, mais il est peu judicieux, et il serait à désirer que quelqu'un de ces messieurs de l'Académie en prononçât un bel arrêt, qui aurait sans doute une grande autorité sur tous les gens d'esprit. » (p. 184.) Que dirait aujourd'huile père Chifflet, s'il revenait à la lumière ? Quoi! ces ant et ces ent, pour lesquels il a si vaillamment combattu, ne forment plus de caste à part, et sont confondus sous le niveau d'une prononciation commune! Quoi! l'on ne fait plus de différence dans le langage entre parent et parant, comptant et content, levant et le vent, gent et Jean, en et an ! Hélas! non; mais la remarque du P. Chifflet n'en est pas moins précieuse, en ce qu'elle nous montre que les différences notées par Palsgrave entre les deux sons ant et ent étaient encore observées en plein siècle de Louis XIV. A part les exceptions que j'ai signalées, la prononciation était donc alors la même qu'aujourd'hui, et le vieux langage se trouvait relégué dans la bouche des paysans : Et tout com'je t'vois, je voyas ça de même Aussi fixiblement, et pis tout d'un coup, quian, Je voyas qu'après ça je ne voyas plus rian. (Th. Corn. le Fest. de Pierre, Act. II. sc. I.) C'est dans Voltaire, qui le croirait? que l'on surprend les dernières traces de ce parler archaïque : « On est partagé, dit le commentateur de Vaugelas, entre Européens et Européans. » — « Emprunter de l'argent, écrit Voltaire, des négociants Européans. » (Hist. de Ch. XII, liv. VI.) Il nous est resté de la prononciation d'autrefois cancan et quidam. J'entends dire également du macadam et du macadame. RÈGLE II. — A sonne toujours e dans almanach, bramer, charcutier, catharres, arrhes, alourdir, faner, glaner, pharmacie, et leurs composés; quelquefois dans gendarme, jardin et ses composés, sardine ; rarement dans attacher, charger, marquer, tisanc, tanière, etc. ; prononcez : almena, ou armena, bremer, chercutier ou chertutier, catherre, etc. Attécher, cherger, merquer, tisène, etc., rares dans le Blaisois, sont très usités en Anjou.

Sun quer menne chaldes lermes. (Rois, p. 3.)
Vos yeux, ont si empreint leur merche (')
En mon cœur que, quoy qu'il adviengne,
Se j'ay honneur ou je le cherche,
Il convient que de vous me viengne.
(Al. Chart. Le débat du resveille-matin.)
Pour blez glener Ruth au champ se transporte.
(Quadr. hist. Ruth, quadr. II.)
Voir G" D" Macabre, p. 29, écarléte.
Vis palle et baulieures seiches,
Joues royllées, plaines de taiches. ( Rom. de la R. vs. 1652.)
Que c'est le moindre des pechiez
Dont corps de femme est entechiez. (Rom de la R. vs. 9566.)
La teste eslourdie (Joach. du B. p. 15.)

REMARQUE. — Je ne connais qu'un seul mot où a se prononce i, râfler à la place duquel on dit risler ; Ex. :

Toujours veut gourmander, rifler, boire et manger.
(Le déb. du corps, p. 60.)

Chascun à ce jour de riffler s'efforce.
(Bonav. des Périers, p.407.) (o)

(1) Merche, forme française; la forme normande était merque, et la forme bourguignonne marque.

(2) V. Richelet, Dict. fr. à rifler.

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