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BIBLIOGRAPHIE

CATHOLIQUE,

REVUE CRITIQUE

des Oiwragas de Religion, de Philosophie, d'Histoire, de Littérature, d'Éducation, etc.,

AUX ECCLÉSIASTIQUES, AUX PÈRES ET AUX MÈRES DE FAMILLE,

AUX CHEFS D'INSTITUTION ET DE PENSION DES DEUX SEXES,

AUX BIBLIOTHÈQUES PAROISSIALES, AUX CABINETS DE LECTURE CHRÉTIENS,

ET A TOUTES LES PERSONNES QUI VEULENT CONNAITRE LES BONS LIVRES

ET S'OCCUPER DE LEUR PROPAGATION.

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PARIS,

AU BUREAU DE LA BIBLIOGRAPHIE CATHOLIQUE,

BUE DE SÈVRES, 31.

BIBLIOGRAPHIE

CATHOLIQUE.

▼zweîF-HJHmàsfls ^©SsiiyaaB. L'ACADÉMIE FRANÇAISE ET LES ACADÉMICIENS.

LE XIII» FAUTEUIL.

[Suite. )

LE DUC DE RICHELIEU. - DACIER. - TISSOT.

Quand, en 1816, Louis XYIII réorganisa l'Institut et rendit aux Académies les anciens titres qu'elles avaient consacrés par leurs travaux, l'Académie française devait marquer sa seconde fondation du nom de Richelieu, son premier fondateur, et c'est pourquoi le monarque n'hésita pas à inscrire en tête de la liste de ses nouveaux membres le dernier des neveux du grand cardinal. C'est le duc de Richelieu qui présida la séance où la Compagnie reparut dans sa forme et avec sa dénomination primitive; et cet honneur, il ne le devait pas plus à l'héritage de son nom qu'à l'éclat personnel dont il l'avait illustré. Petit-fds du maréchal de Richelieu qui, lui aussi, avait siégé à l'Académie, il avait fait, sous le nom de comte de Chinon, de brillantes études au collège du Plessis, l'une des nobles fondations que les sciences et les lettres devaient au cardinal, son grand oncle. Sorti du collège et revêtu du titre de duc de Fronsac, qu'il échangea pour le titre héréditaire en 1791, à la mort de son père, il ne borna pas ses études à la littérature classique, mais il étudia les principales langues de l'Europe, qu'il acheva de se rendre familières dans ses voyages. Les premiers troubles de 1789 lui firent abandonner la France. Il se rendit d'abord à Vienne, où il fut accueilli avec distinction par l'empcreur Josejh II,, et d* 1r èuSaknVPétsrsboAnç. U prit du sarvice dans l'armée russe contre les Tiares, fiés dans^i'armée de. Condéi contre la tyrannie de la convention; et, de retour en Russie, environné de la faveur d'Alexandre, il fonda cette colonie d'Odessa, qu'il défendit par les armes contre les Ciccassitns, pat- son héroïque dévouement contre la peste, et qu'il dota de tous les trésors de la civilisation. La restauration le ramena en France. Pair et premier gentilhomme de la chambre, il refusa de s'asseoir dans les. conseils de la couronne à côté de Fouché. Mais, après la disparition du régicide, il accepta le ministère des affaires étrangères et la présidence du conseil. Nous n'avons point à raconter sa vie politique. — Rentré dans la vie privée, il ne voulut, pour récompense de ses services, qu'un témoignage d'honneur, et n'accepta une dotation de cinquante mille francs que pour la consacrer, malgré k modicité à« sa fortune, à la fondation d'un hospice dans la ville de Bordeaux. — Il reprit par dévouement les affaires après l'assassinat du duc de Berry, et il en sortit avec le regret non du pouvoir, mais des services qu'il ne pouvait plus rendre à la chose publique. Quelques mois après, une attaque d'apoplexie l'emportait à cinquante-cinq ans. En lui finissait le nom de Richelieu, que Louis XVIII, pour le conserver à la France, transmit à un de ses neveux. — D'une taille élevée et d'une figure régulière, le duc de Richelieu, comme la plupart des grands seigneurs, tempérait la dignité de ses manières par une aimable simplicité. Homme de cabinet plus que de tribune, il. écrivait mieux qu'il ne parlait. Sa capacité politique a été trop contestée; mais tous les partis ont dû rendre hommage à la noblesse de son caractère, à son dévouement désintéressé, à la loyauté de son âme. a. La parole du duc de Richelieu-,, di« sait Wellington, vaut un traité.. » De tous les ministres de ce siècle, s'il n'est pas le plus honorable, il est bien le plus universellement honoré.

Dans un autre genre,,c'est aussi une noble vie que celle de sou successeur Dacier; vie de quatre-vingt-onze ans, tout entière consacrés à la science, et dont l'Académie française se décora tardivement, voulant en partager l'honneur avec sa sœur des inscriptions. — Joseph Dacier était né à Valognes, d'une ancienne famille qui n'avait aucun lien de parenté avec celle du mari de la fameuse traductrice d'Homère. Elevé d'abord au collège de sa ville natale, il obtint une bourse au collège d'Uarcourt, où il fit de brillantes études et reçut les ordres mineurs, après avoir soutenu une thèse de théologie avec un éclat que relevait son air d'extrême jeunesse. Ses condisciples et ses maîtres ne l'appelaient que XEnfant. À cette époque, il connut les frères Lacurne de Sainte-Palaye, qui l'associèrent à leur immense entreprise historique. Pour premier essai, le jeune érudit leur donna l'extrait d'une longue charte du xin" siècle. Etonnés, les frères Lacurne le présentèrent à leur ami Foncemagne, alors sous-gouverneur du duc de Chartres, le futur Egalité. Foncemagne l'admit d'abord à partager les travaux du jeune prince; puis il l'introduisit dans le plus grand monde, ou le jeune savant prit ce ton de bonne compagnie et cet art de converser par lesquels il se distingua toujours. 11 y prit aussi malheureusement un amour exagéré du plaisir, qui l'empêcha de se livrer à de vastes travaux. Quoique partagé entre le monde et la science, il trouva le temps de donner au public, avant l'âge de trente ans, la traduction des Histoires d'Elien et de la Cyropédie de Xénophon, qui lui valut son entrée à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Dans ce milieu, qui était le sien, il développa toutes ses qualités d'homme et d'érudit. Malgré sa tendance à glisser 1 ironie jusque dans ses éloges, qu'on redoutait quelquefois comme des épigrammes, il était bienveillant pour tous ceux qui s'adressaient à lui. Sans jalousie, il se plaisait à découvrir le talent, et surtout à le produire au grand jour. De son tôle, il se révélait sans cesse par ses travaux scientifiques et littéraires, par une érudition choisie, à laquelle il donnait toujours un autre but que la curiosité. « Ne cherchons que des mines d'or, » disait-il à ses confrères, et surtout à leurs jeunes émules. Tous les grands écrivains de l'antiquité, notamment de l'antiquité grecque, lui étaient familiers, et se logeaient dans sa mémoire comme dans une bibliothèque bien rangée. Son goût littéraire, son sentiment exquis de l'art, rendaient son érudition attrayante et sa conversation persuasive. Ses lettres étaient un modèle d'atticisme. — Telles sont les qualités qu'on retrouve dans les nombreux mémoires dont il a enrichi quinze volumes du recueil de l'Académie des inscriptions, dans l'histoire de celte Académie et de ses travaux de 1784 à 1830, qui lui appartient tout entière, et particulièrement dans les cent cinquante éloges d'académiciens ou de savants qu'il a prononcés ou écrits. C'est dans ces notices historiques, a dit Sylvestre de Sacy, qu'on peut surtout apprécier l'étendue et la variété de ses connaissances, la justesse de son esprit, la finesse de son goût, l'élégance de son style, tantôt nerveux et oratoire, tantôt simple et naïf, toujours pur, toujours exempt d'af

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