Images de page
PDF
ePub

Jacques

Dijon.

jusqu'en 1633, époque où nous verrons ses services signalés recevoir une éclatante récompense'.

Jacques Bossuet, qui, d'abord commissaire aux requêtes Bossuet, conainsi que son beau-frère, était aussi, en 1597, devenu honoraire, conseiller titulaire”, après qu'il eut, pendant quinze wicemiten années encore, siégé sur les fleurs de lis, venait en 1612

(1612-1613.) de se démettre, n'aspirant plus qu'au repos". Mais la ville de Dijon, dans laquelle toujours il avait été en grande estime, l'ayant voulu avoir pour vicomte maïeur (maire), élu tout d'une voix à cette charge, la première de la cité, tout d'une voix encore il y devait être continué l'année d'après; et, pour dire le bien que dans ces fonctions nouvelles il fit au pays, seraient nécessaires ici de longs détails, auxquels nous n'avons pu donner place dans cette histoire.

A Jacques Bossuet Dieu avait donné deux fils dignes Bossuet. de lui : Claude (l’ainé), reçu conseiller dès 1610°, ma- grand-congistrat des plus instruits, des plus capables, et que bien- au parlement tôt nous ferons mieux connaître. Mais Bénigne, son gogne, élu puiné, le père du grand Bossuet, l'un de ces heureuso de Dijon. pères qui (comme un ancien l'a dit si bien) doivent dui contie l'immortalité à la vertu de leurs enfants ", deyra, par cette raison si décisive, être ici mentionné le premier. Après avoir été à Paris en 1612 et 1613 avocat postua lant au grand conseil", revenu à Dijon chez le conseiller

cette ville.

· Le Parlement de Bourgongne, par P. Palliot; Dijon, 1649, in-fol.,

P. 65.

2 Le Parlement de Bourgongne, par P: Pulliot, p. 239. 3 Idem, ibid.

* Registres de l'hôtel de ville de Dijon, 20, 22, 24, 25 juin, 4 décemb. 1612, 16 juin 1613 et jours suivants, 13 et 15 juin 1614 et jours suiv.

Registres de l'hôtel de ville de Dijon, 1612-1613-161'4. 6 Le Parlement de Bourgongne, par P.Palliot, p. 279.

Seneca, de Beneficiis, lib. III, cap. 32. * Registres de l'hôtel de ville de Dijon, 7 mai 1613,

[ocr errors]

Jacques, son père, vicomte maïeur de cette ville, Bénigne, en février 1618, avait épousé Marguerite Mochet', fille de cet insigne avocat, de ce brave homme de guerre, de ce digne député aux états généraux de France, que Charles Fevret, son contemporain, nous a si bien fait connaître ?. Bénigne Bossuet, inscrit parmi les avocats au parlement de Bourgogne, y devait dans son beaupère trouver tout ensemble un ami, un protecteur et un modèle. Instruit, capable, actif, d'une droiture à laquelle tous rendaient hommage, la ville de Dijon l'avait, en 1624, puis en 1625, de nouveau, nommé échevin tout d'une voix; et cette ville, bientôt, se voyant contrainte de défendre avec énergie, dans Paris, ses anciens priviléges, contre les empiétements du parlement de Bourgogne, à l'illustre Charles Fevret, à Bénigne Bossuet, avec lui, devait être donnée charge d'aller suivre au conseil cette importante affaire ; et si, pour Charles Fevret, dont les savantes productions seront à jamais en honneur, son nom, lui seul, est une louange, que ne devrons-nous pas penser aussi de Bénigne Bossuet, qu'on lui avait voulu adjoindre en une si grave conjoncture, et qui à Paris d'ailleurs prit lui seul tout le soin de ce procès ? Voir chaque jour le chancelier, les membres du conseil, voyager à la suite de la cour, écrire fréquemment au vicomte maïeur, aux échevins de Dijon, demander leurs instructions, les suggérer, les devancer la plupart du temps, selon les progrès, selon les vicissitudes inopinées de la procédure', à ces soins incessants Bénigne Bossuet devait, plusieurs mois durant, se vouer sans relâche, pour mener à bien une si épineuse affaire, y montrant, de l'aveu de tous, non moins de dextérité que de zèle.

1 « En l'église Saint-Jean de Dijon, le mariage entre Bénigne Bossuet, advocat en parlement, fils de M. Me Jacques Bossuet, conseiller audit parlement, et de damoiselle Claude Bretaigne ( paroissien de Saint-Jean), d'une part ; et damoiselle Marguerite Mouchet (sic), fille de noble Claude Mouchet , advocat audit parlement, et de damoiselle Anne Humbert , paroissiens de Saint-Michel , d'aultre, a esté faict le dimanche 25€ felvrier 1618. Magnier, curé de Saint-Jean. » (Registres de l'église de SaintJean de Dijon.)

2 De claris fori Burgundici oratoribus, auctore Carolo Ferrelo, deja cité,

Dans de nombreuses lettres à ses commettants, témoignages indubitables de son activité, de sa rare intelligence, de son exquise sagesse, se révèle de plus l'homme de bien, l'homme de cæur, que sa conscience soutient au milieu de devoirs difficiles, de chicanes indignes, de contradictions irritantes, de calomnies quelquefois ’, et dans l'ennui, très-sensible pour lui, d'une si longue séparation des siens, qu'il aimait tant. Il lui en a coûté d'entrer ainsi en lutle avec une cour souveraine, favorable à sa personne, où, près de son frère aîné Claude, de son oncle Antoine Bretagne, siégent d'autres parents, des alliés, des amis, des concitoyens chers à son cæur. « Aucun d'eux, peut-être, doutera de mon amitié, » écrivait-il à ses collègues de la chambre de ville de Dijon.

Loin de sa femme, cette pieuse Marguerite Mochet, des cinq enfants nés déjà de leur union, la plus heureuse

· Archives de l'hôtel de ville de Dijon. ( Missives des rois et princes, de 1600 à 1624.)

2 « Et pour vous monstrer combien il est facile de calomnier, l'on m'a soubstenu en ceste ville (Paris ) que vous m'aviez cnvoyé quinze quenes de vin pour distribuer. Il n'entra jamais dans ma pensée de vous inviter à vous servir de tels artifices. J'ai du courage et de l'hardiesse assez pour bien représenter vos raisons , mais non pas pour présenter telles denrécs a des juges. » Lettre de Bénigne Bossuet , 8 janvier 1625, aux vicomte maieur et échevins de Dijon.

qu'on eut vue jamais, « J'aime (écrivait-il aux échevins de Dijon), j'aime d'estre dans ma petite famille, je me plais dans mon petit travail, je souffre d'estre si longtemps privé de ces contentements et de celuy de vous revoir. » Mais quoique son cæur pût souffrir, voué avant tout sans réserve à servir sa ville natale avec un zèle infatigable, « je tiendrois ( mandait-il) mon honneur et ma conscience quasi autant engagés d'un séjour sans occupation qu'en un emploi si j'en usois mal, ce que je ne ferai jamais. Le courage me croît, voyant que le conflit approche, et qu'il faut combattre pour nos libertés. »

Rendu enfin à Dijon, à sa famille, à ses amis, à ses tral'un des trois vaux, Bénigne était devenu, en août 1626, l'un des trois

conseilse conseils des états de Bourgogne, son beau-père, Claude Bourgogne. Mochet, l'un d'eux, l'ayant alors fait recevoir en son lieu”.

A un an de là naissait, le 27 septembre (nous l'avons vu), son septième enfant, son cinquième fils, Jacques-

Bénigne Bossiiet de

des

· Lettres de Bénigne Bossuet, échevin de Dijon , datées de Poissy, 13, 20, 21 août 1624; de Paris, 27, 29 août ; 2, 4, 8, 9, 18, 25 septembre; 2, 16, 22, 30 octobre; 5, 13, 14, 19, 26 novembre; 3, 10, 17 décembre 1624 ; 8, 15, 22, 29 janvier ; 5, 12, 19, 26 février ; 5, 12 mars 1625. ( Archives de la ville de Dijon. )

· Bénigne Bossuet est, dans un acte du 13 juillet 1625, mentionné pour la première fois, en qualité d'avocat des états de Bourgogne ; il y figure le dernier après Richart et Jean Guillaume , ses deux collègues et ses anciens, qui étaient précédemment les deuxième et troisième. Il n'est plus fait mention de Claude Mochet, à qui le 25 janvier 1625 avait été allouée la somme de 200 liv. pour ses honoraires de 1624. L'illustre Charles Frwet devint, le 10 juillet 1626, avocat des états de Bourgogne, en remplacement de Jean-Guillaume, décédé. ( Registres des élus de Bourgogne , aux archives de la préfecture de Dijon.)

Les conseils des états de Bourgogne étaient toujours choisis parmi les avocats les plus insignes et les plus estimés du barreau de Dijon. ( Bibliothèque des auteurs de Bourgogne, par Papillon, articles Guillaume (Pierre), Guillaume (Gabriel), Raviot (Guillaume), etc.)

dite du Lan.

Bénigne Bosgnale par son

énergie.

nigne. Pour lui, après qu'eut pris fin le temps de son échevinage, rendu à ses études de légiste, il s'était voué sans réserve au public, aux états de Bourgogne, dont venaient de lui être mis en main les intérêts et les affaires; au bien de sa cité, qu'il aimait, qu'il sut servir, comme Jacques, son père, l'avait aimée, l'avait servie avant lui.

Sa résolution, son courage s'étaient fait bien connaitre Selition dans cette fameuse sédition, dite du Lanturelli', qui, 'wijon. en février 1630, mit en peine tout le pays, lorsque les suet sesivignerons, sur le bruit qu'on allait établir les aides en

(Fév. 1630.) Bourgogne, s'étant armés, et, au cri de Vive l'empereur ! forçant, pillant, brûlant les maisons, outrageant les magistrats, se livrant, en un mot, à tous ces intolérables excès qu'a mentionnés l'histoire, il fallut que Louis XIII enfin vint à Dijon en personne châtier ces attentats ?. Bénigne Bossuet, et à son exemple quelques hommes de cæur, indignés, prompts avec lui à prendre les armes, devaient, par leur attitude, leur énergie, leur intrépidité, imposer à ces forcenés, les tenir en respect, les réduire à la fin; et ainsi avait pu être préservé de l'incendie, du pillage le quartier de Saint-Jean , où déjà,

· Cette sédition sut appelée le Lanturelu, ce dernier mot étant le’refrain d'une chanson que vociféraient les mutins. (Description topographique ct historique de la Bourgogne, par Courtépée et Béguillet, I, II, 71.)

2 Louis XIII, arrivé le 27 avril 1630 à Dijon, pour punir cette ville, fut touché de la pathétique harangue que lui adressa l'avocat Charles Fevret au nom des habitants, et leur pardonna sous des conditions indiquées dans l'arrêt rendu par lui à cet égard , ledit jour 28 avril. ( Mercure françois, t. XVI, p. 148-168. --- De la sédition arrivéc en la ville de Dijon , le 28 février 163o , et le jugement rendu par le roi sur icelle. Paris, chez Edme Martin, 1630, in-8°, 31 pages. — Description du duché de Bourgogne, par Courtépée, 1, 1, 286, t. II, 71.)

« PrécédentContinuer »