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Bossuet, en

substitut du

la torche à la main, les mutins faisaient tout retentir de

vociférations et de menaces'. Benigne Pourvu en février 1631 de l'un des trois offices de aott resa, est substituts au parlement de Dijon, créés par un édit de procureur

l'année précédente (avril 1630); reçu au mois d'août

au Parlement de 1632 dans cette charge ?, il ne devait point cesser pour Bourgogne.

cela d'être avocat en parlement, et conseil des états de la province, ces charges de substituts étant alors inférieures de beaucoup à ce qu'on les a vues devenir dans la suite ; leurs titulaires n'étant point membres des cours souveraines , et même n'y ayant pas de rang assuré, à ce point que toujours, dans les cérémonies, on les vit marcher avec les avocats au rang que leur avait assigné la date de leur réception dans cet ordre *; et aussi ne trouvera-t-on pas leurs noms dans les trois précieux ouvrages que Palliot, Petitot et M. Des Marches, depuis peu, ont consacrés à l'histoire du parlement de Bourgogne". Seulement les substituts, dans une situation si indéterminée, si précaire, si mal définie encore, rendirent au parlement ainsi qu'au public d'effectifs et signalés services. Bénigne Bossuet, qui, à cause des nombreux parents et alliés qu'il comptait dans le parlement de

· Mémoires ms. eoncernant la Ligue, fol. 374, communiqué par M. Frans tin, de Dijon. Lettre de M. Pleutelot, de Dijon, 16 mars 163o.

2 Nommé par lettres du 21 février 1631, il fut reçu le 6 août 1632. ( Registres de la chambre des Comptes de Dijon, Enregistrements et transcriptions, années 1630, 1634, n° 27, fol. 231 et suiv.)

3 Bénigne Bossuet, dans l'acte du baptême de Bénigne Droủas en l'eglise de Saint-Jean de Dijon, le 25 nov, 1632, prend les qualités de substitut du procureur général au parlement de Bourgogne , et d'advocat des estats.

4 Recueil de M. de Grivet, sur le parlement de Dijon, ms. Bibliothèque publique de Dijon, no 226, fol. 242. (Arrêt du 23 mars 1669. )

5 Histoire du parlement de Bourgogne, de 1733 à 1790, par A.-S. Des Marches. Châlons-sur-Saône, 1851, in-fol., preface, p. 2,

Bossuet.

magistral,

Dijon, n'y aurait pu tenir un office de Conseiller, y ayant (la loi le permettait ) été admis comme substitut du procureur général, se préparait, par cet humble et Jaborieux noviciat, à aller, comme nous le verrons dans la suite, tenir à Metz un office de conseiller, que les ordonnances de nos rois lui avaient dénié dans sa province. Et les parents de Bossuet étant maintenant bien connus de nous, montrons quels enseignements reçut d'eux Jacques-Bénigne en son enfance.

Dans la maison de Jacques Bossuet, l'ancien conseil- Maison de ler, venant chaque jour avec Claude Mochet d'Azu, société de ce avec Antoine Bretagne, avec le président Frémyot, tous les fidèles du parlement de Semur, se faudra-t-il étonner qu'il y fût parlé volontiers de ces temps d’épreuve, de dévouement, de privations et de périls dont on a vu le récit? Le règne paternel de Henri IV ayant été un ample dédommagement de tant de sacrifices, une douce récompense de tant d'efforts, le moyen que, sur un texte si fécond, l'entretien tarit jamais ! De braves hommes de guerre qui, de concert avec ces dignes présidents et conseillers, avaient naguère, aux mauvais jours, servi la cause royale et intrépidement combattu la Ligue, Guillaume, comte de Saulx de Tavanes; Roger de Saint-Lary de Bellegarde; son frère, le baron de Termes; Christophe de Rabutin, baron de Chantal; Marcilly de Cypierre; Clugny, Jaucourt, Ragny, Rochefort, Pluvault, la Croisette', demeurés après la guerre en relations d'amitié avec des juges fidèles comme eux durant les troubles, résolus comme eux au milieu des dangers, et dont plusieurs même, les armes à la main,

1

Description generale et particulière du duché de Bourgogne, par Courlépée et Béguillet, in-12, 1, 1, 282; t. 11, 70 ; 1. V, 313,

dans cette maison,

sa onzième

avaient combattu près d'eux au champ d'honneur ' leur apprenaient aujourd'hui à connaître mieux encore, à aimer, s'il se peut, davantage, le digne souverain, l’aimable et grand roi pour qui, ensemble, ils avaient à

l'envi tant fait autrefois. Bossnet élevé

Le jeune Jacques-Bénigne , attentif, ému, charmé, jusqu'à prêtait l'oreille; et lorsque dans la suite son tour vint de année. parler de Henri IV, aurait-il pu ne se souvenir pas

de ces causeries de famille au milieu desquelles à Dijon s'étaient passées ses premières années; et se faudra-t-il étonner si toujours la mémoire du Béarnais lui demeura chère, non moins qu'à ses grands parents, qu'à leurs vieux et dignes amis, que si fréquemment il avait ouïs s'en entretenir avec eux au coin du foyer de son aïeul? Le témoignage que, bien longtemps après, il voudra rendre à ce monarque, à ses qualités insignes, à son règne paternel, à la sincérité de son retour à l'Église mérite de n'être oublié jamais. « On sait (devaitil dire alors), on sait ce qui se passa lors de la conversion de Henri IV. Quand il pressoit ses théologiens, ils lui avouoient de bonne foi, pour la plupart, qu'avec eux l'État étoit plus parfait, mais qu'avec nous il suffisoit

· L'un d'eux, surtout, le conseiller Philippe Baillet de Vangrenant, qui

logam mutans in loricam, ducis egregii titulo, bellorum civilium ingruentem impetum sustinuit et libertatem publicam armis oppressam asseruit. » (Épitaphe rapportée par P. Palliot, Parlement de Bourgongne, 1649, in-fol., p. 247.) Il renonça à la robe après les troubles, le roi lui ayant donné l'ordre de Saint-Michel et une compagnie de cinquante hommes d'armes. (Palliot , ibid.) Avec lui , et sous lui , servirent et se signalèrent d'autres conseillers : François Fyot , qui , « virtute pollens , patriæ non defuit, sagoque juvit et toga, contra potentis unionis impetus prosessus arma regia. » (Palliot, ibid., p. 254.) Le conseiller Viucent Robelin se distingua sous le commandement de Philippe Baillet de l'augrenant, en plusieurs rencontres, notamment au siège de Paris. (Le Parlement de Bourgongne, par Palliot, p. 89.)

pour le salut. Ce prince ne trouva jamais aucun catholique qui lui en dit autant de la prétendue réforme où il étoit. De là donc il concluoit qu'il faudroit être insensé pour ne pas aller au plus sûr; et Dieu se servit de l'aveu de ses ministres pour faire entrer ses lumières dans le coeur de ce grand prince. La chose étoit publique dans la cour ; les vieux seigneurs, qui le savoient de leurs pères, nous l'ont raconté souvent '. »

Rappelant un autre jour le bonheur, le bonheur effectif, senti, avoué, dont avait joui la France sous ce règne si paternel, mais, hélas ! de si peu de durée , l'hommage qu'il rend, cette fois encore, à une vie si glorieuse, mais trop courte et trop tôt précipitée’, n'en ditil pas lui seul plus que toutes les histoires ? A Louis XIV, qui, rempli pour l'évêque de Condom d'estime, d'attachement, de confiance, a imploré de lui, dans le secret, avec d'austères avis pour sa conscience, de sincères instructions sur ses devoirs de roi, ce prêtre, vrai non moins qu'affectionné, voudra persuader de se faire aimer plutôt que craindre. Au jeune souverain, superbe, absolu, en qui, dès le premier âge, se montra vif, exalté à l'excès le sentiment de sa puissance, il n'hésitera point à proposer le souvenir, l'exemple d'un aïeul si affable, si effectivement bon, si constamment préoccupé du bonheur de ses sujets, et en retour si aimé d'eux pendant sa vie, si regretté, si pleuré après sa mort. « On a souvent dit aux rois (écrira-t-il à Louis XIV) que les peuples sont plaintifs naturellement, et qu'il n'est pas

· Bossuet , troisième avertissement aux protestants , S XVI, t. XXI, p. 190. — D'Aubigné, t. III, liv. III, chap. 24.

· Bossuet, conclusion (prononcée le 2 février 1666) de son 2@ sermon pour le jour de la Purification, onze jours après la mort de la reine Anne d'Autriche. (OEuvres de Bossuet, édit. de Versailles, t. XV, 386.)

possible de les contenter, quoi qu'on fasse. Mais, sire, sans remonter bien loin dans l'histoire des siècles passés, le nôtre a vu Henri IV, votre aïeul, qui, par sa bonté ingénieuse et persévérante à chercher les remèdes des maux de l'État, avoit trouvé le moyen de rendre les peuples heureux et de leur faire sentir et avouer leur bonheur. Aussi en étoit-il aimé jusqu'à la passion; et dans le temps de sa mort on vit, par tout le royaume et dans toutes les familles, je ne dis pas l'étonnement,

, l'horreur et l'indignation que devoit inspirer un coup si soudain et si exécrable, mais une désolation pareille à celle que cause la perte d'un bon père à ses enfants. Il N'Y A PERSONNE DE NOUS qui ne se souvienne d'avoir oui souvent raconter ce gémissement universel à son PÈRE OU A SON GRAND-PÈRE, et qui n'ait encore le cour attendri de ce QU'IL A QUÏ RÉCITER DES BONTÉS DE CE GRAND ROI ENVERS SON PEUPLE, et de l'amour extrême de son peuple envers lui. C'est ainsi QU'IL AVOIT GAGNÉ LES COEURS'. »

Épanchant ainsi son âme pénétrée, Bossuet vient de divulguer, sans y prendre garde, les entretiens du foyer paternel, les souvenirs, les regrets, les intimes affections de tous les siens, l'amour de ces dignes Français pour leur pays, pour leur roi; l'horreur dont il les vit remplis toujours pour la rébellion, pour l'anarchie, pour le désordre. Témoins , victimes si longtemps de toutes les calamités qu'entraînent à leur suite l'insubordination et la révolte, combien de tels hommes méritaient qu'on les

en voulût croire ! Sentiments Ainsi croissait Jacques-Bénigne, au milieu des dignes qu'inspira à

parents de qui il reçut de si inestimables enseignements. l'exemple de Craindre Dieu, l'aimer plus encore, c'est avant tout ce proches.

de piété

Bossuet

· Bossuet, Lettre à Louis XIV, 10 juillet 1675, T. XXXVII, Sy.

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