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Marguerite Mochet, mère

Jui-même), c'est un grand avantage d'être consacré à Dieu par des mains saintes et innocentes '. » Put-il, en parlant ainsi, ne se souvenir point de sa mère et du vou fait, en 1627, à Notre-Dame d'Étang ?

Remplie de la foi la plus solide, de la charité la de Bossuet. plus ardente, prête à tout sans cesse pour Dieu , pour Sa charité. les siens, pour les pauvres, pour les affligés, pour les

malades; la première chaque jour là où gémissaient l'indigence, le malheur, la souffrance; telle, depuis ses premières années jusqu'à la tombe, Marguerite Mochet se montra toujours; et dans ses desseins sur Bossuet, admirez quelle mère Dieu lui avait donnée ? ! « Réjouissons-nous (lui-même un jour le devait dire), réjouissons-nous non point de l'éclat de notre famille, mais qu'elle ait été pleine d'édification et de bon exemple, une vraie école de religion où l'on apprît à servir Dieu et à vivre dans sa crainte 3. » Touchant souvenir des vertueux parents au milieu desquels il lui avait été donné de naitre, de passer les premières années de

Bossuet, Précis d'un sermon pour la Nativité de la sainte Vierge, t. XV, 165 ( édit. de Versailles ).

2 Le parlement de Metz, qui assistait de ses aumônes les familles nécessiteuses, en avait confié la distribution à la mère du grand Bossuet ( Marguerite Mochet ) et à l'épouse de l'avocat général Louis Fremyn ( née de Pullenoy ). M. Du Fresne, conseiller de préfecture à Metz, possède un mandement de cette cour souveraine ( du 11 décembre 1644), pour enjoindre au receveur des amendes de « remettre à mesdames Bossuet, conseillère, et Fremyn, advocate générale, une somme de 97 fr. à distribuer aux pauvres honteux de Toul. - Au dos de ce mandement est le reçu de ces deux dames (14 décembre 1644), signé : M. Mochet, et J. de Pullenoy (épouse de l'avocat général Fremyn). Au registre secret du parlement de Metz, sous la date du 13 décembre 1644, il est fait mention de çelle aumône et des deux dames distributrices.

3 Bossuet , Élévations sur les mystères, XX° semaine , clévation 2, 1. VIII, 469 (edit. de Versailles).

Bossuet.

cettefamillle,

sa vie! Celle famille si digne de lui, connaissons-la, pour le mieux connaitre lui-même.

C'est dans une petite ville de Bourgogne, Seurre (ap- Searrelle de pelée Bellegarde aujourd'hui '), qu'il convient d'en aller ceau de la chercher l'origine ?. A Seurre, dans la place de l'Es- Notions sur taple, on remarquera tout d'abord la vaste et antique maison des Bossuet, avec cette inscription : faict, 1507, gravée au frontispice de leur demeure, à l'époque même où ils la firent édifier ". Dans un vieux cartulaire de la ville de Seurre, commencé en 1357, est mentionné (en 1460) un Jacques Boussuet ( Bossuet ), nommé aussi ROUYER , et reçu cette année même bourgeois de la ville S. Après quoi, figurent jusqu'en 1549, à toutes les pages de ce registre, des Boussuet (Bossuet), bourgeois et communs de Seurre, tous ou la plupart drapiers de père en fils. En 1517, honorable homme et sage ÉTIENNE Bossuet,

· En 1619, Seurre fut érigée par Louis XIII en duché-pairie, sous le nom de Bellegarde, en faveur de Roger de Saint-Lari de Termes et de Bellegarde. Les lettres d'érection furent enregistrées en 1620. (Description historique et topographique du duché de Bourgogne, par Courtépée et Béguillet, t. IV, p. 584.)

2 Courtépée et Béguillet l'avaient dit, dans la Description du duché de Bourgogne, t. IV, 590. Mais M. Baudot, de Dijon, l'a démontré sans réplique, dans sa lettre à M. CI. Xavier Girault, d'Auxonne, au sujet de sa Notice historique sur les aïeux de Jacques-Bénigne Bossuet, et de sa patrie d'origine ; Dijon, 1808, in-8°, p. 15 ( M. Girault s'était efforcé d'établir, dans sa Notice, que la famille Bossuet était originaire d'Auxonne, M. Bau. dot prouve qu'elle est originaire de Seurre. La Notice de M. Girault a 15 p. in-8°; la Lettre de M. Baudot en a 16. La Notice et la Lettre ont été imprimées à Dijon, chez M. Frantin,)

3 Estaple, marché. (Dom Carpentier, supplément au glossaire de Dua cange, au mot : Estapla,)

· Lettre de M. Baudot, déjà citée.

5 Registre sur parchemin, le plus ancien de l'hôtel de ville de Seurre, commençant en 1357, finissant en 1626. Je l'ai compulsé à Seurre, ca 1845.

• Exceptons François Boussuet, docteur en médecine, médecin à

échevin, puis Maïcur de la ville de Seurre, sera, lui, le premier de sa famille, qualifié noble homme; François Jer, en considération de ses services dans l'échevinage, surtout dans l'office de Maïour de Seurre, s'étant, selon toute apparence, porté à l'anoblir. De ce temps seulement il conviendra, comme il semble, de dater l'humble noblesse des Bossuet, récompense de leur dévouement sans bornes aux intérêts de la cité; et ceux qui, dans l'histoire imprimée du duché de Bourgogne, trouvant mentionné parmi les jeunes gentilshommes de la maison de Philippe le Bon, comte de Charolais, en l'année 1407, un Perrin Bossuet, lo prirent pour l'un des aïeux de l'évêque de Meaux, avaient eu tort d'en croire sur parole le bénédictin dom Plancher', trop prompt à lire, dans les Rôles antiques du duché de

Seurre et poéte , né en 1520 à Seurre , mort à Tournus le 26 juin 1572. , ågé de cinquante-deux ans. Familier avec la versification latine, il composa, en vers latins, plusieth's ouvrages, parmi lesquels il y en a de relatifs à la médecine et à l'histoire naturelle. Deux seulement ont été imprimés :

1° Celui intitulé : De arte medlendi lib. XII, ex veterum et recentiorum medicorum sententià, omnibus medicinæ studiosis admodum utiles. Authore Francisco Boussueto, Surregiano, doctore medico ; Lugduni, apud Matthiam Bonhomme, 1557, dédié au roi Henri II; in-8° de 287 pages,

2o Un Epitome du grand ouvrage de Guillaume Rondelet : De piscibus. François Bossuet y décrit sommairement, dans des Epigrammata ( avec figures gravées), les poissons dopt a parlé Roncelet. It est intitulé : Francisci Borissueti, Surregiani, D. M., de naturâ aquatilium, carmen; Lugduni, apud Matthiam Bonhomme, 1558 , in-4", 135 p. Au 1oo feuillet, verso, est le portrait de l'auteur, gravé sur bois. Au bas on lit : Franciscus Boussuetus, Les Bossuet s'appelèrent anciennement Boussuet. J'ai vu nombre d'actes qui en font foi. Sur les jetons que la ville de Dijon fit frapper en 1613, sous la mairie de Jacques Bossuet, aïeul de l'évêque de Meaux, ce nom fut encore écrit ainsi : Boussuet.

· Histoire du duché de Bourgogne, par dom Plancher, 1748 in-1", 1. III , pièces , fol. CCLV, 29e colonne ; ordonnance de Jean, duc de Bourgogne, 27 mai 1107 , pour le gouvernement de la maison du comte de Charolais, son bls.

Armoiries

Palliot de la roue comme signe

Bourgogne, le grand nom de Bossuet, au lieu de celui de Bossuol, que tous, après un attentif examen des originaux déposés aux archives de cet ancien duché, à Dijon, y pourront lire distinctement, comme nous l'avons lu nous-même.

Les Bossuet, anoblis, avaient, conformément à l'usage, ou reçu du roi ou pris des armoiries, que long- des Bossuet. temps on put voir au frontispice de leur antique maison de Seurre; elles étaient d'azur, à trois roues d'or, posées héraldiques deur et une?. Le docte Pierre Palliot, cet oracle en matière héraldique, parlant en 1661 de la roue comme pièce d'armoirie : « Elle est (dit-il) le hiéroglyphe de la théologie, parce que, ainsi qu'elle touche par en bas la terre à fleur, et le reste élevé en haut, de même l'âme, conduite par la crainte de son Créateur, s'élève toujours au plus loin de la terre ( en sorte que] son mouvement représente le théologien, dont l'office est de s'élever des choses basses et terriennes à la considération des hautes; puis descendre des choses divines aux humaines pour montrer comment elles sont liées et unies ensemble. » Passionné pour la Bourgogne, pour tout ce qui lui semblait

propre

à en illustrer l'histoire, Palliot, parlant ainsi en 1661, pensa-t-il à Jacques-Bénigne, l'insigne enfant de Dijon, prédicateur en renom dès cette époque, et dont un sermon, prononcé en 1656, à Dijon même, dans la sainte chapelle, avait laissé de profonds souve

A

• Perrin BossUOT... tailleur et varlet de garde-robe... État de la maison de MRT le comte de Charolois, à la suite des comptes des argentiers des ducs de Bourgogne; compte particulier de Jean Sarrot (1407-1408). (Trchives du duché de Bourgogne, à Dijou (Préfecture).

La vraye et parfaite science des armoiries, de Gelliot, augmentée de plus de six mille écussons , par Pierre Palliot, 1661 in-f", p. 575-76. Lettre de M. Henri Baudot] à M. CI. Xavier Girault, déjà citée.

3 P. Palliot, à l'endroit cité.

nirs dans lout ce pays ! Les Bossuet sont, quoi qu'il en soit, mentionnés par lui à la même page avec leurs armoiries (trois roues d'or sur champ d'azur), et, remarque l'auteur, « cette famille a donné quatre conseillers au parlement de Dijon'; un à celui de Metz (c'est Bénigne, le père de l'évêque de Meaux); enfin un receveur général des finances en Bourgogne » (c'est Antoine, l'un des frères de Jacques-Bénigne). Si bien renseigné sur tous les Bossuet, Palliot put-il ne l'être pas en ce qui touche le grand archidiacre de Metz? Ces armoiries, concédées aux Bossuet dans le seizième siècle, auraient donc à ce compte été, elles aussi, un pronostic en ce qui regarde Jacques-Bénigne ! Elles eurent, quoi qu'il en soit, l'origine la plus simple du monde ; car Étienne Bossuet, reçu en 1460 bourgeois de Seurre, portant aussi, comme on l'a vu, le nom de Rouyer ?, de ce dernier nom apparemment étaient venues les trois roues d'or, qui, pour tout dire, furent des armes parlantes. Mais « le blason (Bossuet lui-même l'a remarqué quelque part), le blason étant moins que rien",

» n'est-ce pas trop longuement avoir ici parlé du sien"?

' 1° Jacques(aïcul du grand Bossuet) reçu le 1er avril 1579. 2° Claude, fils ainé du précédent, reçu le 11 août 1610. 3Étienne , fils ainé de Claude, reçu le 15 décembre 1637. 4o Jacques, deuxième du nom, frère puiné d'Étienne , reçu le 11 mars 1642. (Le Parlement de Bourgongne, par P. Palliot, 1649, in-f'.)

2 Dans le Cartulaire de Seurre, déjà cité, on lit (f• XXV): « Année 1460, Jacquet Boussuet, alias Rouyer, est créé bourgois, IV fr. »

3 Bossuet, Lettre à Mme d'Albert de Luynes, 30 septembre 1695, 1. XXXIX, 374.

4 Les Bossuet, avant l'anoblissement, avaient eu une singulière devise, sorte de rébus, que l'on vit longtemps gravée dans leur antique maison de la place de l'Estaple, et jusque dans les églises de Seurre, à savoir : un cep de vigne très-rugueux, avec cette légende : bon-bois-bossuet. M. Baudot

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