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dans le département; il modifia la perceptiori des droits réunis , étendit la liberté de la cula ture des tabacs , dont la gêne avoit causé beaucoup de mécontentement en Alsace ; enfin il garantit au receveur-général des contributions la rentrée exacté des impôts, afin qu'il pût verser dans la caisse de la division tous les fonds nécessaires pour la solde des troupes qui fut mise à jour. Ces mesures et les sacrifices sans nombre

que

les membres du conseil du département se déclarèrent prêts à faire tenir les soldats dans le devoir , leur attirèrent la haine du parti , et l'on accuse le maréchal de les avoir fait molester en toutes les occasions par sa soldatesque.

Le 22 mars les bons citoyens firent une dernière tentative auprès du gouverneur. Une députation du commerce et des principaux propriétaires se rendit auprès de lui pour

lui offrir toutes les sommes nécessaires pour le paiement des

troupes, si elles vouloient rester fidèles au roi. Le maréchal Suchet traita ces bons citoyens comme des rebelles, et les mit à la porte , en leur déclarant que ses troupes n'avoient pas besoin de leur argent, et que, s'il lui en falloit, il sauroit le trouver sans leur assistance. Les hommes de bien avec lesquels avoit été

TOME VI.

concerté le plan proposé le 19.au maréchal Suchet, voyant qu'il songeoit à trahir la confiance du Roi, pensèrent alors à exécuter , sans son concours et malgré lui, la mesure qu'il avoit rejetée. Ils s'adressèrent au préfet et l'engagèrent à donner des ordres pour que dix mille paysans formés en bataillons entrassent dans la ville, le 23 mars, à l'instant où l'on voudroit en fermer les portes. Le 314 et le 53e régiment de ligne étant partis pour Béfort, et le 7e de chasseurs pour Neufbrisach, la garnison se trouvoit réduite à 3000 hommes. Les

paysans,

réunis à la masse des citoyens, devoient s'emparer de Suchet et de son état-major , et se rendre de suite maitres de l'arsenal, où l'on auroit trouve de quoi armer la garde nationale. Ce

coup

de vigueur conservoit au Roi l'importante place de Strasbourg, et par suite toute l'Alsace, dont les habitans, très-attachés à la France, ne paroissent révolutionnaires que parce qu'ils craignent un démembrement de ce pays.

Malheureusement cette proposition énergique effraya les personnes dont le concours étoit nécessaire pour son exécution. La révolution qui se prépare est purement militaire, disoient ces hommes honnêtes, mais foibles; les bourgeois et les paysans ne doivent ni ne peu

vent s'en mêler. Evitons la guerre civile; ce sera un grand point de gagné; et si la guerre étrangère éclate, les militaires qui l'auront provoquée contre notre gré, la soutiendront seuls sans notre secours : l'inertie est l'unique moyen qui nous reste pour prouver notre dévouement

au Roi.

C'est ainsi

que les conseils de la pusillanimité perdirent la ville de Strasbourg, et que le mot magique de guerre civile paralysa l'es efforts des âmes élevées au-dessus des misérables considérations de l'égoïsme. La guerre civile ! comme si elle n'existoit pas, lorsqu'une armée se révolte contreson souverain légitimeet veut faire la loi à la nation dont elle est sortie et qu'elle doit protéger! Comme si résister à la rébellion n'étoit pas le premier devoir d'un bon citoyen! Misérables égoïstes , il viendra un temps où vouş rougirez des raisonnemens sous lesquels! vous prétendiez masquer votre coupable indifférence! Les

agens du crime, après avoir épuise les moyens

exciter du mécontentement, répandirent qu'on avoit acquis des preuves de l'intention du Roi et des princes d'exclure de toutes les places les protestans, qui en Alsace forment la classe la plus indus

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ordinaires pour

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civiles dans une incertitude et une stupeur qui ne leur permirent pas de réfléchir sur leur absurdité.

Le 21 mars, dans l'après-midi, Suchet apprit par le télégraphe l'entrée de Buonaparte à Paris. Le 22 il reçut un courrier que ce chef lui avoit expédié d'Autun : dès-lors il rompit le silence. Le 23 au matin, il réunit chez lui l'état-major général de la division , ainsi que les officiers généraux de toutes les armes, et leur dit, qu'afin de mieux maintenir le pays, il avoit cru devoir réprimer leur attachement pour leur Empereur; mais

que c'étoit avec la plus vive satisfaction qu'il leur annonçoit maintenant le retour de ce prince auguste; que le moment étoit arrivé où ils pouvoient se livrer à toute leur joie ; que néanmoins, vu la solennité du jour (c'étoit le jeudi saint) et pour ne pas scandaliser les dévôts par des scènes trop bruyantes, il leur demandoit leur parole d'honneur qu'ils maintiendroient la troupe dans le calme jusqu'au dimanche 26, jour de Pâques; que c'étoit le jour de la résur

la cocarde tricolore devoit reparoître; qu'il la feroit prendre à la parade, et qu'en même temps le drapeau tricolor seroit placé sur la flèche de la cathédrale.

La parole d'honneur fut donnée ; mais en

rection que

dence le projet d'un massacre général , et que ces pièces, qu'on étoit occupé à recueillir, alloient paroître dans le Moniteur : on se garda pourtant de les y insérer. Il est remarquable que pendant qu'on répandoit ainsi l'alarme parmi les protestans, les catholiques furent å leur tour effrayés par les projets sanguinaires qu'on attribuoit aux premiers. On doit dire pourtant, pour excuser la crédulité de beaucoup de protestans, que les

propos

indiscrets de quelques membres du clergé catholique qui, en général, est en Alsace peu instruit et imbu d'opinions ultramontaines , pouvoient effrayer des hommes simples et très-attachés à leur religion.

Avec ces bruits inquiétans, on répandit dans le public les nouvelles les plus désastreuses. Les Suisses avoient été massacrés à Paris; le roi de Sardaigne avoit été jeté par les fenêtres de son palais de Gènes; toute l'Italie étoit en insurrection; Murat étoit entré en Savoie à la tête d'une armée formidable; l'archiduchesse Marie-Louise étoit avec son fils à vingt lieues de France; l'alliancede l'usurpateur avec l'Autriche et l'Angleterre étoit sûre, et la Russie même alloit y entrer. Tous ces bruits, confirmés par les assertions des généraux, mirent les autorités

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