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sur laquelle on a tant discuté à propos de la Maison du baigneur, peu importe l'art de poser les personnages, de conduire les scènes, de préparer le dénoûment ; peu importe le style. Un plafond qui descend sur la tête d'un coupable, une meute de chiens affamés, de vrais chiens, qui se précipitent sur une pâture; voilà ce qui suffit ponr attirer la foule; ceux qui en cherchent plus long sont des idéalistes, des rêveurs, des artistes, que le culte du succès ne satisfait pas et qui ont le tort impardonnable de respecter le public plus qu'il ne veut être respecté lui-même. La liberté des théâtres, à peine inaugurée, rendra-t-elle le public plus exigeant, les directeurs plus indépendants du succès à tout prix, et l'art plus libre, plus fier, plus jaloux de lui-même? C'est, encore une fois, ce qu'on souhaite plus qu'on ne l'ose espérer.

Scènes de genre: Variétés; Palais-Royal; Folies-Dramatiques. Théatre-Déjazet; Scènes Lyryjues.

Le théâtre des Variétés est celui qui a le mieux profité de la liberté des théâtres. Il n'a pas demandé au nouveau régime le droit d'exploiter un genre qui lui fût inconnu. Il a pris à la loi son nom pour le donner à une parodie bouffonne dont cent dix-huit représentations consécutives ont à peine épuisé le succès. C'est la Liberté des Théâtres (10 aoûtj 1 qui se définissait sur l'affiche un salmigondis en six actes et quatorze tableaux et que les auteurs s'étaient attachés à rendre digne de cette qualification. Ils auraient pu l'intituler tout aussi bien Sans queue ni têle,si ce titre n'avait déjà été pris, et avec bonheur, an même théâtre. Ils ont fait défiler tour à tour, sous des formes grotesques, un vaudeville, une tragédie, un opéra, une féerie, un drame militaire, tous les meures en un mot que, grâce a la liberté, ia direction du premier théâtre venu pourra désormais mettre en scène. La théâtre des Variétés a ainsi touché, lui aussi, a tous les genres, au sortir de celui où il a de tout temps excellé, la parodie.

1. Acteurs principaux: MM. Dupuis, Foiteuquille; Michel, Grospoulet; Potier, Desardoises; Grenier, Dufouiltis; Couder, Canasson: — Mmes Duval, Dubrochet ; Silly, Cydalise : Vernet, Mousseline ; Renault, Rosalie.

C'est par une œuvre capitale du même ordre qu'il devait finir l'année et remplir peut-être l'année suivante. L'Enlisement de la Belle Hélène, opéra bouffe en 3 actes de MM. H. Meilhac et L. Halévy, musique de M. Offenbach (17 décembre)1, est une sorte de débauche d'esprit qui a soulevé des orages dans tous les rangs de la critique. On a traité de sacrilèges ses facéties extrêmes et d'un goût volontairement équivoque, dont les dieux et les héros d'Homère font les frais ; on s'est montré plus jaloux du culte de l'antiquité que de l'antiquité elle-même, on a oublié que les Grecs et les Romains se moquaient eux-mêmes, à l'occasion, de leur Olympe. Sans descendre aux temps de Lucien, ce représentant du voltairianisme païen, le drame satirique ne s'unissait-il pas, chez les anciens Grecs, dans l'austère tragédie, dans la trilogie classique ? On se fâche de voir l'Iliade et V Enéide travesties ; on crie au scandale; on accuse notre génération d'irrévérence et de scepticisme; on monte sur les grands mots et les grandes phrases; on défend de toucher à l'arche sainte de l'art antique. Comme si on témoignait D!us de respect aux chefs-d'œuvre en les oubliant, qu'en les parodiant! Comme si le rire et le sarcasme des gens d'esprit n'était pas, pour les œuvres sublimes, encore une façon

1. Acteurs principaux : MM. Dupuis, Parts- : Kopp, yii'niflas : Gn Calchas; Couder, A gamemnon : Guyon, Achille : Hamburger, Aja Andor, Ajax II; — Mmes Schneider, Hélène .- Silly, Oresle : Rei Baahis - Alice. ParOurnit.

Mi'niflas : Grenier.

Ajaxl";

... . Renault,

Bacehis : Alice, Parlhomit.

d'hommage ! comme si enfin, les poèmes d'Homère ne méritaient plus qu'une épitaphe respectueuse, comme celle-ci:

Sacrés ils sont, car personne n'y touche!

Hors de ces deux pièces de longue vie, le théâtre des Variétés .a donné successivement : -La Fiancée du Corps de garde, vaudeville en trois actes de MM. Clairville et Siraudin (12 février); Le Petit de la rue du Ponceau, comédievaudeville en deux actes de MM. E. Martin et A. Mounier (26 février) ; la Vieillesse de Brididi, vaudeville an un a<:le de MM. A. Choler et H.Rochefort (1" mars); Un Bal d'Aïsaciennes,' vaudeville en un acte de MM. Siraudin etE. Blum (3 mars); L'homme n'est pas parfait, vaudeville en un acle de M. Lambert Thiboust (12 mars); le Joueur de flûte, vaudeville en un acte de M. J. Moineaux, musique de M.Hervé (12 avril) ; les Coiffeurs, vaudeville en trois actes de MM. E. Grangé et E. Sauvage (7 mai); une Femme qui ne vient pas, scène (7 juin); la Postérité d'un Bourgmestre, vaudeville en un acte, signé Durand, pseudonyme, dit-on. de M. Mario Uchard (9 juin) : cette folie s'était appelée d'abord la Postérité d'un gendarme; les Mémoires d'une femme de chambre, vaudeville en deux actes de MM. Clairville, Siraudin e^ Blum (18 juin); les Pinceaux d'Hèloïse, vaudeville en un acte de MM. A. Choler et H. Rochefort (1" juillet); une Femme, un Melon et un Horloger, vaudeville en un acte, de MM. Varin et Michel Delaporte; le Bal des cinq Kopp, à propos (26 novembre), sans compter deux reprises : le Bourreau des crânes, vaudeville en trois actes, de MM. Lafargue et Siraudin (26 novembre), et la Belle Espagnole, bouffonnerie musicale de M. Hervé (26 novembre).

Le Palais-Royal a presque tous les ans une pièce de résistance dont le succès tient en grande partie aux folles excentricités. Son œuvre privilégiée de l'année, la Cagnotte, comédie-vaudeville en cinq actes de MM. E. Labiche et Delacour (22 février) ', n'a pas compté moins de cent vingt représentations consécutives. Les pièces légères qui l'ont précédée, accompagnée, ou suivie, sont: Monsieur Boude, vaudeville en un acte de M. Delacour (6 février); Fallait pas qu'il y aille, à propos en un acte de MM. Clairville et Siraudin (6 février); la Maison rouge, vaudeville en un acte de M. C. Newil (22 mai); Une femme qui bat son gendre. comédie-vaudeville en un acte de MM. Varin et Delaporte (18 juin); l'Avocat des Dames, comédie-vaudeville en un acte de MM. Raymond Deslandes et Himbaut ( 18 juin); Vcrmout et Fille-de-l'Air ou les courses de laFertésouSçJouare, fantaisie ."-jppique (18 juin) ; la Leçon de chant, bouffonnerie de M. Bourget, musique de M. J. Offenbach (28 juin); les Femmes sérieuses, comédie en trois actes de MM. Siraudin, Delacour et Blum (2 juillet); les Ficelles de Montempoivre, comédie-vaudeville en trois actes de MM. Varin et Delaporte (27 août); Eh! Lambert! à propos en un acte de MM. Lambert, frères (27 août); un Tailleur pour Dames,comédie-vaudeville en un acte de M. Jules Renard (9 novembre) ; les Pommes du voisin, comédie en trois actes et quatre tableaux de M. Victorien Sardou: cette pièce, comme beaucoup d'œuvres précédentes du même auteur, a été le prétexte de nouvelles accusations de plagiat (15 octobre)1; Histoire d'une patrouille, comédie-vaudeville en un acte de MM. A. Monnier et E. Martin (24 décembre); le Photographe, comédie-vaudeville en un acte de MM. Meilhac et L. Halévy (24 décembre).

I. Acteurs principaux: MM. Geoffroy, Chambourcy Brassem , Coltàdan: Luguct, Cocaret; Lheritier, Cordenbois: Pellerin, Bérhut: Lassouche, Sylvain; — Mmes Thierret, Léonida: Damain, Blanche; Manche. une fruitière.

1. Une œuvre de M. Sardou, née sur un théâtre secondaire littérairement, ne peut guère s'accommoder du régime d'énumération sèche auquel nous condamnons ici le Palais-Royal. Voici les quelques lignes que nous avons consacrées aux Pommes du Km'tin, dans une revue plus complète du théâtre.

« Le titre est extrêmement joli; c'est une étiquette ingénieuse assez bien trouvée pour faire passer une marchandise nécessairement peu nouvelle. Les pommes du voisin, c'est naturellement la femme d'autrui, que la loi, la morale et l'amour-propre ou la jalousie, défendent de leur mieux contre nos convoitises. Mais quels que soient les dragons qui veillent aux portes du jardin des Hespérides, l'attrait du fruit défendu est tel, que les plus timides, à un moment donné, se hasardent à passer par dessus la muraille. C'est ce que fait le héros de M. Sardou, tin avocat candide et assez niais, en passe de devenir substitut et ruaii d'une jeune veuve. La gourme de la jeunesse que cet homme grave n'a pas jetée en son temps, lui vient tard et n'est que plus désastreuse. Il fait toutes sortes de folies, tombe dans mille aventures grotesques et terribles, s'en échappe, en y laissant toutes ses plumes, et perd à la fois ses droits à une place dans la magistrature et dans le cœur de la belle veuve.

Les Folies-Dramatiques tiennent une grande place, au moins pour le nombre, dans les nouveautés de l'année. Leur exhibition principale est le Grand Journal, pièce en 4 actes et 10 tableaux de MM. H. Thierry et E. Blum : exhibition de calembours, de plaisanteries risquées, de femmes à l'avenant, et de brillants décors. Une dizaine de vaudevilles un un acte que nous négligeons de mentionner, signés pourtant de noms plus ou moins connus, s'entremêlent à des pièces plus longues que voici : le Carnaval des canotiers, vaudeville en quatre actes de MM. de Jallais et A. Dupeuty (25 janvier); les Cochers de Paris, pièce populaire en trois actes et quatre tableaux de MM. Pol Mercier et Léon Morand (25 février); la Fleur des pois, vaudeville en quatre actes de

« M. Sardou a tiré cette folie à outrance d'une nouvelle de Charles de Bernard, une Aventure de Magistrat, qui était déjà très-amusante. On se rappelle les petits ou gros emprunts, qui ont été faits à ses devanciers par l'auteur de .Vos Intimes et tout le bruit de certaines accusations de plagiat; c'est ce qui a fait dire au chroniqueur si populaire du Petit Journal, à Timothée Trimm. c'est-à-diro à M. Léo Lespès, que M. Sardou est l'homme du monde le mieux autorisé pour parler <les pommes du voisin, grâce à l'habitude qu'il a de. les cueillir.» (Wetw Française du 1" novembre. Mouvement dramatique.)

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