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bel in-octavo auquel il a donné un titre éminemment académique : la Poésie et l'Éloquence à Rome au temps des Césars1.

Sur ce seul titre, on pourrait croire à une réunion de savantes études rivalisant avec les leçons professées en Sorboone ou au Collége de France par quelques-uns des futurs confrères de M. Jules Janin à l'Académie. Il n'en est rien; un feuilletonniste en cheveux blancs n'abdique pas la plume, j'allais dire le sceptre, qu'il a tenu pendant trente ans, et les livres de M. Jules Janin seront jusqu'au dernier, tout en causeries comme les articles du Journal des Débats dont ils sont formés. J'ai dit ailleurs les défauts séduisants de M. Jules Janin; ce sont peut-être des qualités dans un court feuilleton; ils sont fatigants au possible dans la suite d'un livre. J'ai dit les artifices de ses procédés comme écrivain et la monotonie qu'ils entraînent sous une trompeuse vivacité. On les retrouve entièrement dans la Poésie et l'Éloquence à Rome. Inutile de revenir sur Tin genre de littérature factice dont j'ai déjà vrop multiplié les échantillons. Il ne faut pas regarder de si près aux livres quand il s'agit d'un homme que la réputation littéraire la plus honorable ne suffit pas à faire entrer à l'Académie. Il y a tant de titres qui en ouvrent les portes à des gens qui ne font pas de livres: la puissance de la parole quelquefois, la puissance des relations sociales et des situations politiques plus souvent. Pourquoi demandet-on des gros livres à la puissance de la plume créée par le léger feuilleton î

1. Didier et C", in-8

Influence des chefs-d'œuvre français sur les littératures étrangères. Molière en Danemark. M. Legrelle.

Molière occupe une telle place dans l'histoire de la comédie française, que suivre les destinées de son œuvre à l'étranger c'est étudier l'influence de la comédie française elle-même sur le génie dramatique des autres pays. Dans une thèse spéciale et considérable, présentée en Sorbonne pour le Doctorat ès-lettres, M. A. Legrelle s'est proposé de rechercher hors de France, les imitations les plus remarquables qui ont pu être faites des chefs-d'œuvre de notre grand comique. Elle est intitulée : Holberg considéré comme imitateur de Molière1.

L'auteur auquel M. Legrelle s'attache particulièrement est assez populaire dans le nord de l'Europe, mais jusqu'ici peu connu parmi nous, quoiqu'il soit venu chercher en France des sujets et des inspirations. Il s'agit du poète danois Holberg, qui n'a pas fondé une école dramatique dans son propre pays, mais dont le nom et les œuvres sont devenues très-populaires dans toute l'Allemagne. Holberg le principal rival de Molière, sur les théâtres d'au delà du Rhin, s'était formé par l'étude de Molière, et par celle de la société française au commencement du siècle dernier. Deux séjours à Paris en 1715 et en 1725 lui ont permis de se familiariser avec l'esprit français et d'en recevoir profondément l'influence, qu'il devait ensuite répandre chez des nations étrangères jusque-là à l'influence de notre théâtre.

M. Legrelle établit d'abord historiquement le fait de l'imitation de Molière par Holberg. Cela était facile; carie poète danois en convient lui-même: « Parmi les anciens, disait-il, en 1746, Plaute, et parmi les modernes, son imitateur Molière, ont été mes guides. » Et un peu plus tard: « Molière fut mis de côté en même temps que mes pièces originales qui sont exécutées d'après les plans des siennes. » 11 parait que le fait avait été nié, notamment par M. Robert Prutz qui veut faire de Holberg un simple continuateur de la comédie italienne. M. Legrelle ne nie pas ce que Holberg doit à l'Italie, à la Commedia del arte, à l'antiquité latine, à la comédie de mœurs du dix-huitième siècle français; mais il soutient qu'il est avant tout un disciple et un imitateur de Molière.

1- Hachette et Cu, in-8, 3S2 p.

N'aurait-on pas les aveux du poète danois lui-même, l'examen comparé de son théâtre et de celui de l'auteur français ne laisserait aucun doute. C'est ce que M. Legrelle établit surabondamment et dans une forme seulement un peu trop didactique. Un livre de critique littéraire ne doit pas se construire aussi régulièrement qu'un traité de géométrie. L'auteur considère successivement chez les deux poètes, les personnages, la construction des pièces, les analogies de détail et même de style. Pour les personnages, il prend un à un les membres de la famille, le père, la mère, le fils, la fille, les valets; puis les personnages accessoires et grotesques, les pédants, le précepteur, le philosophe, le légiste, le médecin, et il montre que les traits naturels et vrais, comme les exagérations de convention, décèlent chez Holberg l'imitation de Molière.

La construction des pièces l'atteste mieux encore, et ici M. Legrelle place une analyse du théâtre de Holberg qui n'est pas la partie la moins intéressante de son livre. De, l'exposition au dénoûment, le poète danois se montre un disciple fidèle.

Les analogies de détail sont les plus curieuses. On nous montre dans les deux théâtres, les moyens et ressorts communs, les diverses sortes de visites, de querelles, de déguisements, de quiproquos, les jeux de scène, les brusques conversions de caractère, les effets de dispute symétrique,etc.,etc. M. Legrelle met en regard les scènes qui ont le plus de rapport et justifient ainsi le titre de son livre : Holberg considéré comme imitateur de Molière.

Grâce à l'action que l'auteur français a exercée sur lui et grâce aussi à ses facultés personnelles, Holberg a pris et conservé une place importante dans la comédie moderne. M. Legrelle fait la part des nuances propres à son génie et arrive à cette conclusion que trois grandes analogies les rapprochent de Molière : comme son modèle, Holberg peint les vices et les travers de l'humanité; il donne au caractère la prépondérance sur l'intrigue; enfin il a exercé sur les mœurs une influence libérale. Cette filiation intime établie entre Molière et Holberg recommande celui-ci à notre attention, et elle est, comme dit M. Legrelle, une occasion naturelle d'étudier Molière de plus près.

Enseignement de notre histoire littéraire à l'étranger.
M. Antonin Roche.

Il ne faut pas oublier les Français qui propagent à l'étranger notre langue et notre littérature par leur enseigne» ment et leurs livres, quand ces derniers sont dignes de prendre chez nous une place honorable. C'est le cas des divers ouvrages publiés par M. Antonin Roche directeur de l'£ducalional Instilute de Londres. Ils forment presque une bibliothèque complète de littérature et de grammaire; quelques-uns datent déjà d'assez loin et ont eu des éditions plus ou moins nombreuses ; mais ils viennent d'être réunis sons un format élégant et commode, en une collection nouvelle que je crois devoir signaler. Le plus ancien est un recueil de morceaux choisis dans les meilleurs auteurs de la littérature française, depuis les origines jusqu'à nos jours. U comprend naturellement deux séries : la prose, et les vers. Il y a longtemps que j'ai entendu citer avec éloge et consulté moi-même avec fruit les Prosateurs français1 et les Poètes françaist de M. Antonin Roche. Les dernières éditions n'ont pu qu'améliorer ce double recueil, l'un des mieux faits que je connaisse.

Passons sur une grammaire française du même auteur t. Chaque professeur a la sienne qu'il croit supérieure à toutes les autres. Et l'on comprend que chacun se fasse aisément cette conviction, en voyant combien la plupart de celles qui existent sont mauvaises.

Ne nous arrêtons pas davantage à un Traité du style et de la composition littéraire4, qui n'est autre chose qu'un livre élémentaire de rhétorique française. On y trouvera tout ce que contiennent d'ordinaire les rhétoriques, c'est-à-dire une foule de choses inutiles et superflues ou des choses utiles qui ne devraient s'apprendre qu'en étudiant les modèles.

Un livre plus personnel de M. Antonin Roche est l'Histoire des principaux écrivains français depuis l'origine de la littérature jusqu'à nos jours*. Une faut pas y chercher ce que l'auteurne s'est pas proposé d'y mettre, c'est-à-dire des études originales et profondes, des aperçus nouveaux et ingénieux. C'est un résumé des leçons faites pendant plus de riDgt ans à l'Éducalional Institute, et l'on peut dire que ces leçons valent bien celles qui se sont faites pendant le même temps chez nous dans nos établissements nationaux. Les travaux des grands critiques modernes, MM. Villemain, ^aint-Beuve, Saint-Marc Girardin, Nisard, etc., ont été mis

1. Hetzel, îd-18, 530 p.

5. Même librairie, in-18, 528 p.

3. Même librairie, in-18, 208 p.

4. Même librairie, in-18, 342 p.

à. Même librairie, 2 vol. in-18, 352-:U8 p.

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