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le donjon de son ancienne forteresse et les tourelles de son château. Au-dessus de l'amphithéâtre que forment ses maisons et les murailles de sa triple enceinte, se dressent de distance en distance les toits aigus et les clochetons de ses portes fortifiées, » Voilà de la bonne description. Cela continue, pendant plus d'une colonne compacte, avec la même précision et la même netteté d'image. Combien ne faudraitil pas de pages de certains livres de voyages pour nous laisser dans l'esprit une représentation aussi vraie et aussi vive des choses !

Avec le Dictionnaire des communes pour guide, nonseulement le curieux, l'homme d'affaires, l'administrateur peuvent faire, du fond de leur cabinet, d’utiles excursions dans tous les coins et recoins de la France, le philosophe, l'homme d'État y trouvent aussi les matériaux de sérieuses méditations. M. Joanne est de l'école des géographes qui fait consister leur science dans la connaissance de tous les rapports sous lesquels un pays peut s'offrir à notre étude. Les rapports moraux ne sont pas les moins intéressants, et il se garde de les dédaigner. Il résumera donc tout ce que la statistique peut nous apprendre sur la vie intellectuelle et morale de chaque département; il décomposera la population dans ses divers éléments, et nous dira quelles proportions elle présente relativement aux cultes, aux professions, à l'instruction, à la criminalité. Ici une seule religion domine, là deux cultes rivaux se partagent le pays; ici règne l'ignorance, là l'instruction n'a presque plus de progrès à réaliser; ici se révèle l'austérité des mæurs, là le relâchement des liens de la famille; ici se multiplient les délits et les crimes contre les personnes, là ceux contre les propriétés.

Et tous ces précieux renseignements ne se présentent pas en phrases diffuses; l'auteur est l'homme de la concision, quelques lignes de chiffres lui suffisent pour les donner. M. Joanne a mis à profit les beaux travaux de statistique morale et criminelle que l'administration publie

chaque année; il ne reproduit pas tous les ingénieux tableaux des recueils officiels, mais il en extrait ce qui peut servir à faire connaître l'état présent de l'esprit et de l'âme de la France.

Que ne puis-je m'arrêter un peu sur un seul point de cette révélation générale, sur l'instruction publique ? On ne s’imagine pas combien elle est encore arriérée dans certaines parties de notre beau pays ! Croirait-on que dans le département de la Loire-Inférieure, dans une de ces dernières années, sur 4963 jeunes gens qui prenaient part au tirage, il y en avait 2133 qui ne savaient ni lire ni écrire, et que, sur 4627 mariages, il s'est trouvé 4260 hommes ou femmes ne sachant signer? Beaucoup de départements présentent de pareilles proportions. Quelques-uns sont à un degré plus bas d'obscurantisme : dans le Morbihan, sur 3663 mariages, le nombre des époux incapables de signer était de 5129. Dans le Bas-Rhin, au contraire, sur 4148 mariages, 243 personnes seulement ne savent pas signer. Et pourtant la vie moyenne est à peu près la même dans ces deux contrées : de 33 ans 7 mois, dans le Bas-Rhin, de 32 ans 2 mois dans le Morbihan. Il est vrai que dans l'Yonne, l'un des départements les plus éclairés, elle est de 38 ans 2 mois : preuve que l'instruction ne tue pas. Pourquoi de telles différences ! Et ne pourrait-on pas dire qu'il y a plusieurs Frances dans la France, en voyant le niveau du développement intellectuel si haut et si bas suivant les contrées? Des renseignements de cette nature permettraient de reconstruire avec le Dictionnaire des communes ces fameuses cartes teintées du baron Dupin, où l'état de l'instruction dans nos départements était marqué par des ombres plus ou moins épaisses. Il y a beaucoup à faire encore pour avoir le droit d'effacer de notre carte les dernières traces d'obscurité.

C'est donc tout un monde que le Dictionnaire des communes de la France : monde varié, animé, vivant; c'est un véritable panorama, un spectacle universel, où, suivant le

besoin ou l'humeur du moment, chacun peut aller chercher un secours, une distraction, un sujet d'études. C'est dans cette époque de travaux précipités, une æuvre capitale, un monu. ment de patience et de consciencieux labeur qui honore également l'auteur et l'éditeur dont le concours était nécessaire pour l'édifier.

On peut l'assurer : nul autre que M. Adolphe Joanne n'était capable de l'exécuter sur un tel plan. Il fallait, comme lui, avoir tout vu par ses yeux ou par les yeux de collaborateurs formés à son école; il fallait avoir appris la concision et l'exactitude en écrivant soi-même vingt ou trente volumes de voyage, en en faisant écrire un plus grand nombre sous sa direction.

Mais, d'autre part, pour publier un pareil volume, pour le garder tout composé jusqu'au moment du tirage, ce qui permettait à l'auteur de corriger, de modifier jusqu'à la dernière heure un travail de longue haleine, il fallait toutes les ressources et le dévouement intelligent de cette puissante maison de librairie, dont le chef éminent a été frappé par la mort, au moment où paraissait le Dictionnaire des communes, l'une de ses publications de prédilection. Toute la vaste collection des Itinéraires et des Guides était là pour rappeler les deux noms de MM. Ad. Joanne et L. Hachette aux nombreux amis de la littérature des voyages; la nouvelle cuvre les recommande l'un et l'autre et l'un par l'autre une fois de plus.

Les voyages d'expéditions militaires racontés par les hommes d'action.

M. Léopold Pallu.

Parmi les meilleures publications auxquelles ont donné lieu les expéditions lointaines de la flotte française dans ces

dernières années, j'ai cité, l'an passé, la Relation de l'expédition de Chine en 1860, de l'officier de marine, M. Léopold Pallu“. Je trouve cette année un nouveau récit du même auteur qui témoigne de toutes les qualités de penseur et d'écrivain que j'ai déjà louées. Il est intitulé Histoire de l'expédition de Cochinchine en 1861 2. Le public connaît peu les faits et les résultats de cette guerre entreprise par la marine française contre un pays riche et puissant, en dehors jusqu'ici de notre commerce et de notre influence. On ne se préoccupe pas assez des intérêts français engagés dans une partie qui se joue à un autre bout du monde; on ne sait pas quel sacrifice il se fait loin des regards de la France, de son argent et du meilleur de son sang, si un tel sacrifice est profitable ou en pure perte. Nous laissons notre gouvernement engager notre fortune, notre gloire, notre avenir, non-seulement sans lui demander des comptes, mais encore sans éprouver le besoin d'en recevoir.

Des livres comme ceux de M. Léopold Pallu, sont faits pour changer cette disposition et triompher de notre apathie. L'Histoire de l'expédition de Cochinchine en 1860 n'est pas seulement une relation authentique et presque officielle des événements; c'est un tableau rapide, concis, puissant; il nous plaît par la sobriété du style, l'abondance des faits, la justesse d'appréciation, la connaissance des hommes, le sens précis des choses; une foule de pages portent la marque d'un véritable écrivain, à la manière large et vigoureuse, aux aperçus rapides et profonds; le philosophe se retrouve sous le soldat, et leur union constitue l'originalité du style. Qu'on en juge, par ce passage sur la mort du commandant Bourdais, dont le cæur et le bras gauche furent enlevés par un boulet à l'assaut du fort de My-thô. .

1. Voy. Tome VI de l'Année littéraire, pages 396-399. 2. Hachette et Cie, in-8, 280 pages avec cartes.

3. A ceux qui désirent se rendre compte des résultats obtenus ou promis par notre expédition chez les Annamites, nous pouvons signaler une excellente brochure de M. Francis Garnier: la Cochinchine française en 1864. (Dentu, in-8.)

« Ainsi fut déblayé le chemin de My-thổ et mourut le capitaine de frégate Bourdais. Le sentiment de l'armée associa ce succès et cette perte : il faut les laisser unis. On assure qu'il eut la force de prononcer le nom de Dieu; puis il tomba. On jeta un pavillon sur son corps pour lui faire honneur, peut-être pour ne pas gêner par une vue horrible ceux qui continuèrent à combattre. Quand on rassembla ses restes, on retrouva le bras, mais jamais on ne put retrouver le cmur. Pendant huit jours et chaque jour, il avait ou pris un fort ou détruit un barrage. Il avait marché, écartant d'un geste fébrile les obstacles accumulés devant lui, sans que la vue de tant de morts et de mourants l'eût troublé ou attendri. C'était l'image de sa vie. Il avait à peine quarante ans; il allait être glorieusement nommé capitaine de vaisseau, à l'âge où presque tous ses compagnons d'armes étaient encore subalternes. Il n'y eût point eu d'insulisance de cadres, de raisons parisiennes qui tinssent; la voix du commandant en chef et du corps expéditionnaire lui donnait ce grade. Mais il tomba quand il voyait le but en trébuchant dans le sang. Il faut vivre. Il n'est plus. Il n'est rien. D

Quand les hommes d'action écrivent de ce style, le public est bien près de les suivre dans leurs livres aussi longtemps et aussi loin qu'ils voudront les mener. Des officiers comme M. Pallu conquièrent une seconde fois les provinces conquises par les armes de la France, ils les imposent à l'attention publique.

Voyages de touristes sur le théâtre de notre action politique.

MM. Paul Dkormoys, Rod. Lindau, Richard Cortambert.

Les régions dont on parle le plus ne sont pas les plus connues, et la politique extérieure dans ses vues et ses projets sur les contrées lointaines est souvent guidée par les illu

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