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cipes. L'exubérance de la foi ou de l'imagination ne peut que nuire au succès du livre de M. Baguenault de Puchesse auprès des philosophes. Son style très-soigné, et qui est constamment celui d'un prédicateur élégant, achève de le faire ressembler plutôt à une suite de sermons qu'à un traité de démonstration philosophique.

Le dernier métaphysicien de l'Université. – M. Vacherot.

Dans les temps les moins favorables à la métaphysique, la pensée philosophique peut avoir des défaillances; elle ne meurt pas entièrement. Le culte du vrai a toujours un asile dans quelques âmes sincères, que rien ne détourne des voies de l'indépendance; ni le spectacle corrupteur des événements, ni l'exemple contagieux des défections envers la science. M. Vacherot est un des maîtres qui sont restés le plus fidèles à ce culte, et chacun de ses livres est une affirmation des droits plus ou moins oubliés de la philosophie.

Ses Essais de philosophie critique se recommandent sur tout à ce titre. Ce n'est qu'un recueil d'études détachées sur des sujets divers, ce qu'on appelait autrefois un volume de mélanges; mais l'unité est dans l'esprit qui anime les diferentes parties, dans la méthode qui préside au développement et à la solution des questions. M. Vacherot pense que l'on peut écarter toute conception a priori, toute considération abstraite, toute hypothèse, et se renfermer strictement dans les limites de la science pure, quel que soit l'objet de notre étude, matière, force, âme, esprit, sensation, idée, certitude, devoir, progrès. L'un des adversaires les plus sé

1. Chamerot, in-8, xx-454 pages.

rieux de l'école dite positiviste, il n'en est pas moins l'un des philosophes les plus habiles à mettre l'autorité de la science positive au service de la métaphysique. M. Vacherot, dont nous ne pouvons discuter ici les idées, a autant de talent comme écrivain que de fermeté comme penseur, et c'est un des signes les plus tristes de notre temps que de voir l'Académie des sciences morales et politiques hésiter à lui ouvrir ses portes.

L'Université fidèle à l'histoire de la philosophie. — M. Ch. Lévêque.

Lės recherches savantes sur l'histoire de la philosophie sont toujours l'objet des prédilections de l'Université. Si la connaissance des systèmes passés est unë utile préparation à la discussion des systèmes modernes, nous devons être singulièrement en mesure de juger les doctrines qui se produisent autour de nous. Car parmi les problèmes sans cesse renaissants de la science humaine, il n'en est aucun dont nous n'ayons éclairé à fond toute l'histoire en concentrant sur les solutions proposées par l'antiquité, tous les efforts d'une infatigable érudition.

Le Journal des savants est là tout entier, ainsi que les livres que ses rédacteurs composent avec leurs principaux articles pour prouver la continuité des tendances historiques de notre philosophie académique et universitaire. J'en trouve un témoignage de plus dans le recueil des Études de philosophie grecque et latine de M. Ch. Lévêque, professeur au Collège de France. Le savant auteur de la Science du beau n'est pas de ceux qui ont peur de la théorie. Ses efforts pour donner à la France un traité systématique et complet d’esthétique, le prouvent suffisamment. Il n'en est pas moins de cette génération de philosophes universitaires, qui, sous l'impulsion de M. Cousin, se portent avec plus d'ardeur vers la recherche érudite des doctrines du passé que vers les discussions aventureuses des questions du présent et de l'avenir.

1. Aug. Durand, in-8, 416 pages.

Les problèmes sur lesquels il ramène son attention, ne manquent pas cependant d'actualité. Il en est un, même, que les débats des philosophes avec les médecins, ont mis tout à fait à l'ordre du jour : c'est celui du principe vital et des rapports de la vie animale avec la pensée. Problème difficile et attrayant tout ensemble, que d'excellents esprits ont cru pouvoir résoudre dans ces derniers temps par un retour à la théorie de l'animisme. Nous avons dit nous-même précédemment les efforts faits pour ressusciter la doctrine de Stahl et lui donner dans le passé toute une histoire ?. M. Ch. Lévêque considère l'animisme dans Aristote et cherche les antécédents des idées de MM. Alb. Lemoine et Francisque Bouillier dans quelques détails mieux éclaircis de la philosophie péripatéticienne.

M. Lévêque se plonge volontiers dans les profondeurs les moins accessibles de l'aristotélisme. Il reprend, dans son nouveau volume d'Études de philosophie grecque et latine , les recherches sur certains points obscurs élucidés déjà par lui dans sa thèse de doctorat sous ce titre : le Premier moteur et la nature dans le système d'Aristote. On aime à refaire ses premières campagnes.

Des discussions non moins inabordables au vulgaire nous montrent le savoir de M. Ch. Lévêque aux prises avec les difficultés de la philosophie néo-platonicienne. Plotin sort de ses mains, enveloppé de tous les nuages lumineux que l'esprit grec des derniers jours sut accumuler sur la métaphysique. La vie et les doctrines d'Abélard exercent aussi l'intrépide érudition de M. Ch. Lévêque qui, retrouvant

1. Voy., t. IV de l'Année littéraire, p. 387-390 et t. V, p. 395-397.

partout devant lui les travaux de M. Cousin, se montre digne de recueillir l'héritage du maître.

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Les sciences philosophiques et la médecine; histoire de leurs relations.

M. Guardia.

L'âme et le corps sont si intimement unis que selon certains philosophes ils ne font qu'un. Il n'est donc pas étonnant que la science physiologique et la psychologie se rapprochent, se réunissent, se confondent même dans les recherches et dans les livres sur la nature humaine. La médecine, en particulier, a eu de tous temps avec la philosophie des démêlés qui accusent leur affinité et leurs rapports • intimes. Il n'y a de guerres, de procès, qu'entre voisins, et les dissensions intestines naissent des relations mêmes de la famille.

On demandait à je ne sais plus quel personnage du dernier siècle : « Comment se fait-il que vous plaidiez toujours contre votre frère ? — Et contre qui voulez-vous que je plaide ? contre les Turcs ou contre les Chinois, avec lesquels je n'ai rien à débattre ! » Il en est de même de la philosophie, elle est sans cesse en guerre avec la médecine parce que toutes deux se rencontrent sur le même terrain : l'étude de la vie. Chacune d'elles la considère dans des manifestations différentes, la rattache à des principes, et la suit dans des conséquences d'ordres opposés ; mais toutes deux se disputeront non-seulement la préséance, mais le droit exclusif au titre de science de l'homme.

Ceux que l'histoire de ces relations un peu orageuses entre les sciences philosophiques et les sciences médicales peut intéresser, en trouveront les éléments dans un volumineux recueil d'études formé par M. Guardia sous ce titre : la

Médecine à travers des siècles: histoire philosophie'. On n'y trouvera pas, comme le titre semble le promettre, un tableau plus ou moins complet ou proportionné de l'histoire des sciences médicales, mais une suite d'articles détachés, dont quelques-uns très-étendus sur des points curieux ou importants de la philosophie et de la médecine anciennes et modernes. Les divers sujets sont traités avec soin, élégance, et avec cette chaleur qui conduit trop souvent sur la pente de la déclamation les écrivains les plus estimés de la littérature médicale.

Dans l'antiquité, le nom d'Hippocrate résume à lui seul toute la science médicale. M. Guardia rattache à l'étude de ce grand homme celles des écoles qui l'ont précédé et celles qui ont subi son influence. Les questions de philosophie médicale prennent, en se rapprochant de nous, une plus grande place. L'auteur montre que la médecine et la philosophie n'ont jamais été séparées et il trouve les raisons de ce fait dans les rapports naturels de ces sciences. Les discussions les plus récentes, celles qui sont passées des recueils spéciaus de médecine dans les journaus ordinaires, sont reprises par M. Guardia ; ainsi l'affaire des vivisections à l'Académie de médecine, qui, l'année dernière, partageait et inquiétait le public, est résumée dans toutes ses phases.

L'étude que nous signalerons de préférence est celle sur la philosophie positive et ses représentants. Bien que M. Guardia ne paraisse pas très-attaché à l'orthodoxie spiritualiste, il combat le positivisme avec une grande vivacité. La philosophie, j'allais dire la religion de M. Comte sort de ses mains toute en lambeaux, et M. Littré, son prophète, est gravement atteint par les éclaboussures d'une discussion où M. Guardia emploie les doubles armes que peut donner l'alliance des connaissances médicales et du sens philosophique.

1. J. B. Baillière et fils, in-8, LXIV-804 pages.

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