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Les autres recueils de vers que je vois citer avec éloge, comme venant de province, ont dn bon sans doute; mais je n'en vois reproduire aucun extrait. Je veux croire que les Heures de loisirs de M. P.-A. Génicot, imprimées à Reims, ou les Rimes Provinciales, publiées à BordeauxTpar M. Amion-Faure, ou les Rhylhmes et Refrains de M. Paul Ristelhuber, de Strasbourg, ou les trois volumes simultanés de M. A. Ducom, de Toulouse (Essais poétiques, Bluetles, Une maison d'hiver), peuvent soutenir la concurrence, peu écrasante d'ailleurs, des poésies parisiennes de naissance ou par élection de domicile.

Malheureusement pour la poésie, elle a, dans tous les départements comme dans celui de la Seine, à se débattre contre la même ennemie, l'indiSérence pour la beauté littéraire dont le vers a été si longtemps la forme la plus goûtée; mais s'il se produit un retour des esprits vers les choses poétiques, ce mouvement sera le même dans le pays tout entier. Car répétons-le : Il n'y a plus, en littérature, comme dans l'art, comme en toutes choses, de provinces ni de capitale; il y a toute la France qui vient concentrer à Paris ses forces vives, pour en faire ensuite rayonner l'action sur elle-même et sur le monde.

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Le vers français à l'étranger : la poésie de parti en Belgique.

A en juger par le livre que voici, parvenu, depuis un an déjà, à sa quatrième édition, nos voisins les Belges auraient le goût du vers français plus que les Français eux-mêmes. Quel est le volume de vers imprimé à Paris depuis une vingtaine d'années qui ait eu les honneurs de ces éditions multiples? Il est vrai que chez l'auteur, M. Benoit Quinet, le culte de la poésie ne parait pas être la première préoccupation; il ne sacrifie pas aux muses pour elles-mêmes, il voit dans le langage rhythmé un instrument de propagande politique, philosophique et religieuse, une arme de polémique: Danton chez les Contemporains illustres1 n'est qu'une suite de satires où les questions sociales modernes sont abordées de front, où toutes les idées chères à un parti sont défendues contre leurs adversaires.

M. Benoit Quinet est, dans son paya, catholique et conservateur. On sait qu'en Belgique les questions religieuses et politiques sont plus intimement mêlées que chez nous et que dans les luttes des partis, à la chambre, devant les électeurs, dans les journaux, partout, la religion est un drapeau. Elle est celui de l'auteur de Dantan, et une foule de dogmes politiques modernes que les publicistes français ne mettent pas nécessairement en opposition avec elle, sont ici pourchassés en sou nom. Aux yeux de M. Benoit Quinet, le progrès,, la liberté, l'égalité, la fraternité, le socialisme, le communisme, l'anarchie proudhonieuue ne sont que des nuances d'une même erreur dont la Révolution française, celle de 1789, a été l'explosion et dont la Terreur, en 1793, a été la conséquence fatale; les secousses de la société et des trônes, dans toute l'Europe, en 1848, en pnt encore, été le contre-coup. 1848 et 1793 sont, pour l'auteur de Dantan, deux dates funèbres, et sa haine de poète politique n'épargne aucun des noms qui ont été mêlés aux œuvres de ces maudites années.

La satire de M- Benoit Quinet ne reste, pas générale, comme celle des poètes moralistes; elle est personnelle ; elle prend à parti les hommes; elle les cite à comparaître devant elle, par leurs noms ; elle dresse leur acte d accusation, elle les condamne par contumace, elle les exécute en effigie. Et je ne parle pas des acteurs des drames révolutionnaires de 1793; leurs noms appartiennent au passé, leurs actes ont été tant de fois jugés par l'histoire, que la poésie peut s'en emparer à son tour et leur jeter l'anathème, si la conscience l'inspire ainsi. N'est-il pas convenu que l'on doit des égards aux vivants, mais que l'on ne doit aux morts que la vérité? L'auteur de Dantan chez les Contemporains illustres met les morts et les vivants sur la même ligne. Il exerce sa verve conservatrice aux dépens de MM. Louis Blanc, Barbès, Proudhon, Ledru-Rollin, Béranger, Lamartine et d'une foule d'autres acteurs de la révolution de 1848, avec la même liberté que s'ils étaient allés rejoindre dans la tombe leurs ancêtres de la première Révolution française. Aristophane, que M. Benoit Quinetmet en scène dans sa première satire, avait plus de vigueur, mais il n'avait pas plus de franchise. Sans vouloir ni pouvoir discuter dans ce livre les violents griefs du satirique belge contre ces hommes atteints depuis par la disgrâce et par l'exil, nous croyons que leurs noms n'auront pas beaucoup à souffrir de cette poésie exotique déchaînée contre eux. Les actes des hommes politiques des temps modernes se jugeront par d'autres documents, et l'avenir ne tiendra plus guère de compte des satires que des apothéoses.

1. Wons, Manceaux, gr. in-8.

Parmi les hommes que je viens de nommer, M. Lamartine n'est pas seulement condamné comme homme politique, il est aussi jugé comme écrivain, ainsi que Chateaubriand, ce socialiste d'outre-tombe. M. Quinet unit ici, dans ses jugements, avec la sévérité, l'indépendance et le bon sens. Il a fait une analyse assez piquante du Raphaël de notre grand poète, et cette analyse en est, à elle seule, la critique. Voyez cette jeune fille qui se sent trop malade pour se laisser séduire:

« Mon ami, restons purs.... ou je meurs! » disait-elle....
Et moi je respectais sa noble chasteté,
t'est si beau la vertu par raison de santé.

Tous les vers de Dantan chez les Contemporains illustres n'ont pas cette malice ; s'il en était ainsi, M. Benoit Quinet compterait parmi nos premiers satiriques, et Paris serait jaloux de Bruxelles : ce serait un mauvais sentiment que les poètes belges ne veulent pas nous inspirer.

ROMAN.

Le roman en 1864. Auteurs et genres. Nombre et variété.

Le roman, depuis plusieurs années, par le nombre et l'éclat des œuvres, a pris souvent la première place entre nos genres littéraires. Il ne la garde aujourd'hui que par le nombre. Nos romanciers ne cessent pas de produire pour la consommation des innombrables lecteurs qui attendent leurs élucubrations nouvelles. Les journaux ont toujours *urs immenses feuilletons qui contribuent à l'abonnement et an réabonnement d'une façon plus efficace que leur politique. Les volumes recueillent les récits publiés dans le journal par parcelles.

Les noms à la mode sont toujours les mêmes, et les Alexandre Dumas, lesPonsondu Terrail,les Paul Féval, les Enun. Gonzalès, etc., se signalent également par des œuvres nouvelles et des réimpressions. Les uns croissent, les autres «croissent, d'autres se maintiennent dans l'estime des caninets de lecture, sans qu'on voie bien la'raison de ces oscillations. Leur faveur qui monte ou qui baisse pourrait être considérée comme un thermomètre des dispositions morales du public.

Quelques noms estimés hier deviennent populaires aujourd'hui: Tels sont ceux de MM. Erckmann-Chatrian, qui renouvellent si heureusement le roman national et militaire,

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