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Les travaux leiicographiques; leur continuation.

Nous avons parlé, à plusieurs reprises, des grandes publications lexicographiques qui font honneur à l'esprit laborienx et au savoir de notre temps. Elles jouissent toujours de la même faveur auprès d'un public pressé d'apprendre vite ce qu'il y d'essentiel dans chaque chose, d'aller directement au renseignement utile, de réduire les livres à un petit nombre, et, s'il était possible, à un seul. Nous nous bornerons pourtant aujourd'hui à signaler la continuation de deux grands répertoires alphabétiques bien différents, l'un remarquable par l'autorité avec laquelle une matière spéciale est approfondie, l'autre par la variété des matières qu'il se propose de réunir.

Celui que nous avons étudié avec le plus de soin, est le Dictionnaire de la langue française de M. Littré '. L'auteur n'a qu'à suivre son plan, qu'à remplir son cadre, qu'à conserver cette mesure parfaite, cette proportion entre l'histoire et la grammaire, l'usage et la logique; et cette œuvre capitale, ce monument de la langue française, s'accomplira pour le plus grand honneur de son courageux architecte. Al'heure qu'il est près de 1600 pages, c'est-à-dire près de 5000 colonnes, nous conduisent à la fin de la lettre E, qui se place entre le premier tiers et la moitié dans la plupart des dictionnaires.

Nous avons aussi signalé la première apparition d'un dictionnaire encyclopédique plus vaste que tout ce qui s'est fait jusqu'à présent, le (jrand Dictionnaire universel ai dix-neuvième siècle, français, historique, géographiquei

1. Voy. t. VI de l'Annie littéraire, p. 478-484.

mythologique, bibliographique, littéraire, artistique, scientifique, biographique, anecdolique, etc., etc., de M. P. Larousse. Ce répertoire universel, tout en avançant plus vite que le dictionnaire historique de l'Académie, n'en est pourtant pas à la fin de la lettre A. Il compte en quatorze livraisons 568 pages ou 2272 colonnes du plus petit texte qu'on ait employé dans ces sortes d'ouvrages. Il est encore trop tôt pour juger dans quelle mesure son plan, effrayant d'étendue et de variété, pourra être suivi. Quelques doutes ayant été élevés dans la presse sur la possibilité d'achever un tel ouvrage, l'éditeur, qui en est en même temps l'auteur principal, a protesté contre ces défiances. Une nouvelle série de fascicules nous permettra, nous l'espérons, l'année prochaine de juger du mérite et de l'utilité d'un pareil travail, et de la possibilité de le conduire à bonne fin.

VARIÉTÉS.

LIVRES ILLUSTRÉS. — VULGARISATION SCIENTIFIQUE. SOCIÉTÉS SAVANTES.

La vulgarisation par les livres à images; son rôle et ses conditions. L'histoire et la Bible.

Les publications illustrées à bon marché continuent leur œuvre de vulgarisation dont il ne convient pas de dédaigner les effets. On calcule difficilement jusqu'où peut aller l'influence de l'instruction populaire répandue à la fois par la presse et la gravure. Que de faits vont entrer dans l'esprit par les yeux! Que d'idées, vraies ou fausses, vont laisser une impression profonde par leur union avec l'image! Si j'étais le chef d'une de ces sociétés imaginaires, où toute direction part de l'Etat et y retourne, je voudrais diriger surtout la propagation de la science élémentaire par les livres populaires illustrés. Mais non; comme dans les sociétés réelles la liberté est le plus puissant ressort de l'activité intelligente et du progrès, je me garderais bien de vouloir donner moi-même l'impulsion à un mouvement d'expansion intellectuelle, qui ne demande qu'à n'être pas entravé. Simple observateur de ce. qui se passe dans le monde des livres, je vois du moins avec plaisir les efforts de l'industrie et de l'art pour répandre plus loin et faire descendre le plus bas possible la lumière vivifiante de l'instruction.

Nous avons dit comment les fondateurs de notre premier grand magasin d'images et de lecture, le Journal pour tous, avaient eu l'idée d'appliquer le même procédé de publication à d'autres ouvrages que des romans. Une Histoire populaire de la France, illustrée d'innombrables gravures, fut le premier fruit de cette pensée. Prenant pourpoint de départies livres classiques de M. Victor Duruy, qui n'était pas encore ministre, cette publication s'est grossie d'une foule de documents et d'extraits des mémoires de chaque époque. Noue en avons montré l'esprit et le patriotisme un peu exclusif, mais sans grand inconvénient qnandjil ne s'agit que du passé. Elleja reçu pour complément et pour pendant une Histoire Contemporaine dont le sujet est si intéressant à la fois et si scabreux.

Il est difficile que, sous une inspiration presque officielle, l'histoire du présent ou d'un passé encore si voisin de nous, n'incline pas vers le panégyrique du régime qui succède à tant de révolutions, et qui a la prétention de résumer tous les bienfaits des régimes antérieurs en se tenant à l'écart de toutes leurs fautes.

Le même système de vulgarisation par l'image, commentaire visible du texte, a été appliqué ensuite à un monument primitif d'histoire et de religion, dont on ne saurait trop répandre la connaissance pourvu qu'on n'en altère pas dans l'intérêt d'un système quelconque le vieux témoignage. Je parle des livres de' l'Ancien et du Nouveau Testament.

J'applaudirais sans réserve à la nouvelle édition illustrée de la Bible populaire1, si le texte était simplement la fidèle reproduction du récit primitif. Quand l'histoire appelle l'art à son secours, pour faire revivre un passé lointain, elle doit se dégager la première de toute pensée étrangère, de tout intérêt prétendu supérieur à la vérité historique. Nous voulons aujourd'hui que le dessin, la peinture, se fassent autant que possible contemporains des faits qu'ils retracent, nous voulons la vérité, sous le nom de couleur locale, dans les moindres détails de l'action, dans tous les accessoires de la mise en scène. Cette fidélité archéologique ce sont les progrès de l'histoire qui l'ont enseignée aux arts plastiques. L'histoire ne devrait-elle pas s'en faire une loi elle-même? Ne doit-elle pas, suivant la méthode des Chateaubriand, des Augustin Thierry, faire revivre le temps passé, en dégageant son image de toute pensée moderne? Ne doit-elle pas s'abstenir de mêler à ses récits des explications oiseuses ou des commentaires intéressés? L'historien n'est ni un critique ni un apologiste. Il rend la vie aux hommes ou aux choses du passé, il ne s'occupe pas d'en défendre ou d'en développer les doctrines.

1. Ch. Lahure, in-4* à 2 col., 580 p.

L'auteur de la Bible populaire, M. l'abbé Drioux, n'a pas compris ce rôle de l'historien; il s'est trop souvenu des habitudes du docteur en théologie, du professeur voué à 1» défense du dogme chrétien. Il ne laisse pas assez parler l'auteur anonyme, inspiré ou non, de chacun des livres saints. Malheureusement, il a trouvé utile de parler luimême et de parler souvent. Il craint que le texte pur ne soit une pierre d'achoppement pour les simples, et il l'interrompt, pour l'éclaircir par toute sorte d'explications. Préoccupé de justifier l'antique tradition devant la science moderne, il va au-devant des objections, les énonce complaisamment et les réfute plus complaisamment encoreDès le premier chapitre de la Genèse, ce besoin de développements apologétiques se fait sentir. «Aucommencement Dieu créa le ciel et la terre, » dit la Bible. L'abbé Drioiu nous arrête pour nous dire ce que la plupart des commentateurs entendeDt par ciel et ce qu'il convient d'entendre par la terre. Puis vient la transformation des six jours de la création en six états différents que la science appelle périodes. Chaque jour de la création, au lieu de l'énonciation

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