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biblique, si sublime dans sa simplicité, est l'objet d'une exposition prétendue savante, et peut-être non moins discutable. Ainsi l'on nous dit au troisième jour, à propos des plantes créées avant le soleil : « L'atmosphère avant la création du soleil et des astres, contenant beaucoup plus d'acide carbonique, était très-favorable à la végétation. » Les houillères sont prises à témoin de cette succession de phénomènes qui n'est peut-être pas aussi scientifique que les commentateurs orthodoxes s'efforcent de le croire.

Tonte la chronologie de la création est traitée de même. On laisse ces belles et naïves légendes orientales pour nous parler géologie. Moïse cède la place à Cuvier. On discute les conclusions à tirer de la position des crocodiles au-dessus ou au-dessous de la craie, ou de celle des sauriens et des grandes tortues de Maastricht dans cette même formation.

Que nous sommes loin du monument d'histoire et de religion qu'il s'agissait de nous faire connaître 1.1. J. Rousseau en parlant de la Bible elle-même, disait: « Que d'hommes entre Dieu et moi I » L'abbé Drioux trouve qu'il, n'y en a pas assez encore. Entre Dieu et nous, il met Cuvier, il met les géologues, il se met lui-même I La Bible populaire, malgré les images destinées à en rendre le caractère antique, ne sera pas la Bible de Moïse, de Josué, des Rois, des Prophètes, la Bible de Dieu, si l'on veut: ce sera la Bible de M. l'abbé Drioux. J'aurais mieux aimé, dans l'intérêt de l'histoire, la naïveté de la légende sacrée eous l'illustration toujours intéressante, souvent splendide, des éditions populaires de M. Ch. Lahure.

I
Les livres de science illustrés. Rivalité de luic typographique.

L'union du dessin et de la littérature scientifique produit

des merveilles. Nous avons déjà cité ces livres de vulgarisation d'une exécution typographique si belle que M. Figuier et quelques autres produisent, depuis plusieurs années, pour être offerts en cadeaux d'ûtrennes aux jeunes gens et aux enfants. M. Figuier ne se lasse pas de soutenir la concurrence qu'il a ouvertement déclarée aux Contes de Perrault. A la série des splendides in-octavo illustrés, qui comprenait le Savant du Foyer, la Terre avant le Déluge, la Terre et les Mers, il a ajouté cette année l'Histoire des Plantes illustrée de 415 figures1. Sans doute les sciences naturelles n'attendent pas leurs progrès de ces « tableaux de la nature » comme l'auteur appelle ses livres, maïs le soin et la beauté de l'exécution mis au service des connaissances scientifiques élémentaires ne peuvent qu'en répandre le goût.

Dans cette voie M. Figuier ne marche plus seul. Il est suivi, il est dépassé par des publications plus belles encore que les siennes et où l'illustration traduit à plus grands frais encore pour les yeux, les merveilles de la nature et lesdécouvertes de la science. Il faut citer également pour l'autorité scientifique du texte et pour la perfection des gravures astronomiques, le splendide volume que M. Amédée Guillemin intitule le Ciel1. Le livre est écrit avec cette conviction «que les sciences physiques et naturelles ont par elles-mêmes assez d'attraits pour n'avoir besoin d'aucun ornement étranger. » Écartant la partie mathématique et démonstrative, l'auteur s'adresse à ces esprits curieux qui n'ont ni le temps ni la volonté de devenir astronomes de profession. Mais en revanche il accumule les détails les plus intéressants relatifs à la constitution du monde céleste et met à notre portée les observations d'Europe et d'Amérique. Onze planches tirées en couleur et 216 vignettes insérées dans le texte, attestent un luxe et un soin d'exécution typographique dignes du sujet et du livre.

1. Hachette et <?• (imprimerie Ch. Lahure), in-8, xvi-332 pages.

2. Hichetto et C" (même imprimerie), gr. in-8, vj-626 pages.

Le Monde de la Mer1 est un essai plus riche encore de littérature scientifique; il offre toutes les variétés de la gravure chromolithographique obtenue par les procédés de fac-similé de M. Desjardins. Sans compter 200 vignettes, vingt et une planches tirées en couleur vous donnent le spectacle d'une sorte d'aquarium où l'on voit à travers le voile liquide qui ordinairement nous le dérobe^ tout le travail de la végétation et de la vie sous-marine. Les animauxplantes, les zoophites, pour parler grec, s'y épanouissent en une véritable floraison multicolore. Les poissons et les coquillages rivalisent d'éclat et de transparence ; l'artiste a fixé par l'image l'observation du savant.

L'auteur du Monde de la Mer, dont le nom est caché, nous ne savons pourquoi, sous le pseudonyme d'Alfred Frédol, est le savant académicien Moquin-Tandon, mort récemment. C'était, pour cet esprit ouvert à toutes les connaissances, un délassement à ses travaux que d'initier le plus grand nombre à la science, objet de sa plus vive passion, c II avait rassemblé dans une histoire naturelle sans nomenclature barbare, sans prétention scientifique, sans anatomie repoussante, un nombre considérable de faits intéressants et d'aperçus nouveaux. » Le Monde de la Mer est le fruit des loisirs d'un savant qui fut en même temps un lettré distingué. On ne pourrait trouver un texte plus autorisé pour des illustrations plus splendides.

D'autres grandes œuvres de luxe sont encore consacrées a la vulgarisation scientifique: L'Air et le Monde aérien1, de M. Arthur Mangin, complète la trilogie et semble être le pendant de chacune des publications précédentes. Le Monde des Insectes1, de M. S. Henry Berthoud, va chercher les grands enseignements dans les infiniment petits de la vie. Dans des proportions plus modestes on voit se former une Bibliothèque des Merveilles qui doit comprendre tour à tour celles de l'art et de la nature. Les deux premiers volumes, les Météores, de MM. Margollé et Zurchert, et les Merveilles de l'Architecture,t de M. André Lefèvre, nous permettent dejuger le plan de la bibliothèque elle-même. C'est, dans un cadre restreint, une exposition artistique on scientifique proportionnée et complète, avec le commentaire perpétuel de la gravure.

1. Hachette et C'" (imprimerie Ch. Laliure), gr. in-8.

2. Tours, Mame et fils, in-8.

La science et l'histoire des sciences ; biographie des savants.
M. A. Cap.

L'histoire des sciences est l'un des flambeaux de la science elle-même. « Pour bien cheminer, disait Charles-Quint, ce n'est pas la même chose d'être éclairé par derrière ou par devant. » Sans doute, le mieux est d'être éclairé par devant et par derrière à la fois. Par l'expérience et les autres méthodes directes d'investigation la science répand la lumière devant elle et interroge l'avenir; par l'histoire de ses tâtonnements ou de ses progrès antérieurs elle éclaire et assure sa sa marche; son passé n'est pas seulement un objet de légitime curiosité, il est un enseignement utile.

Ces pensées ont inspiré à M. P. A. Cap une suite d'Études biographiques pour servir à l'histoire desscienas'La seconde série qu'il vient de publier, contient des naturalistes, des chimistes, des médecins et des pharmaciens, des alchimistes même, des savants justement célèbres et d'autres injustement oubliés. L'auteur parcourt rapidement le cercle entier des temps, en laissant derrière lui d'inévitables lacunes, que de nouvelles séries viendront sans doute peu à peu combler. La science dans l'antiquité est représentée ici par quatre noms: Aristote, le génie universel, Théophraste, le patient observateur et l'habile écrivain, Dioscoride, l'un des créateurs de la botanique médicale, enfin Pline le naturaliste, l'un des esprits les plus étendus, sinon les plus profonds, du passé. Les notices que M. Cap leur consacre sont courtes et se bornent aux traits généraux.

1. Garnier frères, grand in-8.

2. Hachette et C'% in-18.

3. Hachette et C", in-18.

lu Victor Massou et fils, in-18, 420 p.

Les notices sur les savants de la Renaissance et des temps modernes sont plus longues et plus approfondies. Conrad Gesner, appelé de son temps le Pline germanique, Pierre Coudenberg, l'un des premiers naturalistes belges, représenlentles aspirations du seizième siècle vers la vérité scientifique et les premiers résultats des nouvelles méthodes de découverte. Les noms de Philibert Commerson et de Joseph Dombey intéressent davantage notre nationalité. Guillaume Homberg, le chimiste du régent, quoique né à Batavia, appartient à la science française. Le naturaliste américain Audubon, le chimiste suédois Scheele appartiennent par leurs services récents à la science de tous les pays.

Les Études biographiques pour servir à l'histoire des sciences répondent bien au but que s'est proposé l'auteur, elles forment un livre d'une lecture intéressante et utile et concourent à cette grande œuvre de vulgarisation si chère à notre époque. M. Flourens considère l'histoire des savants comme la chronologie de l'esprit humain et leurs biographies comme les portraits de famille de la science des arts et de la civilisation. Il faut savoir gré aux historiens qui nous font retrouver nos ancêtres.

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