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pendant de chacune des publications précédentes. Le Monde des Insectes', de M. S. Henry Berthoud, va chercher les grands enseignements dans les infiniment petits de la vie.

Dans des proportions plus modestes on voit se former une Bibliothèque des Merveilles qui doit comprendre tour à tour celles de l'art et de la nature. Les deux premiers volumes, les Météores, de MM. Margollé et Zurcher?, et les Merveilles de l'Architecture, de M. André Lefèvre, nous permettent de juger le plan de la bibliothèque elle-même. C'est, dans un cadre restreint, une exposition artistique ou scientifique proportionnée et complète, avec le commentaire perpétuel de la gravure.

La science et l'histoire des sciences; biographie des savants.

M. A. Cap.

L'histoire des sciences est l'un des flambeaux de la science elle-même. « Pour bien cheminer, disait Charles-Quint, ce n'est pas la même chose d'être éclairé par derrière ou par devant. » Sans doute, le mieux est d'être éclairé par devant et par derrière à la fois. Par l'expérience et les autres méthodes directes d'investigation la science répand la lumière devant elle et interroge l'avenir; par l'histoire de ses tâtonnements ou de ses progrès antérieurs elle éclaire et assure sa sa marche ; son passé n'est pas seulement un objet de légitime curiosité, il est un enseignement utile.

Ces pensées ont inspiré à M. P. A. Cap une suite d'Études biographiques pour servir à l'histoire des sciencesé. La seconde série qu'il vient de publier, contient des naturalistes, des chimistes, des médecins et des pharmaciens, des alchimistes même, des savants justement célèbres et d'autres injustement oubliés. L'auteur parcourt rapidement le cercle entier des temps, en laissant derrière lui d'inévitables lacunes, que de nouvelles séries viendront sans doute peu à peu combler. La science dans l'antiquité est représentée ici par quatre noms: Aristote, le génie universel, Théophraste, le patient observateur et l'habile écrivain, Dioscoride, l'un des créateurs de la botanique médicale, enfin Pline le naturaliste, l'un des esprits les plus étendus, sinon les plus profonds, du passé. Les notices que M. Cap leur consacre sont courtes et se bornent aux traits généraux.

1. Garnier frères, grand in-8. 2. Hachette et Cie, in-18. 3. Hachette et Cie, in-18. 4. Victor Masson et fils, in-18, 420 p.

Les notices sur les savants de la Renaissance et des temps modernes sont plus longues et plus approfondies. Conrad Gesner, appelé de son temps le Pline germanique, Pierre Coudenberg, l'un des premiers naturalistes belges, représentent les aspirations du seizième siècle vers la vérité scientifique et les premiers résultats des nouvelles méthodes de découverte. Les noms de Philibert Commerson et de Joseph Dombey intéressent davantage notre pationalité. Guillaume Homberg, le chimiste du régent, quoique né à Batavia, appartient à la science française. Le naturaliste américain Audubon, le chimiste suédois Scheele appartiennent par leurs services récents à la science de tous les pays.

Les Études biographiques pour servir à l'histoire des sciences répondent bien au but que s'est proposé l'auteur, elles forment un livre d'une lecture intéressante et utile et concourent à cette grande cuvre de vulgarisation si chère à notre époque. M. Flourens considère l'histoire des savants comme la chronologie de l'esprit humain et leurs biographies comme les portraits de famille de la science des arts et de la civilisation. Il faut savoir gré aux historiens qui nous font retrouver nos ancêtres,

Les sociétés savantes. Organisation de la littérature et de la science,

en France, en Europe, dans le monde entier. — M. Achmet d'Héricourt.

Si les diverses études qu'embrasse l'esprit humain, lettres, arts, histoire, sciences théoriques et appliquées, ne font pas de nos jours des progrès plus rapides encore, ce n'est pas faute de sociétés organisées en France, en Europe, dans le monde entier, pour leur donner une direction, susciter les découvertes ou en propager les résultats. Il n'y a pas de département en France et, dans beaucoup de départements, pas de petite ville qui n'ait une ou plusieurs sociétés savantes, avec une organisation complète, des règlements ou des statuts, un personnel recruté parmi les notables de chaque endroit.

L'agriculture et l'archéologie sont les objets de prédilection de nos sociétés savantes départementales. Quelques-unes réunissent l'une à l'autre, et toutes deux aux études les plus disparates de l'art ou de la science, de la littérature, de l'histoire ou de la technologie. Souvent la même société prime, dans les comices agricoles, les plus beaux sujets des espèces bovine, ovine ou porcine, et décerne, en séance publique, des prix d'éloquence ou de poésie. Les recherches d'histoire ou d'archéologie encouragées par ces sociétés locales sont d'ordinaire relatives aux curiosités, aux souvenirs, aux monuments de la localité elle-même, et ce sont les travaux qui seront le plus utiles, chaque fois que leurs auteurs sauront s'affranchir des intérêts et des mesquineries d'amour-propre qui s'agitent autour de chaque clocher.

Ce besoin de se réunir en société, sous prétexte de donner à un certain ordre d'études une impulsion, une direction, est aussi vif à l'étranger qu'en France. En Europe les

recherches savantes de toute nature sont représentées dans une foule de villes par des sociétés souvent plus actives, mieux organisées et plus riches que les nôtres. Si l'on veut avoir une idée de l'ensemble de cette vaste confédération scientifique, il faut voir le livre que le comte Achmet d'Héricourt a rédigé sous le titre d'Annuaire des sociétés savantes de France et de l'étranger. L'auteur ne s'est pas proposé dans ce volumineux ouvrage de résumer les travaux des corps savants de chaque pays. Les mille pages de son livre suffisent à peine à énumérer les noms de ces corps et à indiquer le but spécial des études de chacun.

La France, avec les sociétés savantes de ses 89 départements, n'occupe que la moitié d'un volume et cette partie de l'ouvrage n'est pas celle qui offre le plus de curiosité. Elle nous montre la monotonie qui nait, dans un pays de centralisation, d'une organisation uniforme. L'historiographe de nos sociétés savantes de province est conduit à son insu à nous donner sur deux cents villes ou provinces des renseignements toujours les mêmes. La société savante de Sens s'occupe du Sénonais, celle d’Agen de l’Agénois, toutes deux d'agriculture. Voilà tout ce qu'il y a à dire de ces modestes académies de province, trop fidèles à cette vertu des honnêtes femmes qui est de ne pas faire parler d'elles.

A l'étranger, M. Achmet d'Héricourt entre dans plus de détails et nous transmet des renseignements plus intéressants el pour leur importance et pour leur variété. Voici, avec leur organisation et leurs programmes, les sociétés savantes de toute la Belgique, prises successivement dans chacune de ses six provinces. Ici, grâce à l'absence de centralisation, les villes d'Anvers, de Louvain, de Gand, de Liége, rivalisent avec Bruxelles même et entre elles pour le nombre et l'influence de leurs corps savants. L'Académie royale des beauxarts d'Anvers, la Société littéraire de l'université catholique de Louvain, les Académies ou Sociétés royales de Gand et de Liége, vont de pair avec les sociétés et académies les mieux accréditées de la capitale. Le mouvement des recherches savantes n'a pas moins de centres ni de centres moins sérieux dans la Hollande.

1. A. Durand, 2 vol. in-8, XXXII-472-540 pages.

M. Achmet d'Héricourt les signale tous à ses lecteurs. L'Angleterre l'embarrasse davantage encore par la multiplicité de ses sociétés savantes. Suivant la division historique et administrative de la Grande-Bretagne, il passe en revue l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et, dans chacun de ces trois royaumes unis, il prend un à un les comtés et fait connaître les associations littéraires ou scientifiques de chaque ville. Quoique les comtés anglais aient une vie beaucoup moins dépendante que nos départements français, cependant la ville de Londres tranche d'une manière non moins notable que Paris, sur le reste de la nation, pour l'importance et le nombre des corps savants. Quelques-uns, comme la Société royale de géographie, sont de véritables puissances et, grâce à leur activité intelligente ou anx millions de leurs budgets, étendent leur action sur le monde entier. Le tableau des cinquante ou soixante sociétés savantes de cette capitale est du plus haut intérêt. Et cependant à côté de celles de Londres, les sociétés d’Edimbourg et de Dublin ont encore une valeur propre et une influence personnelle, que celles de Lyon, de Marseille ou de Bordeaux ne sont pas à la veille d'obtenir.

Des remarques analogues peuvent se faire sur les autres parties de l'Europe, à propos du mouvement littéraire ou scientifique représenté par l'organisation de leurs corps savants. Le comte A. d'Héricourt n'omet aucun des pays étrangers. Une revue complète des sociétés savantes de la Suisse est intercalée dans l’énumération très-compliquée de celles de l'Allemagne. Il ne lui faut pas moins des trois cents premières pages de son second volume pour arriver au nord de l'Europe, où il n'oublie dans ses études ni la Suède ni la Norvége, ni les divers gouvernements de Russie.

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