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Les sociétés savantes. Organisation de la littérature et de la science, en France, en Europe, dans le monde entier. — M. Achract d'Héricourt.

Si les diverses ékudesqu'embrasse l'esprit humain, lettres, arts, histoire, sciences théoriques et appliquées, ne font pas de nos jours des progrès plus rapides encore, ce n'est pas faute de sociétés organisées en France, en Europe, dans le monde entier, pour leur donner une direction, susciter les découvertes ou en propager les résultats. Il n'y a pas de département en France et, dans beaucoup de départements, pas de petite ville qui n'ait une ou plusieurs sociétés savantes, avec une organisation complète, des règlements ou des statuts, un personnel recruté parmi les notables de chaque endroit.

L'agriculture et l'archéologie sont les objets de prédilection de nos sociétés savantes départementales. Quelques-unes réunissent l'une à l'autre, et toutes deux aux études les plus disparates de l'art ou de la science, de la littérature, de l'histoire ou de la technologie. Souvent la même société prime, dans les comices agricoles, les plus beaux sujets des espèces bovine, ovine ou porcine, et décerne, en séance publique, des prix d'éloquence ou de poésie. Les recherches d'histoire ou d'archéologie encouragées par ces sociétés locales sont d'ordinaire relatives aux curiosités, aux souvenirs, aux monuments de la localité elle-même, et ce sont les travaux qui seront le plus utiles, chaque fois que leurs auteurs sauront s'affranchir des intérêts et des mesquineries d'amour-propre qui s'agitent autour de chaque clocher.

Ce besoin de se réunir en société, sous prétexte de donner à un certain ordre d'études une impulsion, une direction, est aussi vif à l'étranger qu'en France. En Europe les recherches savantes de toute nature sont représentées dans une foule de villes par des sociétés souvent plus actives, mieux organisées et plus riches que les nôtres. Si l'on veut avoir une idée de l'ensemble de cette vaste confédération scientifique, il faut voir le livre que le comte Achmet d'Héricourt a rédigé sous le titre d'Annuaire des sociétés savantes de France et de l'étranger'. L'auteur ne s'est pas proposé dans ce volumineux ouvrage de résumer les travaux des corps savants de chaque pays. Les mille pages de son livre suffisent à peine a énumérer les noms de ces corps et à indiquer le but spécial des études de chacun.

La France, avec les sociétés savantes de ses 89 départements, n'occupe que la moitié d'un volume et cette partie de l'ouvrage n'est pas celle qui offre le plus de curiosité. Elle nous montre la monotonie qui nait, dans un pays de centralisation, d'une organisation uniforme. L'historiographe de nos sociétés savantes de province est conduit à son insu à nous donner sur deux cents villes ou provinces des renseignements toujours les mêmes. La société savante de Sens s'occupe du SéDonais, celle d'Agen de l'Agénois, toutes deux d'agriculture. Voilà tout ce qu'il y a à dire de ces modestes académies de province, trop fidèles à cette vertu des honnêtes femmes qui est de ne pas faire parler d'elles.

A l'étranger, M. Achmet d'Héricourt entre dans plus de détails et nous transmet des renseignements plus intéressants et pour leur importance et pour leur variété. Voici, avec leur organisation et leurs programmes, les sociétés savantes de toute la Belgique, prises successivement dans chacune de ses six provinces. Ici, grâce à l'absence de centralisation, les villes d'Anvers, de Louvain, de Gand, de Liége, rivalisent avec Bruxelles même et entre elles pour le nombre et l'influence de leurs corps savants. L'Académie royale des beauxarts d'Anvers, la Société littéraire de l'université catholique de Louvain, les Académies ou Sociétés royales de Gand et de Liége, vont de pair avec les sociétés et académies les mieux accréditées de la capitale. Le mouvement des recherches savantes n'a pas moins de centres ni de centres moins sérieux dans la Hollande.

1. A. Durand, 2 vol. in-8, xixu-472-540 pages.

M. Achmet d'Héricourt les signale tous à ses lecteurs. L'Angleterre l'embarrasse davantage encore par la multiplicité de ses sociétés savantes. Suivant la division historique et administrative de la Grande-Bretagne, il passe en revue l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande, et, dans chacun de ces trois royaumes unis, il prend un à un les comtés et fait connaître les associations littéraires ou scientifiques de chaque ville. Quoique les comtés anglais aient une vie beaucoup moins dépendante que nos départements français, cependant la ville de Londres tranche d'une manière non moins notable que Paris, sur le reste de la nation, pour l'importance et le nombre des corps savants. Quelques-uns, comme la Société royale de géographie, sont de véritables puissances et, grâce à leur activité intelligente ou aux millions de leurs budgets, étendent leur action sur le monde entier. Le tableau des cinquante ou soixante sociétés savantes de cette capitale est du plus haut intérêt. Et cependant à côté de celles de Londres, les sociétés d'Edimbourg et de Dublin ont encore une valeurpropre et une influence personnelle,que celles de Lyon, de Marseille ou de Bordeaux ne sont pasà la veille d'obtenir.

Des remarques analogues peuvent se faire sur les autres parties de l'Europe, à propos du mouvement littéraire on scientifique représenté par l'organisation de leurs corps savants. Le comte A. d'Héricourt n'omet aucun des pays étrangers. Une revue complète des sociétés savantes de la Suisse est intercalée dans l'énumération très-compliquée de celles de l'Allemagne. Il ne lui faut pas moins des trois cents premières pages de son second volume pour arriver au nord de l'Europe, où il n'oublie dans ses études ni la Suède ni 1t Norvége, ni les divers gouvernements de Bussie.

Revenant au midi, il constate l'existence des sociétés savantes du royaume d'Italie. La réunion des divers États de la péninsule en un seul est trop récente pour avoir altéré l'indépendance littéraire et scientifique des anciens duchés. Florence, Parme, Modène, Naples, Gênes, Turin, Milan et une foule d'autres villes sont encore hères de leurs académies et espèrent leur conserver l'originalité au sein de la grande unité italienne. Rome, qui a aussi ses illustres sociétés, n'est pas un centre intellectuel pour le pays dont elle doit être un jour la capitale-politique. Le comte A. d'Héricourt termine par la revue des sociétés savantes de l'Espagne et du Portugal cet intéressant tableau de l'organisation littéraire et scientifique de l'Europe.

L'Annuaire des sociétés savantes nous conduit plus loin et ne néglige aucune des parties du monde. En Afrique, nous trouvons, à part les provinces françaises del!Algérie, le gouvernement du Cap, avec trois sociétés à Cap Town. L'Egypte en a, entre autres, une très-importante, l'Institut Égyptien. L'Ile Maurice, l'Ile de la Réunion, l'île Ste-Hélène ont aussi leurs académies, publient leurs annales, leurs transactions. L'Amérique surtout se montre plus riche qu'on ne pourrait s'y attendre en institutions littéraires et scientifiques. Le comte A. d'Héricourt passe en revue chacun des États-Unis de l'Amérique du Nord, fédéraux ou confédérés, et nous dit l'organisation des sociétés savantes des grandes cités comme Washington, Boston, New-York, Philadelphie, New-Haven, et des villes à peine nées d'hier comme San Francisco, en Californie.

A côté des États-Unis, l'Annuaire des sociétés savantes fait place à ces grands territoires que la confédération de Washington menace de s'annexer au premier jour, le Canada et le Mexique. Dans la première de ces contrées nous pourrions nous croire encore en France envoyant la Société historique ou l'Institut canadien ne nous offrir, dans son personnel, que des noms français. A Mexico la société de géographie et de statistique avec ses Socios de numéro, honorarios, corresponsales, ne nous rappelle que l'Espagne. Rien n'y trahit l'influence de la France, et encore moins du gouvernement allemand de Maximilien; au contraire les relations intimes de la Société mexicaine avec l'Institut de Washington marquent le mouvement qui tend à rapprocher le Mexique de la grande république américaine. La mention des sociétés savantes de l'Amérique du Sud achève de nous donner la mesure des préoccupations littéraires ou scientifiques au nouveau monde.

Le vieux monde, dans l'extrême Orient, ne nous offre guère que des sociétés savantes de formation anglaise. Il y a un Société asiatique de Chine à Hong-Kong. Il y en a une autre à Shang-haï, sans compter une Société littéraire dans la même ville et une Société scientifique à Macao. Mais c'est surtout dans l'Indoustan que l'activité scientifique des Anglais se donne carrière. H y a à Bombay, à Calcutta des Sociétés asiatiques, géographiques, historiques, scientifiques, qui rivalisent d'importance avec les grandes académies de l'Europe.

L'Océanie nous montre aussi le génie anglais organisant les recherches scientifiques et géographiques dans des régions à peine occupées. Il y a un Institut de l'Australie méridionale à l'Adélaïde avec une Société des Arts, des expositions de peinture et des lectures publiques; il y a une Société royale d'acclimatation à Melbourne, sans compter une Société géologique et une Société sténographique. Il y a quatre Sociétés savantes à Sidney; il y a un Institut philosophique à Auckland, dans la Nouvelle-Zélande; il y a enfin une Société royale pour l'avancement des sciences à Hobert-Town, dans la terre de Van Diemen. Les Hollandais ne font pas davantage à Batavia, où leur Société des arts et des sciences est la plus ancienne de cette partie du monde.

Voilà le curieux et intéressant spectacle que nous offre

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