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C'est par cette fidélité scrupuleuse des peintures que M. La Landelle a cru avec raison pouvoir intéresser le lecteur à ses sujets de prédilection, sans jeter une action romanesque dans les tableaux de la vie maritime.

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Le monde naval a un historien non moins autorisé et un peintre non moins fidèle dans le vice-amiral Jurien de la Gravière. Si les mémoires et les souvenirs de voyage sont ordinairement bien accueillis par le public, ils ont une chance plus grande encore, lorsqu'ils lui sont présentés par un homme sûr de ce qu'il discute, aussi consommé dans la matière qu'il traite. M. Jurien de la Gravière, un des écrivains les plus goûtés de la Revue des Deux-Mondes, a réuni en un volume deux études assez importantes déjà publiées dans ce recueil. La première a pour titre: la Marine d'autrefois, Souvenirs d'un marin d'aujourd'hui; la seconde est une étude sur la Sardaigne en 1842'. Le volume est complété par un mémoire sous forme d'appendice intitulé : la Marine des Grecs au siège de Troie.

Les trois parties de ce volume nous montrent le talent de M. Jurien de la Gravière sous un aspect différent. Ses Souvenirs d'un marin d'aujourd'hui, ne sont à proprement parler qu'une narration familière et charmante de ses propres aventures au début de la carrière maritime. On le retrouve en scène à côté de quelques-uns de ces marins intelligents et intrépides, qui sont restés comme les types et les modèles de la marine du passé. Sous la plume de M. de la Gravière, nous voyons revivre l'amiral Lalande avec son impétuosité native, sa hardiesse heureuse, et sa haine de la routine ; nous assistons à cette campagne de 1840 dans les eaux de l'Archipel qui fut sur le point de brouiller la France et l'Angleterre, et de mettre en présence les deux plus puissantes flottes de l'Europe. C'est avec une simplicité et un

1. Hachette et Cie, ir.-18, 390.

naturel parfait, avec une admiration sincère pour l'officier général dont il fut l'aide de camp, que M. de la Gravière nous le dépeint; et, sans raconter longuement ses campagnes il cherche surtout, dans les détails qu'il en doone, à faire revivre quelques instants une marine qui n'est plus, à expliquer ce qui la rattache encore à la marine du présent, déjà menacée d'une prochaine déchéance par la marine de l'avenir,

La Sardaigne en 1842, est un mémoire d'hydrographie, de statistique et d'histoire, dont les matériaux pour être depuis longtemps rassemblés et condus, n'ont rien perdu de leur intérêt. Ce mémoire résume les études et les patientes recherches que M. de la Gravière fit, sur les côtes de cette ile, en 1842. Il commandait alors le brick la Comète et était chargé spécialemeut de lever lo plan des ports de Sardaigne, Ce but purement scientifique fut dépassé par le jeune officier, Attiré sans doute vers cette ile par le singulier oubli dans lequel elle était laissée depuis des siècles, il examina attentivement la situation, les produetions, les meurs et coutumes du pays qu'il visitait; il en étudia l'histoire dans le passé, dans le présent; prévit en quelque sorte sa prospérité future en se rendant compte de l'influence bonne ou mauvaise des diverses dominations qui s'y sont succédé. On retrouve dans cette partie du livre de M. de la Gravière la souplesse et la netteté du style unies à la science de l'hy. drographe et aux saines appréciations de l'économiste,

L'appendice du volume, qui consiste surtout en un mémoire sur la Marine des Grecs au siège de Troie, pous montre en lui l'érudit qui a parcouru les mers à travers lesquelles Homère a promené ses héros avec tant de complaisance, et qui a vérifié par lui-même les mille détails charmants ou terribles dont ce poëte, peut-être aveugle, mais à coup sûr, géographe, a émaillé ses merveilleux récits.

CHRONIQUE.

Nécrologie littéraire de l'année 1865.

Nous ne trouvons à extraire des nécrologies, générales de l'année, que les noms suivants, comme appartenant aux différentes branches de la littérature :

BAZANCOURT (César, baron de), auteur de quelques romans et

d'une série d'ouyrages historiques sur nos dernières expéditions militaires, en Crimée, en Italie, en Chine : ces dernières publications étaient le résultat de missions officielles. - Il était né en 1810,

BERTIN (Maurice), rédacteur, pour la partie judiciaire, du Jour

nal des Débats.

CAMUS, secrétaire de la rédaction du Journal des Débats.

DEFAUCONPRET (Charles-Auguste), ancien directeur du collége

de Sainte-Barbe; plusieurs journaux l'ont confondu, dans leurs notices nécrologiques, avec son père le célèbre traducteur de Walter Scott. Outre sa collaboration à un certain nombre des traductions paternelles, il a publié personnellement celles des voyages de Christophe Colomb, par Washington Irving et de plusieurs voyages anglais. -- Il était né en 1797.

DENNE-BARON (René-Dieudonné), auteur de travaux biogra

phiques et historiques sur la musique et les musiciens, notamment d'une Histoire de la musique en France, insérés dans Patria. — Il était né en 1804.

DUMANOIR (Philippe-François PINEL), auteur dramatique très

fécond, et qui a écrit les meilleurs rôles de Mlle Déjazet. On peut rappeler les Vieux péchés (1833), les Premières armes de Richelieu, Indiana et Charlemagne, le Camp des Bourgeoises, Don César de Bazan, les Toilettes tapageuses, le Gentilhomme pauvre, les Drames du cabaret. (1864). — Il était né en 1806.

DUPEUTY (Désiré-Charles), l'un de nos plus féconds vaudevil

listes. Sa première pièce fut le Hussard de Felsheim (1827). Il a fait quelques bonnes parodies. — Il était né en 1798.

DUPIN (André-Marie-Jean-Jacques), ou Dupin aîné, avocat et

jurisconsulte, publiciste fécond, ancien président de l'Assemblée nationale, procureur général à la Cour de cassation, membre de l'Académie française, sénateur, etc.; auteur d'innombrables publications, parmi lesquelles nous avons à citer : le Procès du Christ (1828), le Morvan, ses Mémoires, les Travaux académiques. Son dernier écrit a été un discours contre le Luxe effréné des femmes. — Il était né en 1783.

DUVEYRIER (Aimé-Honoré-Joseph), connu au théâtre sous le

pseudonyme de Mélesville et le plus assidu collaborateur de Scribe. Le nombre de leurs comédies, de leurs vaudevilles et de leurs livrets d'opéras, est considérable : il a aussi collaboré avec Brazier, Bayard, Carmouche, Xavier, M. Léon Laya, son frère, Charles Duveyrier, etc. – Il était né en 1787.

GÉRUZEZ (Nicolas-Eugène), ancien professeur, puis secrétaire

de la faculté des Lettres de Paris, auteur d'un certain nombre de livres pour les classes et de travaux d'histoire et de critique littéraires couronnés par l'Académie française. Il était né en 1799.

HÉQUET (Gustave), journaliste et critique musical, auteur

d'une étude historique sur Mme de Maintenon, et de quelques livrets d'opérettes. — Il était né en 1803.

HUART (Louis), littérateur et journaliste, longtemps rédacteur

en chef du Charivari, l'inventeur de ces petites physiologies

qui eurent tant de succès vers 1840, principal collaborateur de la Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts. - Il était né en 1813.

JACQUES (Amédée), ancien professeur de philosophie à Ver

sailles et à Paris, directeur de la Liberté de penser, en 1847, destitué en 1851, réfugié à Montevideo puis à Buenos-Ayres, auteur de plusieurs ouvrages philosophiques distingués. — Il

était né en 1813. LAQUEUILLE (Edmond, marquis de), collaborateur et directeur :

des Beaux-Arts, revue nouvelle.

LARCHER, compositeur typographe, auteur d'un grand nombre

d'ouvrages sur lesquels sa mort a appelé l'attention.

LAYA (Charles), journaliste, collaborateur du Siècle.
LECLERC (Joseph-Victor), doyen de la Faculté des lettres de

Paris depuis 1832, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1834, baut dignitaire de l'Université. Au. teur de savants mémoires, éditeur de divers ouvrages annotés, traducteur des OEuvres complètes de Cicéron. — Il était né en 1787.

LEFRANÇOIS (A.), journaliste, rédacteur du Temps.

MARCELLUS (Lodoys Demartin du Tyrac, comte de), ancien di

plomate, auteur de divers ouvrages sur l'Orient et surtout des Chants populaires de la Grèce, et de deux livres d'études et de souvenirs sur Chateaubriand. — Il était né en 1795.

MENOU (Antony de), auteur de plusieurs romans formant une

série restée inachevée. Il s'est éteint, encore jeune, d'une maladie de poitrine.

PARENT (P.-C.), journaliste, rédacteur du Courrier artistique,

secrétaire de l'Exposition nationale des Beaux-Arts.

PROUDHON (Pierre-Joseph), célèbre publiciste, auteur des fameux pamphlets : Qu'est-ce que la propriété ? du Système des contradictions économiques, des Idées révolutionnaires, des Confessions d'un révolutionnaire, de la Justice dans la Révo lution et dans l'Église, qui lui valut trois ans de prison, de

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