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tions qui se sont mal soutenues. Son inauguration s'est faite avec beaucoup d'éclat, le 29 mars, préparée par toute la publicité dont disposait le célèbre banquier, propriétaire du Petit Journal. Un prologue d'ouverture, Entre Paris et Lyon, de MM. E. Ayasse, J. Deschamps et Emile Prat, précédait la Duchesse de Valbreuse, drame en cinq actes et un prologue, des mêmes auteurs.

Le Grand-Théâtre Parisien a abordé sans beaucoup de succès des genres différents: le drame, la comédie et l'opéra. I l a eu d'importantes nouveautés et de grandes reprises. C'est là que M. Alexandre Dumas a offert à la population parisienne son drame en cinq actes: les Gardes forestiers. (25 mai), qu'il avait donné il y a quelques années au théâtre de Marseille1. Mais la plus curieuse tentative de cette nouvelle salle et son plus remarquable échec a été la représentation du grand opéra en cinq actes et un prologue de Jeanne d'Arc, paroles de MM. Méry et Ed. Duprez, musique de M. Gilbert Duprez (12 octobre). L'illustre ténor qui aspirait une fois de plus aux palmes de la composition, avait un nom assez populaire pour attirer les masses; assez de bruit s'était fait autour de son œuvre pour exciter une vive curiosité. Tout cela n'a abouti qu'à une immense déception. Quelques représentations à peine ont eu lieu dans :ette salle que remplissaient les billets de faveur et que faisait évacuer l'ennui. M. Duprez, forcé de renoncer à la gloire de compositeur qu'il revendiquait, devra s'en consoler par sa réputation incontestée de chanteur et de professeur, dont il affectait de faire moins de cas. Avant la fin de l'année, le Grand-Théâtre ruiné était mis en vente aux enchères.

Au quartier Latin, le théâtre plus modeste de Saint-Germain n'a pas eu des destinées plus brillantes. Après avoir donné quelques nouveautés sans importance, il a tenté la reprise des œuvres populaires, des gros drames, qui ont fait la fortune du boulevard du crime. La mise au rabais des places n'a pas suffi à recruter à la nouvelle salle un nouveau public.

1. Voy. tome I de l'Année littéraire, p. 227.

Si nous mentionnons dans un quartier de richesse et de plaisir la petite salle des Fantaisies-Parisiennes, consacre d'abord à la pantomime, puis à l'opérette, nous aurons signalé à peu près tous les effets de la liberté des théâtres, î Paris.

Ce n'était pas la peine de tant s'effrayer de la révolution qui allait,disait-on, sortir du nouveau régime, ou de fonder sur elle des espérances exagérées. Nous sommes ainsi faits en France : nous savons mieux réclamer les libertés qui nous manquent que profiter de celles que nous avons. Malgré tout ce qu'on dit de notre légèreté et de notre inconstance, nous sommes le peuple le plus routinier de la terre. C'est une bonne chose pourtant que d'avoir dans la loi plus de liberté que dans les mœurs. Un jour viendra peut-être oô nous sentant l'instrument dans la main, il nous prendra la fantaisie de nous en servir.

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Théâtres des départements. Essais de décentralisation dramatique.

L'empire de la routine a été moindre dans ces derniers temps en province qu'à Paris. Là ce n'est pas le principe de la liberté qui opère, c'est un vague désir de décentralisation. Les grandes villes des départements et quelques petites villes veulent avoir, comme Paris, leurs nouveautés dramatiques. Les premières représentations deviennent assez fréquentes sur des scènes où aucune pièce ne se produisait qui n'arrivât de Paris. Bordeaux ne se contente pas de célébrer sur son Théâtre Français l'anniversaire de Molièr» par une comédie d'intérêt local . Molière à Bordeaux, pièce épisodique en deux actes en vers, de M. H. Minier (14 jan

vier); il inaugure le même jour le drame et la comédie du crû : Camalet ou le Second Cartouche, drame local historique en cinq actes et douze tableaux, de M. Simon Salles (de Bordeaux), et Nos Ennemis, comédie inédite en trois actes, de M. Batz-Trenquelléon. Le drame, compliqué et obscur, était éclairci par une notice historique répandue à profusion dans la ville et destinée à rappeler la suite des méfaits du célèbre brigand bordelais, héros de la pièce. La comédie paraît avoir eu plus de succès que le drame, et l'avoir mérité.

Toulouse et Strasbourg ne hasardent que des nouveautés musicales plus facilement acceptées en province que les nouveautés littéraires. On est plus hardi au Havre; on aborde la comédie inédite en vers : Mes beaux habits, en un acte, de M. Alfred Touroude, et le public applaudit la poésie du pays, qui vaut bien certains échantillons de la poésie parisienne. Boulogne-sur-Mer s'en tient à la prose d'une comédie sentimentale, Un amour pour deux cœurs, pièce nouvelle en deux actes, de M. Ch. Ternisien, acteur de la troupe de cette ville. Ce début littéraire a bien réussi.

Nous retrouverions encore quelques bluettes dramatiques dans les villes d'eaux françaises et étrangères, à Vichy, à Ems, à Verviers, etc.; mais là ce n'est pas la littérature locale que nous voyons éclore. C'est la littérature parisienne qui se produit dans les succursales de ses théâtres ordinaires. En somme, le mouvement de décentralisation dramatique n'est encore ni sérieux, ni fécond, ni à la veille de le devenir.

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Les théâtres lyriques. Indication des pièces nouvelles.

Pour compléter nos renseignements sur les productions dramatiques de l'année 1865, nous enregistrerons au moins les titres des œuvres qui se sont produites sur nos scènes exclusivement lyriques. Leurs destinées font plutôt partie de l'histoire musicale de l'année; cependant, par les librettos, elles appartiennent encore à la littérature.

L'Académie impériale de musique n'a que deux œuvres nouvelles, mais l'une est d'une importance capitale: c'est l'Africaine (28 avril), opéra en cinq actes, paroles de Scribe, musique de Meyerbeer. œuvre doublement posthume, que ni le librettiste ni le musicien n'ont pu voir mettre a la scène. La seconde nouveauté est un ballet, le Roi d'Yvetol, de MM. Philippe de Massa et Petitpa, musique de M. Th. Labarre (28 décembre). . 1 • .

L'Opéra-Comique, moins économe d'ordinaire, compte cette année, plus de reprises que de nouveautés. Celles-ci se réduisent a deux le Saphir, en trois actes, paroles de MM. de Leuven, Michel Carré et Hadot, musique de M. Félicien David (8 mars); et le Voyage en Chine, en trois actes, paroles de MM. E. Labiche et Delacour, musique de M. F. Bazin (9 décembre). De ces deux livrets, le premier n'est qu'un prétexte a décors et à musique, le second, qui se passerait presque de musique, est une amusante folie.

Le Théâtre-Lyrique est plus fécond, soit en pièces nouvelles, soit en nouvelles traductions ou appropriations à la scène française. Nous citerons : l'Aventurier, opéra-comique en quatre actes, de M. de Saint-Georges, musique du prince Poniatowski (28 janvier), la Flûle enchantée, opéra comique en quatre actes, de MM. Nuitter et Beaumont, musique de Mozart (23 février); les Mémoires de Fanchetle, opéra comique en un acte, de M. Nérée Desarbres, musique du comte Gabrielli (22 mars); le Mariage de don Lope, opéracomique en un acte, de M. J. Barbier, musique de M. F. de Hartog (29 mars); Macbeth, opéra en cinq actes et dix tableaux, de MM. Nuitter et Beaumont, musique de Verdi (21 avril); le Roi Candaule, opéra-comique en deux actes. de M. Michel Carré, musique de M. E. Diaz(9juin); Lisbeth, opéra-comique en deux actes, de M. Jules Barbier, musique de Mendellsohn (9 juin); le Roi des mines, opéracomique en trois actes, de M. E. Dubreuil, musique de M. Cherouvrier (21 septembre); le Rêve, opéra-comique en un acte, de MM. Daru et Chivot, musique de M. Savary (octobre); Marlha, opéra-comique en quatre actes, deM.de Saint-Georges, musique de M. Flotow, (18 décembre); la Fiancée d'Abydos, opéra en quatre actes, de M. J. Adenis, musique de M. Barthe (30 décembre).

Il

Le théâtre hors du théâtre. Les deux formes successives du
Supplice d'une femme. Grand duel littéraire.

On a dit souvent, à l'occasion de certaines représentations extraordinaires, que le principal attrait du spectacle n'était pas sur la scène, mais dans la salle. Le public, par sa composition, par son attitude, par les sentiments qu'il porte au théâtre, est, dans ces occasions, son spectacle à lui-même, spectacle plus curieux, plus amusant, parfois plus instructif pour l'observateur, que la nouveauté dramatique offerte à sa curiosité. L'année 1865 a vu quelque chose d'analogue à propos du succès du Supplice d'une Femme, au ThéâtreFrançais. L'événement le plus intéressant, pour l'histoire littéraire, n'était pas la pièce elle-même, ni l'accueil qui lui était fait, c'était le spectacle donné au public, hors de la scène, hors de la salle, par les auteurs anonymes et célèbres qui se disputaient ou plutôt qui se renvoyaient leur enfant commun, en se mettant sur le compte l'un de l'autre les défauts qui ne l'ont pas empêché de réussir. Voilà la comédie hors du théâtre, que nous offrirent, dans un grand duel à la plume, MM. Emile do Girardin et Alexandre Dumas

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