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un triste exemple. La page suivante est assez caractéristique pour être citée.

Les ombres du caractère athénien frappent les yeux plus vite que celles du caractère lacédémonien, non qu'elles soient plus sombres, mais parce qu'elles se détachent sur un fond plus éclatant. La loi de l'ostracisme en est un exemple. On ne peut rien concevoir de plus odieux que cette pratique de punir un citoyen tout simplement et tout ouvertement à cause de sa supériorité, et nulle partie des institutions d'Athènes n'a excité de plus fréquentes ou de plus justes censures. Lacédémone est pure de cette loi. Et pourquoi? Lacédémone n'en avait pas besoin. L'oligarchie est en soi un ostracisme, un ostracisme non pas temporaire, mais permanent, ;nn pas douteux, mais certain. Les lois de Sparte empêchaient ie enveloppement du mérite au lieu de l'attaquer dans sa maturité. Elles necojpaient pas la plante dans toute sa beauté et toute sa force; elles frappaient le sol d'une éternelle stérilité. En dépit de la loi de l'ostracisme, Athènes produisit en cinquante ans les plus grands hommes publics qui aient jamais existé. A qui Spart-î eût-elle pu appliquer l'ostracisme? Elle a produit tout au plus quatre hommes éminents: Brasidas, Gylippe, Lysandre et Agésilas, et aucun ne put s'illustrer à Sparte même; ce ne fut qu'en échappant à ce pays où l'influence de l'aristocratie desséchait tout ce qu'il y avait de bon et d'élevé, ce ne fut qu'en cessant d'être Lacédémoniens qu'ils devinrent de grands hommes. Brasidas, dans toutes les villes de Thrace, fut dans toute l'étendue du terme, un chef démocratique, le ministre et le général favori du peuple. On peut en dire autant de Gylippe à Syracuse. Lysandre dans l'Hellespont et Agésilas en Asie, échappèrent quelque temps aux contraintes odieuses qu'imposait la constitution de Lycurgue. Tous deux acquirent leurrenemmée à l'étranger, et tous deux revinrent chez eux pour être surveillés et comprimés. Ce fait n'est pas particulier à Sparte. Partout où l'oligarchie a existé, elle a toujours étouffé le développement du génie.

Cette hauteur de vues et de langage peut s'apprëcier dans tous les pays et dans toutes les langues. L'esprit de lord Macaulay paraîtra plus étrange au goût français. Il se plaît dans des allusions que nous entendons à peine et pousse les métamorphoses et les allégories à des développements d'une persévérance et d'une solidité toute3 britanniques. Il faut voir comment il regrette l'autorité prise par un livre dangereux dont on n'a pas combattu assez tôt l'influence à l'origine. « C'était alors le moment de le frapper, comme Indra le disait de Kéhama. On a laissé passer le moment, et il s'en est suivi que M. Nidfort a fait comme Kéhama: il a étendu une main victorieuse sur l'Amrééta littéraire et il semble être sur le point de boire le précieux élixir de l'immortalité. Je m'aventure à imiter le courage de l'honnête Glendover. Lorsqu'il vit l'Amréétadans la main de Kéhama, un instinct qui repoussait toute tentative de contrainte, l'entraîna dans cette extrémité : il résolut de saisir la coupe et de défier le rajha sous les yeux de Sééva; en avant il s'élança pour tenter cette lutte inégale. »

Ce fatras mythologique a grand besoin de deux lignes de traduction que voici : » En un mot, je voudrais présenter quelques considérations qui peuvent tendre à replacer à son véritable niveau un livre qui a été vanté outre mesure. » Nos enfants sauront-ils jamais un jour le sanscrit, comme nous avons su le grec? Je l'ignore; mais il est à souhaiter qu'ils ne fassent pas un tel usage des réminiscences hindoues dans leurs essais littéraires.

1S

L'ancien roman poétique dans la littérature anglaise. Thomas Moorc, MM. Butât et Ed. Thierry.

On a un peu oublié la prose poétique de Chateaubriand; le Génie du christianisme, les Martyrs, ont vieilli de plusieurs siècles en cinquante ans. Est-il étonnant que les O'uvres rivales produites à l'étranger sous l'influence du même christianisme romantique, soient devenues pour nous l'objet de la même indifférence et d'un plus profond oublit ? Qui so souvient aujourd'hui de l'Épicurien de Thomas Moore? Parmi ceux qui eu connaissent le titre combien peu savent qu'il s'agit ici d'un roman poétique et pieux, mettant aux prises l'antiquité païenne et le dogme chrétien, pour la glorification et le triomphe de ce dernier! On a remarqué que Chateaubriand écrivit le Génie du christianisme a Londres et et conçut le projet des Martyrs dans cette même ville. C'est ri Paris que Thomas Moore esquissa /'Épicurien.

Dans cette dernière œuvre les scènes et les types des Martyrs ont leurs pendants ; Alciphron se fait chrétien comme Eudore; à l'action de la grâce sur luise joint celle de l'amour; il n'a qu'une âme avec Aléthé, comme Eudore n'a qu'une âme avec la fille de Démodocus. Alèthé, la Vérité, est fille de Thèora, la Contemplation. Une femme a perdu le monde naissant, la femme est l'instrument du salut dans le monde coupable. « L'amour est le [commencement et la fin de la foi. Les femmes ont cru parce qu'elles aimaient, et la foi se répandra partout où, auprès d'une femme qui croit, il y aura un homme qui aime. »

Telle est l'impression générale de l'épicurien, suivant M. Édouard Thierry, qui a écrit la préface d'une traduction nouvelle de ce roman par M. Henri Butat1. Pour ajouter a l'attrait de cette publication, les vers dont le texte original était semé ont été traduits par M. Théophile Gautier, dont le nom est un gage de parfaite élégance, sinon de stricte fidélité. Le crayon de M. Doré prête aussi son concours an •

1. L'indifférence du publie pour les compositions poétiques en l'honneur du christianisme naissant ne décourage pas chez nous tous les poètes. M. Cénac-Moncaut a repris en vers l'histoire de la conquête du monde barbare à la foi chrétienne qu'il avait jadis célébrée dans de poétiques romans. Son poOme en douze chants, les Chrétiens ou la Chute tir Home (libr. Amyot, petit in-18, 188 pages) témoigne d'une égale fidélité au culte des traditions chrétiennes et a celui de la poésie.

2. Dentu. in-8, xxxn-308 pages, avec dessins de l>. Doré.

traducteur, et plusieurs des scènes ou des sites les plus remarquables en reçoivent une interprétation pittoresque. L'Épicurien avait déjà été traduit plusieurs fois en France, par Renouard et Alex. Aragon en 1827, par Yves Tennaéc (Alex. Chèvremont) en 1837 : ce qui n'empêcha pas cet ouvrage de rester très-inconnu parmi nous. M. Thierry en faisant cette remarque trouve que c'est pour M. Butât une bonne fortune. La nouvelle version réussira-t-elle à rendre l'œuvre de Thomas Moore plus populaire? La fera-t-elle accepter, ainsi que le veut l'auteur de la Préface, comme « la meilleure réponse » aux écrits modernes « où la critique remonte elle aussi, vers les origines du christianisme naissant, mais pour lui demander où sont ses preuves? » Il est permis d'en douter, et n'est-ce pas accuser l'insuffisance des adversaires actuels des Strauss et des Renan que d'aller chercher rétrospectivement un contre-poison à la Viede Jésus dans une réimpression de l'Épicurien?

HISTOIRE ET ÉTUDES ACCESSOIRES.

Histoire générale de l'humanité. Changement des points de vue. M. Prévost-Paradol.

S'il est curieux de pénétrer par des recherches spéciales dans l'histoire parliculière d'une nation, on trouve un intérêt d'un ordre plus élevé à rapprocher dans une revue générale les histoires des différents peuples qui ont vécu ensemble ou qui se sont succédé dans le monde ancien et dans le monde moderne. Nos idées sur le mouvement et la marche de l'humanité depuis l'origine jusqu'à nos jour?, tiennent étroitement à nos doctrines philosophiques, scientifiques et religieuses. L'histoire universelle s'obscurcit oa s'éclaire, prend un aspect nouveau à chacune de ces révolutions intellectuelles et morales qui viennent modifiera des intervalles plus ou moins longs, les croyances de l'homme sur son origine et sa nature, sur ses relations avec le monde extérieur et avec Dieu. Quelle différence entre Bossuetet Voltaire, comme historien de l'humanité ! Mais aussi quelle distance entre les idées et les sentiments des deux siècles que ces deux grands hommes personnifient, entre les systèmes cosmogoniques, religieux on philosophiques qui ont leur écho dans le Discours sur l'histoire universelle et dans l'lissai sur les mœurs et l'esprit des nations!

Je n'ai pas écrit mon « Histoire universelle; » mais je

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