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ne le représentent dans les Facultés où elles ont pris place, que pour l'abaisser et le rendre futile. Si l'on veut absohment les classer, c'est à l'enseignement primaire qu'elles se rapporteraient plutôt ; elles sont les classes d'adultes de la bourgeoisie,

L'aristocratie veut avoir aussi ses classes d'adultes el les fait faire chez elle. Les princes donnent l'exemple, elles cours qui ont lieu phez eux sont quelquefois assez forte pour supporter la lecture après le succès de l'audition. Ces'' ainsi que se sont formés les deux premiers volumes des Entreliens sur l'Histoire, de M. Jules Zeller1, La dédicace de l'ouvrage à la princesse Mathikle explique suffisamment les circonstances dans lesquelles il est né. « La princesse avait désiré, nous dit l'auteur, avoir des entretiens sur l'histoire générale, En choisissant dans ses affections et dans son infinité les plus proches, ^lle a bien voulu composer un auditoire aussi aimable que distingué. »

Quel que soit l'auditoire, de simples entretiens ne doivent avoir ni la gravité ni la suite rigoureuse d'une histoire écrite. Ils choisissent entre les événements au lieu de les raconter tous; ils discutent, ils apprécient plus qu'ils ne racontent; ils peignent les personnages sans analyser leur vie qu'ils supposent connue j ils cherchent dans les faits et les hommes ceux qui paraissent résumer et représenter une époque; ils font ressortir le caractère intime des grandes évolutions de l'histoire et les conséquences qu'elles ont produites pour un peuple ou pour l'humanité.

M. Zeller avait choisi pour sujet principal de ses entretiens sur l'histoire une époque importante, mais obscure, féconde, mais d'une difficile étude, le moyen âge. Avant d'j entrer, il devait en éclairer les origines, et il parcourut rapidement l'histoire des,nations qui nous opt léguéquelquechose de nos idées ou de nos institutions. L'Orient avec ses castes et

t. Didier et C",1 tomo MI; xiv-408-47B pages.

son despotisme, la Grèce où la liberté féconde les arts, Rome et sa forte constitution politique, le judaïsme et le christianisme avec leur deux lois si contraires et si intimement rattachées l'une à l'autre, nous représentent la longue élaboration dé la société européenne moderne, où les barbares viennept mêler un sang nouveau et une jeune séve aux vieux élémenjs de la civilisation.

^.près l'invasion barbare, M. Zeller nous montre les fondateurs d'empires, Clovis et Tbéodoric; puis le restaurateur de la société byzantine, Justinien. Une étude générale des institutions et des mœurs de la société gothique prépare cejle de la fondation de l'unité chrétienne avec Grégoire le Grand. La barbarie chrétienne du moyen âge ne peut s'isoler de la civilisation arabe dont elle subira l'heureuse contagion. M. Zeller nous fait voir dans Mahomet l'origine de la religion nouvelle, et, sous le califat, la suite de ses conquêtes. Les deux sociétés en présence peuvent se résumer dans deux grandes figures, Charlemagne et Harounal-Raschid. Viennent ensuite la féodalité et la chevalerie; puis la théocratie se constitue sous la main de Grégoire VII; saint Bernard prêche les croisades, cette solution, au moyen âge, de la question d'Orient. Les républiques se fondent, les communes s'affranchissent, la royauté se met hors de page, saint Louis répand.la gloire dp ses vertus sur la monarchie française.

Telle est la suite des tableaux qne présentent les Entretiens sur l'histoire de M. J. Zeller; ils sont esquissés d'une main ferme et donnent à chaque sujet tout son relief. L'hommage sympathique rendu tour à tour aux intentions généreuses, aux vues élevées des personnages les p}us divers, les justes sévérités contre les préjugés, l'ignorance, la barbarie, scms quelques dehors qu'ils se cachent, attestent chez M. Zeller l'indépendance et l'impartialité de l'historien.

Le célèbre auteur du Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, M. Bouillet, est mort, il y a un aD, en laissant en manuscrit un ouvrage destiné à servir de complément à celui qui porte spécialement son nom. C'est un Atlas d'histoire cl géographie ', auquel l'auteur a donné, autant que possible, la forme de dictionnaire, par reconnaissance sandoute pour l'accueil favorable fait aux premiers ouvrage? publiés par lui sous cette forme. On ne saurait trop honorer cette intrépidité laborieuse qui trouve dans le succès d'un* tâche remplie un aiguillon pour accomplir sans cesse de nouvelles tâches.

D'autres travaux utiles avaient préludé à la publication du Bouillet proprement dit, le Dictionnaire d'histoire et de géographie. Un second Bouillet lui servait de pendant, le Dictionnaire des sciences, des lettres et des arts. Ces deux ouvrages, devenus des types, ont été repris sur une échelle différente et avec quelques modifications d'exécution, sinon de plan , par une foule de rivaux, MM. Dezobry et Bachelet, M. Dupiney de Vorepierre, M. P. Larousse, M. Décembre Alonnier, M. La Châtre, etc. Pendant ce temps-là, M. Bouillet, ancien professeur de philosophie, paraissait revenir tout entier à ses premiers travaux, et donnait au cercle restreint des savants la première traduction française des œuvres de Plotin.

Chose triste à dire : ses ouvrages d'érudition ou de philosophie ne lui ouvrirent pas les portes de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, ni celles de l'Académie des sciences morales et politiques. Les corps savants dédaignent quelquefois les titres sérieux que vous avez à leur choix, sous le prétexte que vous en avez en même temps d'une autre nature. Les gens spéciaux préféreront volontiers l'homme qui n'a rien fait du tout à celui qui joint à des études spéciales des œuvres qui leur sont étrangères. Pic de la Mirandol e aurait pu appartenir à l'Institut tout entier; mais il aurait peut-être été repoussé par chacune de ses classes.

1. Hachette et C", gr. in-S à 2 col., 1036 pages, douze planches coloriées et 88 cartes.

M. Bouillet, traducteur des Enneades et auteur de deux dictionnaires universels, rappelait assez bien Pic de la Mirandole pour avoir ce sort. Son Atlas universel d'histoire et de géographie montre une fois de plus combien son esprit était ouvert à toutes les connaissances. Il comprend d'abord des tables chronologiques, présentant tous les faits de l'histoire universelle dans leur ordre et leur enchaînement; puis des tableaux généalogiques de toutes les grandes familles qui ont marqué dans les fastes de l'humanité et, accessoirement, un traité élémentaire de l'art héraldique avec une série de planches coloriées contenant quelques centaines de types de blason; enfin un atlas géographique composé de quatrevingt-huit cartes, dont le grand nombre rachète l'exiguïté de dimensions imposée par le format du livre. L'Allas d'histoire et géographie de M. Bouillet a été le travail de ses derniers jours, et ses collaborateurs, MM. Desjardins, Caillet et Garnier, l'ont tenu, pendant l'impression, au courant des événements les plus récents. On ne doit pas craindre de multiplier les formes sous lesquelles la science peut se mettre à la portée des hommes studieux. Pour l'histoire particulièrement, YAtlas de M. Bouillet, moins commode à consulter qu'un répertoire alphabétique, a l'avantage de présenter les faits groupés suivant leurs relations naturelles et est destiné à satisfaire davantage l'intelligence.

Histoire de l'instruction publique en France au dix-neuvième siècle. M. J. Quicherat.

La troisième et dernière partie de l'Histoire de SainteBarbe par M. J.Quicherat1, offre, comme les deux volumes précédents, un intérêt général qu'on s'étonne presque de trouver dans une simple monographie. C'est un très-curieni chapitre de l'histoire de l'instruction publique, pendant soixante ans, du sort fait sUr les événements aux institutions enseignantes et à leurs membres. Quelle que soit la célébrité de Ces derniers, quelque voisins qu'ils soient denoiu, et nous pouvons laisser les individus : les choses, même dans l'histoire contemporaine, sont plus intéressantes que les hommes.

1. L. Hachette et C", tome III, in-8, 428 pages. Voyez le tome IV de l'Année littéraire, p. 317-323 et tome V, p. 331-332.

La destinée de Sainte-Barbe, depuis le commencement de ce siècle, marque merveilleusement toutes les vicissitudes de l'enseignement secondaire en France, et toutes les" influences politiques qu'il a subies. Le rétablissement d'une institution privée de cette importance est la parfaite image de la restauration des institutions sociales. L'esprit public qui inspire et transforme celles-ci, a constamment, dans celle-là, son action directe ou son contre-coup. Les programmes classiques se font et se défont suivant les préoccupations du jour; les études du collége sont le miroir BdtMe des mœurs changeantes du dehors. Si l'on veut juger des efforts faits par nos divers régimes politiques pour façonnef l'enseignement a leur image, ce n'est pas précisément dans les établissements de l'État, où le mot d'ordre est accepta d'avance, qu'il faut étudier leur action; c'est dans les institutions libres de nom, sinon de fait, où l'on avait à compter avec les résistances, avec.les répugnances, du moins, dont elles sont le dernier asile.

Il faut voir par quelles merveilles d'habileté et de souplesse, le respectable Victor de Lanneau, après avoir restauré Sainte-Barbe, sous le nom de Collége des sciences et des arts, tient le gouvernail au milieu de toutes sortes «l'ecueils, sous le Consulat et sods le premier Empire. Les succès des élèves dans les concours, ne protégent pas la maison contre des hostilités systématiques. La diffamation n'a pu réussir, les accusations sont tombées faute de preuves, le

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