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fou. c Passez votre chemin, bonhomme! » lui dira-t-on. Il est possible que ceux-là aient existé, qu'ils aient fait quelque bruit en leur temps, mais que nous importe! Nous avons pris l'or pur, laissez l'alliage au fond du creuset.

Ainsi parlera le vingtième siècle, et il aura raison, ce qui ne veut pas dire que M. Vapereau ait eu tort de grouper dans son dictionnaire toutes les célébrités contemporaines sans plus s'inquiéter de leur valeur intrinsèque et de leur mérite réel. Quiconque occupe, à un titre quelconque, l'atiention du public, a droit aux honneurs de ce panthéon provisoire.

Vous figurez-vous tout ce qu'il a fallu de patience, de labeur intelligent, de soins et de recherches, pour réunir tant de renseignements, tant de dates précises, tant de faits curieux? Je ne sais quels services rendra à nos petits-fils le dictionnaire de M. Vapereau, mais je sais bien quels services il rend aux biographes contemporains.

Le Vapereau, on donne au dictionnaire le nom de son auteur, est désormais le pourvoyeur de toutes les nécrologies. Dernièrement nous voulions rendre un public hommage à la mémoire d'Alexandre Bixio; il fallait raconter en deux mots sa vie de dévouement : nous avons ouvert le Vapereau et nous y avons trouvé tout ce qu'il nous était utile de savoir, nous y avons pris tous les renseignements dont nous avions besoin, en indiquant, bien entendu, la source où nous avions puisé. Il n'est pas un de nous à qui, chaque jour, le Dictionnaire des Contemporains ne soit de quelque utilité.

Mais nous ne sommes pas les seuls qui puissions prendre plaisir à feuilleter ce livre. Le public y trouvera un grand attrait de curiosité. Figurez-vous que vous entrez dans un bal masqué, et qu'un ami complaisant vous dit les noms de tous les masques qui passent devant vos yeux, vous initie à leur passé, vous raconte ce qu'ils ont fait, vous révèle leur âge.

Oui, leur âgel et c'est là un des griefs les plus retentissants que nous ayons entendu articuler contre ce terrible, cet indiscret dictionnaire. Ce ne sont pas seulement les femmes : actrices, écrivains, artistes, danseuses, etc., etc., qui s'affligent de ce qu'on fait savoir au public l'année de leur naissance; ce sont aussi les hommes! Comment? à force de soins et d'artifices, en teignant ma barbe, mes cheveux, mes sourcils, on me croyait presque un jeune homme, et voilà qu'un dictionnaire apprend à tout venant que j'ai quarante ou cinquante ans! Mais c'est mie horreur! et de quoi 8'e mêlé M. Taper-eau' Qu'il s'occupe de lui et non de nous!

Nous lisions ces jours derniers, dans un journal* que les sociétaires de la Comédie-Française S'étaient adressés à l'auteur dû Dictionnaire des Contemporains pour le prier de né pas s'occuper de leur âge, l'art dramatique étant intéressé à ce que !e public ignorât l'état civil des ingénues et des jeunes-premières aussi bien que celui des grandes-coquettes et des pèresnobles '.

Nous aimons à croire que ce journal était mal informé et nous ne rapportons ce bruit que pour montrer quelle place considérable l'âge occupe dans le Dictionnaire des Contemporains. Que d'intrigues, que de démarches pour dissimulsr quelques années, et quelle victoire pour celle ou celui qui, né en 1830, parvient à faire croire qu'il est né en 1835! Aussi, est-ce peut-être le seul point sur lequel le Vapereau contienne quelques inexactitudes.

En comparant cette troisième édition à la première, on reconnaît quels progrès l'auteur à réalisés avec une louable persévérance et surtout avec une grande honnêteté. Sur ce poiat les critiques les plus sévères ont eux-mêmes été de no'.re avis, t Le Dictionnaire des Contemporains, a dit l'un d'eux, est, comme certaines familles, peu riche, maii honnête. » C'est porter à faux bien maladroitement, car on né peut guère accuser de pauvreté un livre qui réunit, sur une époque donnée, environ quatre cent mille renseignements.

t bans les discussions qu'une telle œuvre devait soulever, dit M. Vapereau en terminant la préface de sa troisième édi

t. Est-il besoin de dire que cette anecdote, dont le critiqué veut douter, était toute d'invention? Ingénieusement contée par Je De sais quel chroniqueur, elle a fait le tour du petit journalisme et s'est glissé? dans le grand, où faute d'aliment politique, les commérages de 1s chronique ont beaucoup trop de placé. Qu'dn se rassure : la ComédieFrançaise et son intelligent et sympathique directeur, M. Ed. Thierry, n'ont pas demandé au Dictionnaire de mentir dans l'intérêt de l'art ou des artistes. Intérêt chimérique d'ailleurs : le succès d'une œuvre dramatique ne dépend pas de l'âge de ses interprètes : Laferrièr» avait prés de soixante ans quand il créa le rôle de Georges <li£5 l'Honneur et l'Argent; ori ne lui reprochait, comme jeune premier, que trop de fougue, qualité ou'défaut dont il ne s'est pas encore corrigé. Mlle Déjâzet, presque septuagénaire, se voit chaque jour plus fétfè pour soii <1 éternelle jeunesse. • Le talent n'a pas l'Ape de létal civil.

tion, on n'a pas extrait de nos quatre mille colonnes une seule ligne dictée par un sentiment mauvais; si gros que fût lé livre, on a pu le presser, le torturer sans en faire sortir une goutte de fiel. »

M. Vapereau a raison, et nous lui rendons publiquement le témoignage qu'il se rend à lui-même. Son dictionnaire est aussi bien et aussi honnêtement fait qu'il pouvait l'être.

Ici, pour compléter sa pensée, M. L. Jourdan oppose au Dictionnaire des contemporains, une grosse publication exécutée au nom d'une société littéraire célèbre, sous les auspices des six ou huit derniers ministres de l'instruction publique et qu'il avait récemment poursuivie de son blâme; il appelle de nouveau sur elle toutes les sévérités de la presse, qui manifestera ainsi sa justice, comme elle le fait par les éloges accordés à notre ouvrage. Nous suivrons d'autant moins le critique sur ce terrain que nous pourrions être d'accord avec lui. Un Livre peut être jugé favorablement sans cet effet de contraste et de repoussoir. Nous nous bornons à remercier M. L. Jourdan de l'étude si favorable qu'il a faite de nôtre travail, laissant nos lecteurs juges des critiques ou des réserves qui y sont mêlées.

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Les monographies de l'histoire commercialé. M. E. PaHset.

L'histoire de nos relations commerciales avec l'extrême Orient, remonte à des temps trop reculés pour qu'il n'y ait pas à la fois intérêt et profit à en éclairer les origines, à en commenter les documents, et à suivre au travers des âges les développements et les modifications apportés par notre propre industrie aux industrie» d'origine étrangère. C'est ce qu'a fait avec un soin extrême, et une louable persévérance M. Ernest Parisef, fabricant de soieries à Lyon dans une

monographie intéressante intitulée : Histoire de la soie1. Il a divisé son travail en quatre grandes parties dont deux seulement sont achevées ; la première comprend les temps antérieurs au septième siècle de l'ère chrétienne, période pendant laquelle l'industrie de la,soie est exclusivement chinoise. La Chine seule, en effet, durant toute l'époque antérieure au troisième siècle avant notre ère produit et consomme la soie. A partir de ce moment les peuple? occidentaux commencent à la tirer de l'Asie orientale; les Grecs et les Romains en font un grand usage, mais ils en ignorent l'origine et ne s'occupent point de la reproduire. La seconde comprend l'histoire de l'industrie séricicole cher les Arabes et chez les Byzantins. 11s profitent du succès de la mission des moines nestoriens, et de leur voyage dam l'empire du milieu, et deviennent les grands producteurs de soie et de soieries en Orient comme en Occident. Dan? la troisième partie de son histoire, l'industrie de la soie est italienne. Ce sont des villes importantes comme Amalii, Pise, Lucques, Gênes et Venise qui monopolisent le commerce et la production des soieries. La concurrence.de l'extrême Orient n'est plus redoulable, les étoffes chinoises sont entièrement délaissées. L'industrie séricicole se transforme une quatrième fois et devient française, et c'est Lyon qni bénéficie, en dernier ressort, des nombreux perfectionnements apportés à la production, à la teinture et au tissage de la précieuse matière.

De ces quatre époques distinctes, qui sont comme les quatre grands siècles de l'industrie séricicole, les deux premiers seuls sont traités dans ce qui a paru de l'ouvrage de M. Ernest Pariset. On dirait même, à en croire la dernière phrase de son second volume, que l'auteur a renoncé à mener jusqu'au bout l'œuvre considérable qu'il a entreprise, et que l'histoire de la soie en Italie et en France ne sera jamais écrite par lui.

1. A. Durand, 1862-1865, 2 vol. in-8, avec carte; vi-266-386 pages.

« Nous ne raconterons pas vos luttes et vos succès; mais quel que soit votre historien, saint, brillantes républiques dont les noms figurent parmi les aïeux de l'industrie lyonnaise: salut, Florence, Lucques, Venise, Gênes, reines dans l'industrie de la soie aux quinzième et seizième siècles! »

Ce n'est peut-être là qu'une de ces formules banales et indécises, dont M. Parisetne comprend pas très-bien la portée et qui ne disent pas ce qu'elles voudraient dire. Ce reproche que je fais à la conclusion provisoire du second volume de l'Histoire de la soie, peut s'appliquer à tout ce qu'a écrit sur ce sujet M. Ernest Pariset. Dans son livre, les recherches sont consciencieuses et les documents abondent, mais l'esprit de classification, la méthode, le sentiment de l'ordre et de la clarté, font entièrement défaut. Ce sont là cependant les qualités essentielles d'un ouvrage d'érudition. Peu importe que l'on ait élucidé une question d'archéologie, résolu un problème ethnographique, ou fait disparaître une erreur de langage, si le résultat de ces grands travaux est insaisissable pour le lecteur ou n'apparaît pas assez clairement à son imagination. Je crains que ce soit là, le seul peut-être, mais l'immense défaut de l'Histoire de la soie. C'est un amas de commentaires, de digressions, d'analyses obscures ou de vues rétrospectives inattendues, dans lequel l'esprit se promène avec plus d'étonnement que de satisfaction. Les notes abondent; les traductions du chinois, de l'hébreu, du syriaque, de l'arabe, émaillent toutes les pages. Mais pourquoi M. Pariset ne nous fait-il pas mieux connaître un sujet qu'il connaît si bien!

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