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œuvre de fantaisie, mais d'un itinéraire. M. Joanne n'est pas un touriste qui raconte ses aventures personnelles et ses impressions de voyage; c'est un guide, un cicérone intelligent qui a bien vu et vous apprend à bien voir à votre tour. Son livre est divisé par routes dont toutes les étapes sont marquées non-seulement avec leurs distances, mais avec tous les détails utiles ou intéressants que présente chaque localité. Il n'y a pas moins de deux cent cinquante-hnit routes dans cet itinéraire compliqué.

Cet enchevêtrement de lignes à-suivre peut être désagréable au lecteur; il était indispensable d'en développer au voyageur tout le réseau. A chaque point de sa course, le touriste saura toutes les directions qui s'ouvrent autour de lui, où chacune le mène, quel spectacle, ou quel sujet d'étude elle lui promet. Quant à ceux qui voyagent sans se déplacer, et qui veulent passer, au gré de leur fantaisie, du lac de Genève aux lacs italiens, du Valais à l'Oberland bernois, des montagnes de l'Est ou du Sud à celles de l'Ouest ou du Nord, une table méthodique générale leur permettra de choisir dans le livre, le canton, la ville ou le paysage qu'il leur plaît de visiter. Si l'on veut retrouver seulement un nom quelconque dans cette immense fourmilière de renseignements, un Index alphabétique. qui contient près de trois mille noms, vous permet de courir, sans recherche, à la place que chacun occupe. Un pays comme la Suisse prête à l'illustration. M-. Ad. Joanne ne dédaigne pas cet intéressant accessoire. Les cent soixante-trois gravures, cartes, plans de villes', panoramas de montagnes, vues et sites pittoresques, amènent sous les yeux mêmes du lecteur toutes les curiosités du pays. C'est une chose singulière: notre époque, qui a inventé tant de facilités de locomotion, a perfectionné si bien les livres de voyage qu'ils nous dispensent presque de voyager.

Une excursion que tout le monde peut faire aujourd'hui

est celle en Angleterre. Une traversée de deux heures peut nous y conduire, et, une fois débarqués, un merveilleux réseau de chemins de fer nons mènera dans tous les lieux dignes d'être visités. La collection Joanne ne pouvait négliger un pays si voisin de nous, géographiquement parlant, mais si différent du nôtre par les mœurs, par les institutions, par toute son histoire. Il y a longtemps que les Anglais promènent dans le monde entier leur opulente oisiveté ou leur curiosité intelligente. Pourquoi n'irionB-nous pas à notre tour voir un peu les Anglais chez eux, étudier sur place les secrets de cette industrie, de cette politique si intimement mêlées à tous les mouvements du monde moderne, où l'une trouve sa gloire et l'autre son profit ? Le guide, le cicérone que nous offre la collection Joanne pour visiter nos voisins d'outre-mer, est bien l'homme le plus capable de nous les présenter sous leur vrai jour; c'est M. Alphonse Esquiros, que ses remarquables écrits sur l'Angleterre et la vie anglaise, nous montre supérieur à la modeste tâche de cicérone. Il ne le remplira que mieux, et l'Itinéraire descriptif et historique de la GrandezBretagne et de l'Irlande' est un des mieux faits et des plus intéressants de la collection.

Inutile de parler du plan du livre, naturellement divisé en trois sections: l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande; c'est, encore une fois, celui que le but même d'une collection d'itinéraires imposait. Le pays est divisé par routes, pou. la plus grande commodité du voyageur auquel le livre est destiné. Sur chacune de ces routes, il y a autant de stations indiquées qu'il se présente de points dignes d'une mention ou d'un souvenir. Avec un semblable guide, on pourrait s'arrêter à toutes les stations du chemin de fer, et l'on aurait sur les moindres hameaux voisins, leurs curiosités, leurs sites, des renseignements précis. On trouverait même que le chemin de fer ne s'arrête pas assez souvent pocr satisfaire la curiosité éveillée par le guide. On voudrait aller parfois d'une station à l'autre, à pied ou à cheval, et se détourner sans cesse de la grande route, pour chercher par les chemins de traverse toutes les choses signalées comme dignes d'être vues. Un Guide-Joanne, quand il est fait comme celui d'Angleterre, aurait trouvé grâce devant JeanJacques Rousseau, si dédaigneux des livres et si curieux de la nature. Il entrera dans le mince bagage de quiconque comprend encore la poésie des voyages à pied.

1. Hachette et C", in-18 à 2 col., xxvn-740 pages, 3 cartes et 10 plans.

La collection des Guides-Joanne a une concurrence, celle des Guides-Garnier. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Je suis surpris qu'il ne s'en soit pas produit plus tôt. II est si facile d'entrer dans une voie tout ouverte et où l'expérience d'autrui vous enseigne les conditions du succès. Quand les voyageurs augmentent, les entreprises de transport se multiplient; le public choisit celle qui lui offre le.plus d'exactitude, de sécurité et de confort. Les plus anciennes ont généralement un avantage marqué, une supériorité acquise que leur intérêt et leur amour-propre les excitent i maintenir. Une concurrence de publications n'a pas de raison d'être, ou elle doit avoir, pour résultat, comme toute concurrence, de tourner à l'avaniage du public.

De la seconde collection, je ne citerai qu'un échantillon, le Nouveau Guide général du voyageur en Algérie, de M. Achille Fillias, que son séjour prolongé en Algérie mettait à même d'avoir des renseignements exacts. Nous avons déjà voyagé, sans quitter le coin du feu, dans notre grande colonie algérienne, avec le secours de l'Itinéraire historique et descriptif, de M. Louis Piesse1, collaborateur très-autorisé de M. Joanne. Le livre de M. Fillias, beaucoup moins chargé dg détails, est exécuté dans une bonne mesure pour le lecteur un peu superficiel ou pour le voyageur pressé. La géographie, l'histoire, la statistique, l'état moral et social du pays sont convenablement traités ; des conseils précis d'hygiène sont donnés aux voyageurs et aux immigrants, et, après ces préliminaires indispensables qui ionnent la moitié du volume, i^ reste encore assez de pages pour décrire avec quelque détail les trois grandes provinces d'Alger, d'Oran et de Constantine. Un certain nombre de gravures suppléent au texte ou en mettent en relief les indications. Cette rivalité de publications spéciales atteste combien la littérature des voyages, exacte et précise, créée par M. Joanne, répond désormais aux besoins d'une curiosité intelligente.

1. Voyez tome V île l'Année littéraire, p. :{*1-H73.

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Littérature et bibliographie des voyages. Répertoire annuel.
M. Vivien de Saint-Martin.

A côté des différents livres de voyage, tous les amateurs de ce genre de littérature doivent favorablement accueillir une publication périodique que nous avons déjà signalée, l'Année géographique1, par M. Vivien de Saint-Martin. Cette revue annuelle des voyages de terre et de mer et des explorations, missions, relations et publications de toute nature relatives aux sciences géographiques et ethnographiques, avait sa raison d'être et mérite toute sorte d'encouragements. L'auteur a conçu son plan d'une manière sérieuse, et l'exécution répond à ce plan. Son but est de donner, dans un ordre spécial de recherches, le plus grand nombre de renseignements aux personnes qui s'en occupent. Il ne se bornera donc pas à résumer les découvertes récentes effec

1. Hachette et C", in-18, 3" aimée, xvi-512 pages.

tuées dans les différentes régions du glojle. Il fournit à chacun les moyens d'aller plus avant dans chaque étude, en réunissant toutes les indications bibliographiques qui s'y rapportent. Les livres spéciaux sur tel ou tel pays sont cité», sinon analysés; les relations de voyage, les rapports des explorateurs envoyés en mission par les gouvernements ou les sociétés savantes sont seproduits in extenso, ou mentionnés suivant leur intérêt; les travaux des académies sont signalés par des renvois aux annales qui les contiennent. Toutes les sources de la science géographique sont là dan» ce volume où ne pouvait tenir la science géographique ellemême.

Dans un livre d'impressions de voyage, dans une relation d'exploration scientifique, l'Année littéraire doit considérer la forme, l'art, le talent de l'exposition, le mérite da style, l'intérêt historique ou dramatique; l'Annie géographique doit y chercher les faits nouveaux, les résultats acquis à la science, indépendamment de toute considération de forme, de composition, de langue même. Aussi, M. Vivien de Saint-Martin, prenant son bien partout où il le trouve, donne également l'hospitalité aux publications étrangères et aux publications françaises. Que le voyageur soit Anglais, Allemand, Hollandais ou Italien, peu lui importe; peu lui importe aussi l'idiome dans lequel il écrit le résultat de ses explorations. Nous avons pour tâche, nous, de chercher dans les œuvres littéraires l'esprit national, l'élément français; mais la géographie, comme la science, n'a pas de nationalité. Les œuvres de l'écrivain sont personnelles; les découvertes du savant, Buffon l'a dit, appartiennent à tous; elles sont le patrimoine de l'humanité.

Il serait triste cependant, pour le géographe, d'avoir à constater que, dans l'accroissement de ce patrimoine, la part de la France n'est pas la plus grande, et c'est, malheureusement, ce qui ressort de la lecture de l'Année géographique. Les plus importantes découvertes dans l'Amérique

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