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expression divinement farouche de la pudeur facilement alarmée que la peinture cherche encore à traduire. La bouche s'entrouvrait comme une rose, et laissait voir deux rangées de petits diamants enchâssés dans des rameaux de corail. Le menton délicieusement arrondi, se reliait aux joues par une courbe d'une suavité et d'une mollesse adorables. Mais ce qui donnait à cette tête véritablement attachante un incomparable charme, c'était la splendeur de la peau, où ne s'apercevait pas la moindre ride, où pointillait un duvet aussi fin, aussi brillant que la poussière dont le soleil répand à profusion les grains éblouissants sur les ailes de l'abeille, du papillon et dans le calice des fleurs. Sa physionomie vive, spirituelle avait un air de tristesse langoureuse, qui provenait moins de sa nature que des malheurs au milieu desquels elle avait vécu. Mlle de Malavieille (tout, dans son attitude comme dans ses traits, conspirait à imposer cette conviction), était moins faite pour la rêverie que pour l1action, et en cela, elle tenait de son père, paysan travailleur, turbulent, affairé, ne dormant jamais que d'un œil. Ou reste, son geste était bref et impératif, despotique comme sa parole, et Guerreros l'avait devinée tout entière quand, exalté par ses dédains, il l'avait jugée digne du trône d'Espagne.

On voit par cette seule page comment M. F. Fabre tient parmi nos romanciers de l'école littéraire la place que ses livres de début lui ont faite.

Le roman d'art et de fantaisie. MM. T. Noriac; A, de Chancel.

Entre les peintures de genre encadrées dans de courtes nouvelles et les grands romans-feuilletons, M. J. Noriac s'est choisi une forme intermédiaire qui a tout le charme des études littéraires sans exposer à la satiété qui suit les complications dramatiques sans fin ni mesure. La Bêtise humaine, le Grain de sable, la Dame à la plume noire, sont des échantillons de ce genre heureusement équilibré, fait pour plaire aux esprits délicats et pour en grossir le nombre. Des mœurs bien observées, une fine satire, une pensée philosophique discrètement contenue, une émotion vraie mais sans violence, un style simple, naturel, toujours français, recommandent ces diverses œuvres, parmi lesquelles Mademoiselle Poucet est venue, cette année, prendre place'.

Ce ' roman parisien, » comme l'auteur l'appelle, nous introduit dans le monde des arts, et nous y ramène après quelques excursions dans d'autres régions sociales, le monde de la richesse et les classes populaires. L'histoire est simple comme un conte et invraisemblable comme un fait divers. Mlle Poucet a été adoptée par les élèves d'un atelier dont elle fait le ménage, avant d'y prendre rang comme artiste. Elle en est l'âme, elle en est la joie, elle en est l'orgueil. C'est une bonne et aimable nature que chacun respecte, malgré la familiarité d'une affectueuse camaraderie.

Elle inspire une double passion; un pauvre avorton d'artiste a trouvé en elle un bon ange qui a jeté dans sa triste existence tout ce qu'elle comportait de douceur et de sérénité. Il l'aime d'une passion malheureuse à laquelle la jeune fille ne peut répondre que par une douce pitié. Elle cède à un sentiment plus tendre pour un compagnon d'atelier qui se trouve avoir, sans qu'elle s'en doute, cinquante mille livres de rente en se mariant. A peine devenue grande dame, Mlle Poucet se montre la plus insupportable des créatures à qui la richesse fait tourner la tête. Despote envers son mari, hautaine envers ses valets, prodigue jusqu'à la folie, elle rend la vie très-dure à l'ancien artiste, qui finit par s'enfuir de son hôtel et va porter sa douleur et ses regrets auprès de ses vieux camarades.

La* une heureuse surprise l'attend. Il retrouve au mimilieu de l'atelier, à son chevalet et dans son costume d'artiste, sa propre femme qui lui déclare,en l'embrassant,

1. Michel Lévy, in-18,338 pages.

qu'elle n'a jamais cessé de l'aimer. — C'était une comédie qu'elle avait jouée, pour en faire sortir la leçon que voici: « Je voulais mon Adelphin heureux.... Nous ne pouvions pas trouver le bonheur au milieu de riches qui nous méprisaient et nous appelaient parvenus; nous ne pouvions vivre entourés de pauvres : notre richesse leur crevait le cœur.... Nul n'est heureux hors de sa condition et sans le travail. Cela prouve, chers amis, qu'on ne quitte pas impunément la famille que Dieu donne à ceux qui n'en ont pas. Pour nous le bonheur est ici; il fallait y revenir. J'ai employé un moyen cruel pour y ramener Adelphin; mais c'était le plus court; il a réussi, et maintenant à l'ouvrage. » La joie est rentrée à l'atelier, désormais au grand complet. Le pauvre bossu, qui a tant souffert par l'amour, veut seul le quitter, mais il reste pour aimer les enfants de Poucet comme il l'a aimée elle-même.

Comme exemple du fantastique emploi que nos écrivains font quelquefois d'un cadre romanesque, on peut citer le Livre des Blondes de M. Ausone de Chancel1. La donnée eu est fort simple, et l'auteur en a tiré un assez agréable parti. Il s'agissait de ne pas présenter sous une forme didactique ou dogmatique, une série de divagations plus ou moins spirituelles sur la beauté féminine et en particulier sur la beauté blonde.

Si vous croyez que je vais dire

Qui j'ose aimer,
Je ne saurais pour un empire

Tous la nommer.
Nous allons chanter à la ronde,

Si vous voulez m

Que je l'adore et qu'elle est blonde

Comme les blés.

M Ausone de Chancel le chante si longtemps que pour

1. Hachette et C", in-18, 254 pages.

faire prendre patience au lecteur, il a imaginé une fable fort naïve, une histoire d'oncle et de testament renouvelée des Grecs, que le neveu de cet oncle excentrique expose en ces termes à un sien ami placé là par l'auteur tout exprès pour l'écouter:

Je suis orphelin; j'étais il y a six mois, sans fortune; un oncle, le frère de mon père, l'homme le plus singulier que la terre ait porté, m'a laissé en mourant cinquante mille livres de rente, mais avec cette condition bizarre : il faut que je sois' marié dans deux ans au plus tard, à compter du jour de sa mort, sous peine de voir passer ma fortune aux mains de je ne sais quel cousin, déjà riche à millions.... Par suite de son excentricité sans exemple, mon oncle m'a laissé le portrait de la femme que je dois épouser : portrait non pas en peinture mais véritable signalement de passe-port. Je le sais par cœur, écoutez : Taille haute, svelte..., cheveux blonds dorés, front élevé, yeux bleus, peau blanche éclatante.... Au reste, ajoutat-il en prenant le bras de son ami, si vous êtes curieux de connaître en détail le système de mon oncle, je vous ferai la lecture d'un manuscrit où il l'a développé et qu'il m'a légué pour mon instruction.

Il va sans dire que la lecture du manuscrit, interrompue de temps à autre par de petits incidents qui préparent le dénoûmenl, se continue pendant plus de deux cents pages; et que M. Ausone de Chancel y étale à plaisir son érudition d'artiste. Il fait, avec force réflexions langoureuses, l'histoire de la beauté blonde depuis l'expédition des Argonautes et la conquête de la Toison-d'Or, jusqu'aux troubadours et la Renaissance. Il y plaide merveilleusement la cause de son idéal et fait valoir ses perfections en s'appuyant sur les dires des hommes réputés les plus compétents en la matière. Poètes élégiaques, romanciers, théologiens, tout y passe. Les citations sont souvent heureuses, quelquefois burlesques, mais l'on ne s'étonne pas, lorsque arrive la fin du manuscrit de l'onde original qui en est l'éditeur responsable, que son neveu rencontre an sein même de la famille où il fait sa lecture, la perle introuvable pour laquelle il aurait fait le tour du monde.

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Le roman philosophique. M. Robert HalL

Bien des romans, dans ces dernières années, ont repris à leur manière la question religieuse qui tient tant de place dans les préoccupations de la société et dans les études philosophiques, historiques ou simplement littéraires. Après les thèses en romans des George Sand, des Octave Feuillet, des Raoul de Navery, des Alfred des Essarts, sans compter les grandes élucubrations anonymes, le Maudit, la Religieuse, etc , il semble qu'il n'y ait plus rien de nouveau à dire sur ce sujet, et que les arguments, de part et d'autre, soient épuisés. I l peut y avoir une manière nouvelle de les présenter; il y a une inquiétude toujours renaissante des esprits, un sentiment profond des situations et des problèmes, qui suffisent à ramener sans cesse la science dans le cercle des mêmes controverses et l'art dans celui des mêmes peintures.

* Malgré la faveur en sens contraire qui accueillit l'Histoire de Sibylle et Mademoiselle la Quiniinie,ie mets au-dessus de ces deux livres, à plusieurs égards, le roman intitulé Une cure du docteur Pontalais, signé d'un nom qui a l'air d'un pseudonyme, Robert Haitt. C'est l'œuvre d'un libre penseur, très-ferme dans ses idées, mais qui tient un compte sérieux des idées de ses adversaires. Nous n'assisterons pas ici à une de ces faciles victoires dont le romancier dispose à son gré, par la toute-puissance de la grâce, ou par un caprice de l'imagination, mais à une de ces révolutions

1. Faure, in-18, 324 pages. _.

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