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LETTRES

SUR

L’AFFAIRE DU QUIÉTISME.

L'écrit suivant, que Bossuet composa dans le cours de Quinque ferè anni sunt, ex quo vir illustrisla contestation sur le quiétisme, étant très propre à don simus, summaque dignitate præditus, à Melner d'abord une idée générale de l'affaire, et à rendre aussi plus utile la lecture des lettres qui la concernent,

densi episcopo postulabat ut Guyoniæ libros, nous nous sommes déterminés à le placer en tête, en doctrinam, totumque, ut vocant, orandi ac supforme d'avertissement. Il fut envoyé à Rome en 1697. plicandi genus examinare vellet : id illam flagi

tare, atque omnino in ejus antistitis potestate

se futuram polliceri. Recusare Meldensis : ille DE QUIETISMO IN GALLIIS REFUTATO. urgere, ac pro amicitiæ jure reposcere ut rem

aggrederetur; Deo id gratum futurum; pertiDe his quæ à me per totum ferè quinquen- nere denique ad obsequium veritatis, nec intenium in refutando apud nos quietismo gesta grum episcopo suum officium denegare, cùm ei sint, multa sparguntur in vulgus; et ea quidem ultro omnia deferrentur. ab adversariis, non studio veritatis, sed aulicis

His victus episcopus dat manus : afferuntur artibus tribui multi me monent : his aulam, his cum aliquot libellis editis manuscripti, grandes urbem, his provincias, his Romam ipsam caput feminæ commentarii in Scripturas, ingens quoorbis oppleri rumoribus : et hic quidem, ubi res que scriptum de vità sua, quod jussu directoris notæ sint, liquidò confutari; Romanis autem elaboratum videbatur. Hæc omnia gesta esse longè positis faciliùs obrepi : periculumque esse auctore Fenelono, jam tum principum studiis ne ea quæ in meum nomen centum occultis di- præposito, et ipse fatebatur. Viri amicissimi vulgentur oribus, in causam transferantur : his occurri posse simplici narratione rerum ; ac si

Il y a près de cinq ans qu'un homme très illustre ", décoré conticescam, non jam modestiæ, sed inertiæ im- d'une grande dignité , pria l'évêque de Meaux d'examiner les

livres de la dame Guyon, sa doctrine, et toute sa manière, putandum. Hæc igitur summa gestorum est.

comme l'on dit , de faire l'oraison. Il ajouta que cette dame le

demandoit elle-même, et promettoit de s'abandonner entièreDE LA RÉFUTATION DU QUIÉTISME EN FRANCE.

ment à la disposition de cet évêque. Le prélat refusant, ce

seigneur le pressa de consentir , et le sollici a par tous les On répand dans le public bien des discours sur ce que j'ai droits de l'amitié d'entreprendre cet examen. Il ajoutoit, fait pendant l'espace de près de cinq années pour combattre le pour l'y déterminer, que ce travail seroit agréable à Dieu ; quiétisme;

; et beaucoup de personnes m'avertissent que mes qu'enfin c'étoit un service qu'il devoit à la vérité , et qu'un adversaires attribuent mes efforts , noa au zèle pour la vérité, évêque n'étoit pas maitre de dénier son ministere , lorsque de mais à une politique toute mondaine. La cour, ajoute-t-on, plein gré tout étoit soumis à son jugement. la ville, les provinces , Rome même , la capitale de l'univers, L'évêque de Meaux, déterminé par ces considérations, se sont remplies de tous ces bruits , qui se détruisent d'eux-mê- rendit à ce qu'on desiroit de lui. On lui apporta, en consemes ici, où les choses sont connues; mais que les Romains, dans quence, avec quelques livres imprimés , plusieurs manuscrits, un si grand éloignement, écouteroient avec plus de facilité : de longs commentaires de la dame Guyon sur l'Écriture, un en sorte qu'il est à craindre que les mauvais propos , que cent

grand ouvrage concernant sa vie, qui paroissoit avoir été combouches débitent en secret contre moi, ne retombent sur la posé par l'ordre de son directeur *. Cétoit l'abbé de Fénelon. cause que je soutiens. Or, observe-t-on, un simple exposé des

dès-lors instituteur des princes, qui portoit à toutes ces défaits suffit pour prévenir les suites de ces complots ; et si je marches , et il l'avouoit lui-même. Le prélat, excité par les me taisois, on imputeroit avec raison mon silence , non à modestie , mais à une lâche insensibilité. Voici donc en abrégé le

* Le duc de Chevreuse. récit de ce qui s'est passé.

** Le P, La Combe.

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auctoritate motus antistes, eò diligentiùs omnia, visam, sole amictam, ac primogenitum paritupertractabat.

ram, spiritum orationis scilicet, persecutione Sex ferè mensibus in librorum lectione et victâ , toto orbe regnaturum; quo de regno examinatione consumptis, gravi longoque collo- mira et inaudita jactabat: esse se lapidem anguquio cum feminà habito, rebusque perpensis, larem prophetæ memoratum : eam esse se de satis sibi visus est episcopus omnta explorasse quả esset dictum : Quæcumque ligaveris, quæut sententiam promeret. Prompsit, certissimis- cumque solveris, ea ligata, ea soluta sunto. Et que argumentis commonstravit id genus oratio- quid non ? nis, quod femina frequentabat, erroneum esse, Quin etiam rogata ab episcopo de postulatiopertinere ad quietismum; ipsam miris inaudi- nibus, quas ipsa cum quietistis omnino respuetisque, imò etiam insanis laudibus seque et sua bat, quippe quæ ad illud quod interest pertineprædicantem summo in periculo versari, nisi rent : Tune , mulier, negas à te postulari posse quamprimum à cæcis illusionibus revocata, me- quidquam? Sanè. Tu non potes dominicum lioribus quàm antea ducibus uteretur. Facilè illud petere: Dimitte nobis debita nostra? Fatepersensit non haberi sibi fidem; Fenelono femi- batur. Atqui ego, cui te tuaque submisisti, pro nam esse miraculo : quo in stuporem actus, ac potestate jubeo, imò per me Dominus, ut id tam clari ingenii miseratus errorem, id apud se petas. At illa : Possum, inquiebat, verba recinoctes diesque versabat episcopus, ut illum, tare memoriter; rem animo infigi vetat is in sed paulatim ac per vias mollissimas inde dedu- quo sum orationis puræ et amoris gratuiti staceret.

tus. Jam si commemorare incipiam ea quæ tunc Quæ cùm episcopus memoraret, quâ est dexreprehendebat episcopus, incredibilia videbun- teritate, mollire, excusare Fenelonus; magnatur. Narrabat enim mulier in eâdem Vitå suả, nimitatem sinceræ mentis extollere; memorare se gratiarum copiâ prægravante pressam , mi- Paulum qui se et sua lam magnificè commenrum, toto corpore turgescentem, dirupturamque dasset; probari oportere spiritus, non statim vestes , nisi continuò vincula solverentur. Itaque condemnari : spiritus sanè, non aperta deliria. assidere ipsi solitos, tacitosque capere gratiam Quid plura? Pudebat episcopum infirmitatis effluentem; nec aliter levari eam, nisi subjectis humanæ, sperabat, admonebat, omnia occulvelut exundanti ac rupto dolio vasculis. Quid tabat. quod eadem eodem in libro memorabat : se esse mulierem illam Joanni apostolo in Apocalypsi soleil ; qu'elle enfanteroit un premier-né, qui est l'esprit d'oral

son , qui devoit régner dans tout l'univers après avoir sursentiments qu'il avoit pour un ami très intime , apportoit d'au

nionté tous les efforts de la persécution ? et sur ce règne elle tant plus de soin à cette discussion.

debitoit des choses étranges et inouïes; qu'elle étoit cette pierre Six mois presque entiers ayant été employés à lire et à exa- angulaire représentée au prophète; qu'elle étoit celle dont il miner les livres qui lui avoient été confiés ; après une longue est dit : Tout ce que vous lierez , tout ce que vous délierez , et sérieuse conférence avec la dame Guyon , toutes choses bien sera lié et délié. Et quelles folies , quelles impertinences ne considérées, l'évêque de Meaux crul être suffisamment instruit soutenoit-elle pas ? pour porter son jugement. Il prononça donc, et par des raisons Bien plus , interrogée par l'évêque de Meaux sur les demanindubitables il démontra que le genre d'oraison que cette

des qu'elle rejetoit entièrement avec les quiétistes, comme apdame pratiquoit étoit erroné , appartenoit au quiétisme ; partenantes à notre intérêt propre : Quoi! madame , lui dis-je. qu'en se donnant à elle-même, et à tout ce qui la concernoit, niez-vous que vous puissiez demander quelque chose à Dieu ? des louanges excessives, inouïes , et même extravagantes. Oui, répondit-elle. Vous ne pouvez donc lui faire cette deelle couroit les plus grands risques de se perdre , à moins que, mande de l'Oraison dominicale : Remettez-nous nos delles ? désabusée bientôt d'illusions si grossières, elle ne suivît de meil. Elle en convenoit. Et moi, repris-je, à qui vous avez soumis leurs guides. L'évêque de Meaux s'aperçut aisément qu'on ne votre personne et tout ce qui la regarde, selon le pouvoir que le croyoit pas, et que l'abbé de Fénelon révéroit la dame Guyon j'en ai, je vous ordonne, et bien plus le Seigneur vous comcomme une femme fort extraordinaire. Surpris de cet étrange mande par moi, de lui demander cette grace. Quelle fut sa réaveuglement, et déplorant l'erreur d'un si beau génie, jour et ponse ? Je puis , dit-elle, réciter les paroles de mémoire ; mais nuit il s'occupoit des moyens de l'en retirer peu à peu , et de pour imprimer dans mon cæur la chose qu'elles signifient, la manière la plus douce.

.

l'état d'oraison pure et d'un amour gratuit où je suis élevée, si déja je commencois à rapporter ce que l'évêque de Meaux ne me le permet pas. reprenoit dans les écrits et la conduite de cette femme, on Lorsque l'évêque de Meaux exposoit toutes ces erreurs, auroit peine à le croire. En effet, elle racontoit elle-même l'abbé de Fénelon s'étudioit, avec tout l'art dont il est capable, dans sa Vie qne, suffoquée par l'abondance des graces dont à adoncir et à excuser les discours de cette femme. Tantôt il elle étoit remplie, son corps s'enlloit d'une manière si prodi. relevoit la franchise d'une ame droite et sincère ; tantôt il allégieuse , qu'elle erit rompu ses habits , si on ne l'eût prompte. guoit saint Paul, qui avoit lone sa personne et ses actions si * ment delacée. Ainsi ceux qui avoient couture dans ces états pompeusement. Il falloit , ajoutoit-il, éprouver les esprits, et de s'asseoir auprès d'elle recueilloicnt en silence la grace qui ne les pas condamner avec précipitation. Oui, sans doute , les découloit de sa plénitude, et elle ne pouvoit être soulagée esprits , et non des rêveries extravagantes et manifestes. Que qu'en se déchargeant dans ces vascs , conime le fait un ton- dirai-je encore? l'évêque de Meaux étoit confus des tristes neau qui se rompt et répand la liqueur qu'il coulieut. Que di- suites de l'infirmité humaine ; mais espérant toujours dissiper rai-je de ce qu'elle déclare elle-même dans ce livre , qu'elle est l'illusion, il ne cessoit d'avertir , il tenoit secrets tous ces cette femme que saint Jean vit dans l'Apocalypse revêtue du égarements.

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Dum hæc agebantur, illustris femina, parique congregationis præpositus generalis : hos Melpietatis ac modestiæ laude conspicua, accersit densi additos voluere. In eorum potestate se fuepiscopum nihil cogitantem. Jam pridem Guyo-turos, et Guyonia et ipse Fenelonus testabantur. nia aulam penetraverat, Versaliæ occultos cou Scripta commeabant: grandi se volumine Guyoventus egerat, in inclyto et regio Sancti-Cyri nia tuebatur ; nec pauciora Fenelonus congeremonasterio miras turbas dederat : à vigilantis- bat. Mira et inaudita promebat : Guyoniæ artisimo episcopo Carnotensi eodem monasterio ficiosissimas excusationes conquirebat :-cam prohibita erat unà cum Fenelono, clam cujus magistram facilè agnoscebat, à quà nempe se præcipuâ operâ mulier utebatur ; divulgatà plura majoraque quàm à quibuscumque doctoetiam illâ erga assidentes gratiæ effusione, quam ribus didicisse profitebatur et viva voce et diximus. Exinde inter episcopum et illustrissi- scriptis : quietismum utcumque coloratum mirå mam feminam de quietismi technis retegendis, verborum elegantiâ inducebat. deque Fenelono utrisque amicissimo ab errore Certum consultoribus, si eum statim à senrevocando communicata consilia : quâ simplici- tentiâ revocare, et ad Guyoniam condemnartate , quo utrinque candore , Deus testis est. dam adducere non possent, arctis tamen finibus

Id autem imprimis cavere oportebat, ne res coercere virum, ne quidquid collibuisset efferad regem permanaret; qui quidem, quâ pietate ret in vulgus : ejusque rei gratiâ triginta quaest, et quo in novatores odio, quiestim iartium tuor Issiacenses articulos concinnabant: Molignarus à pessimå seetà vehementissimè abhorre- nosi, Guyoniæ dogmata proscribebant; multa bat. Franciscus autem Harlæus, archiepiscopus Feneloni aliis intacta damnabant. Ipse nonnihil Parisiensis, pessimè in Guyoniam affectus, et tergiversatus, subscribebat tamen, ne pollicita eam arctissimâ custodia in quodam monasterio penitus inficiari videretur, cùm ad consultores, tenuerat, et relaxatam infensissimo animo obser- et privatim ad Meldensem datis litteris, testavabat : neque Fenelono favebat; et si qua pate- retur, se, quidquid judicaret, dicto audientem ret nocendi via, eam initurus facile videbatur. futurum, nec ab ejus doctrinà discessurum un

Neque ita multò post Guyonia, ab archiepis- quam. Id etiam verebatur, ne, si subscriptionem copo malè sibi metuens, præsidia conquirebat; denegaret, quietismi deprehensus, non modo amicorumque operâ à rege impetravit, ut da- omni gratia excideret, verùm etiam gravi apud rentur consultores quorum judicio staret, Cata- plebem et aulam invidiâ laboraret. lauuensis episcopus, nunc archiepiscopus Pari- Nam à decem ferè annis, eo vel maximè temsiensis, et Tronsonius presbyter, Sulpicianæ

d'hui archevêque de Paris ; M. Tronson , supérieur-général de

la congrégation de Saint-Sulpice , étoient ceux que l'on choisit. Pendant que ces faits se passoient, une dame illustre *, aussi

et que l'on voulut joindre à l'évêque de Meaux. La dame Guyon, recommandable par sa piété que par sa modestie , fit appeler et l'abbé de Fénelon même , déclaroient qu'ils se remettoient l'évêque de Meaux , qui ne se doutoit pas du sujet de cette in

entièrement à la disposition de ces juges. Les écrits se répanvitation. Depuis un temps madame Guyon s'étoit introduite à doient : madame Guyon avoit composé un gros volume pour la cour : elle avoit tenu à Versailles des assemblées secretes,

sa défense, et les productions de l'abbé de Fénelon n'étoient et causé de grands troubles dans le célèbre et royal monastère pas moins considérables. Il avançoit des choses étonnantes et de Saint-Cyr. d'où le très vigilant évêque de Chartres l'avoit inouies, et employoit des excuses très artificieuses pour justicloignée, ainsi que l'abbé de Fénelon, qui la secoudoit principale- fier la dame Guyon. Sans peine il la reconnoissoit pour un ment en cachette. On étoit également instruit de cette effusion maitre, de qui il avouoit avoir appris , soit de vive voix ou de la grace, dont j'ai parlé, qu'elle répandoit sur ceux qui par écrit, plus de choses et de plus grandes que de quelque étoient auprès d'elle. L'évêque de Meaux et l'illustre dame se

docteur que ce soit. Avec des paroles fort élégantes , il insi. communiquerent leurs vues mutuelles sur les moyens de dé- nuoi uu quiétisme tant soit peu coloré. couvrir les tromperies du quiétisme , et de retirer de l'erreur

Les trois examinateurs avoient dessein, s'ils ne pouvoient l'abbé de Fénelon, leur ami commun. Avec qnelle simplicité,

encore le faire renoncer à ses sentiments, et l'engager à conquelle candeur ils le firent l'un et l'autre, Dieu le sait.

damner madaine Guyon, de le resserrer au moins dans des Avant tout, on vouloit éviter que l'affaire ne viat aux oreilles bornes si étroites , qu'il ne fut pas maitre de débiter dans le du roi, qui certes , selon sa piété , et l'aversion qu'il a pour les public ce qu'il lui plairoit. Pour cet effet ils préparèreut les novateurs, très instruit des artifices du quiétisme , avoit une

trente-quatre articles d'Issy, où les dogmes de Molinos ct de extrême horreur de cette secte détestable. François de Harlay,

la dame Guyon furent proscrits, avec beaucoup d'opinions archevêque de Paris, fort indisposé contre la dame Guyon, particulières à l'abbé de Fénelon. Après avoir un peu tergil'avoit retenue très étroitement captive dans un monastère ; versé, il souscrivit cependant à ces articles, pour ne pas paroitre et après lui avoir rendu sa liberté , il observoit d'un regard sé

manquer à toutes ses promesses; car il avoit protesté par letvére toutes ses démarches. Loin de se montrer favorable à

tres aux examinateurs de sa soumission , et écrit spécialement Fénelon, il faisoit bien voir que s'il eût trouvé quelque occa

à l'évèque de Meaux qu'il acquiesceroit à tout ce qu'il décision de lui nuire, il l'eût saisie avec empressement.

deroit , et que jamais il ne s'écarteroit de sa doctrine. Il crai. Peu de temps après, madame Guyon, craignant les effets da gaoit en ontre que s'il refusoit de souscrire aux articles , conmécontentement de l'archevêque de Paris , cherchoit de tous

vaincu d'être fauteur du quiétisine, non seulement il ne se côtés du secours pour s'en garantir. Par la protection de ses amis, elle obtint du roi des examinateurs, au jugement des privat de toutes les graces auxquelles il pouvoit prétendre ,

mais qu'il ne s'attirât encore l'indignation de la ville et de la quels elle devoit s'en rapporter. L'évêque de Châlons, aujour* Madame de Malatenon.

Et en effet , depuis environ dix ans, dans le temps surtou

cour.

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pore quo in Molinosum decreta fervebant, ip- | bus ; ut à docendo et scribendo abstineret; ne
sum Fenelonum inter Guyoniæ amicos et sectæ quemquam susciperet in viis spiritualibus diri-
fautores variis rumusculis recensebant; et Mo-gendum; ipsa frequentaret postulationes alios-
linoso studentes angli protestantes , edito in que actus christianis imperatos. Hæc illa est
Hollandia libro de ejusdem Molinosi rebus et commendatio, quam ab episcopo se tulisse glo-
scriptis, Fenelonum ipsum ejus occultum defen- riatur. Hæc jussa suscepit, his etiam subscripsit,
sorem prædicabant. His itaque motus, Articulis ut acta demonstrant : à quibus exequendis
subscribebat; ac ne illa subscriptio in retracta- quàm postea abhorruerit, non est hujus loci
tionis suspicionem traheretur, consultoribus vi- dicere.
sum ultro eum quartum adciscere, qui secum Ed deventum est ut novus archiepiscopus
de re maximâ disceptaret: adeo ejus nomini fa- consecrationis munus acciperet : delectus ab
mæque parcebant; eumque emendatum, non ipso Meldensis episcopus, qui, assistente etiam
perditum, quod absit, ac dehonestatum vole- Catalaunensi episcopo, sacro officio fungeretur.
bant.

Uno alterove circiter ante consecrationem die, Hæc igitur agebantur unà conscià eå, quam ipse archiepiscopus flexis genibus episcopi dexmemoravimus, illustri feminâ, quâ amicissimâ , teram osculatus : Per hanc ego, inquit, dexteatque, ut aiunt, patronâ Fenelonus utebatur. ram, quâ me consecratum volo, polliceor me à Ea autem assiduè hortabatur virum, ut à pessi- tuâ doctrinâ nunquam recessurum. Quod, uti mæ sectæ pravæque mulieris defensione desis- prædiximus, multis jam litteris significaverat, teret: ipse se modestissimum et obedientissimum nec unquam omnibus modis significare cessabat: præferebat; tantoque silentio peractæ res sunt, cujus rei testes eædem epistolæ fidem facient. ut eum interim rex maximus Cameracensem Hæc autem episcopus suscipiebat libens, satis archiepiscopum desiguaret.

sibi. conscius quam nihil novi, nihil suspecti Interea Guyoniam, ultro postulantem, Mel- traderet, doctrinamque omnem suam à Patribus densi episcopo curandam tradidere. Translata mutuaret. ad moniales Meldenses egregias, triginta qua- Unus hærebat scrupulus, de Guyoniâ nondum tuor Articulis, censurisque episcoporum Mel- ab archiepiscopo apertis vocibus improbata : id densis et Catalaunensis in libros suos latis sub- autem ut præstaret, quantùm poterat agebat scribebat : ipsos etiam libros, ut qui pravam episcopus. Itaque cùm in eo esset ut librum doctrinam continerent, manu propria proscri- ederet de statibus orationis; in quo artificiobebat. Omnia pollicebatur: ab episcopo denique sissimæ feminæ dogmata et libros confutaret, ferebat obedientiæ testimonium his conditioni- eum archiepiscopo examinandum approban

dumque tradidit; in eam spem adductus, ut per où les décrets contre Molinos étoient encore récents, ses partisans répandoient à petit bruit que l'abbé de Fénelon lui. de sa soumission, à ces conditions : qu'elle s'abstiendroit dés. même étoit des amis de madame Guyon , et attaché à la secte. orinais d'enseigner et d'écrire, qu'elle ne se chargeroit plus Les protestants anglois , dévoués à Molinos , dans un livre im. de diriger personne dans les voies spirituelles , qu'elle feroit primé en Hollande sur la conduite et les écrits de ce chef des les prières et les autres actes commandés aux chrétiens. Teiles quiétistes , publioient que cet abbé étoit un de ses défenseurs sont les clauses de cette attestation , qu'elle se glorifie d'avoir cachés. Déterminés par toutes ces considérations, l'abbé de reçue de lévêque de Meaux ; tels sont les ordres qu'elle reçut. Fénelon signa les articles d'Issy. Mais, de peur que cette signa- auxquels elle souscrivit, comme les actes le prouvent. Mais ce ture ne passât pour une rétractation, les examinateurs réso- n'est pas ici le lieu de dire combien elle témoigna dans la suite lurent d'eux-mêmes de se l'associer comme un quatrième juge, d'opposition à s'y conformer. qui discuteroit avec eux cette matière importante : tant ils mé- Le moment arriva où le nouvel archevêque devoit être connageoient son nom et sa réputation , et tant ils desiroient de le sacré. Il choisit pour son ordination l'évêque de Meaux, lequel, corriger, et non de le perdre, ce qu'à Dieu ne plaise , ou de le assisté de l'évêque de Châlons, en fit la cérémonie. Un jour déshonorer.

ou deux avant son sacre, cet archevêque à genoux devant l'é L'illustre dame dont j'ai fait mention , très amie et grande vêque de Meaux, lui baisa la main droite , et lui dit : Par cette protectrice de l'abbé de Fénelon , étoit la seule qui fût instruite main dont je veux être sacré, je vous promets de ne jamais de ces conférences. Elle ne cessoit de l'exhorter à abandonner m'écarter de votre doctrine, c'étoit la même protestation la défense d'une secte si perverse, et d'une femme si dange- qu'il avoit déja faite dans plusiears de ses lettres , et qu'il ne reuse. Pour lui, il se déclaroit alors, avec beaucoup de modes- cessoit de renouveler en toutes les manières possibles : ces tie, très soumis à ce qui avoit été décidé. Toutes ces choses se mêmes lettres font foi de ce que j'avance. L'évêque de Meaux traitèrent dans un si grand secret, que sur ces entrefaites le recevoit sans peine ces témoignages de soumission , bien assuré roi nomma l'abbé de Fénelon à l'archevêché de Cambrai.

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que pour lui il n'enseignoit rien de nouveau , rien de suspect, Cependant la dame Guyon , à sa propre requisition, fut con- et qu'il avoit puisé toute sa doctrine dans les Pères. fiée à l'évêque de Meaux, pour en prendre soin. On la trans- Cependant il lui restoit encore quelque sujet de défiance, atféra dans un monastère distingué de son diocèse : elle sous- tendu que cct archevêque n'avoit pas expressément condamné crivit aux trente-quatre articles, et à la condamnation que les la dame Guyon. L'évêque de Meaux faisoit tout ce qu'il pou. évêques de Meaux et de Chalons avoient faile de ses livres , les voit pour l'y engager. Dans cette vue, comme il devoit bientôt proscrivant elle-même de sa propre main, comme contenant publier un livre sur les états d'oraison, où il réfutoit les prinune mauvaise doctrine. Enfin elle promettoit tout ce qu'on cipes et les écrits de cette femme artificieuse, il le donna à exaexigeoit d'elle : l'évêque de Meaux lui donna une attestation miner à l'archevêque de Cambrai pour qn'il l'approuvat. Il es.

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