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et d'argent, de toiles assez réputées; les armes, et notamment les lames d'épée de Bordeaux, étaient très-appréciées dans le commerce; tous ces produits se répandaient dans le midi de la France, en Espagne et dans quelques pays du Nord. La librairie et l'imprimerie prirent également dans notre ville un grand développement : un nommé Simon Millanges, qui avait été professèur distingué au collége de Guyenne, fonda à Bordeaux la première imprimerie importante, en 1572. « Il n'y avait avant lui, dit la Chronique bordelaise, p. 83, que quelques chétifs et ignorants imprimeurs. MM. les Jurats encouragèrent le dit Millanges, et lui donnèrent de beaux et amples priviléges. Il dressa une des plus belles imprimeries de France , travailla assidûment à la correction des livres et à avoir de beaux caractères, tant grecs que latins, de manière qu'il a été estimé l'un des premiers de son temps, et non en moindre réputation que Robert Estienne. Il a consommé ses années en cette honnête occupation, ayant attiré à Bordeaux le commerce de la librairie. » Pour comprendre l'importance de l'industrie bordelaise à cette époque, il ne faut que lire dans Delurbe (1) les anciens statuts établis pour régler les corporations des arts et métiers; on y verra que l'industrie bordelaise était, comme celle de toutes les villes, soumise à un système de priviléges exclusifs qui devait en paralyser en partie l'activité. Turgot

(1) Delurbe, Anciens Statuts de Bordeaux.

explique de la manière suivante l'origine et les progrès des corporations (1) : « Lorsque les villes commencèrent à s'affranchir de la servitude féodale et à se former en communes, la facilité de classer les citoyens par le moyen de leur profession introduisit cet usage inconnu jusqu'alors; les différentes professions devinrent ainsi comme autant de communautés particulières dont la communauté générale était composée. Les confréries religieuses, en resserrant encore les liens qui unissaient entre elles les personnes d'une même profession, leur donnèrent des occasions plus fréquentes de s'assembler, et de s'occuper, dans ces assemblées, de l'intérêt commun des membres de la société particulière, qu'elles poursuivirent avec une activité continue, au préjudice des intérêts de la société générale. Les communautés, une fois formées, rédigèrent des statuts; et sous différents prétextes de · bien public, les firent autoriser par l'autorité. La base de ces statuts était d'abord d'exclure du droit d'exercer tel métier, quiconque n'était pas membre de la communauté. Leur esprit général, disait Turgot, est de restreindre, le plus qu'il est possible, le nombre des maîtres, de rendre l'acquisition de la maîtrise d'une difficulté presque insurmontable pour tout autre que pour les enfants des maîtres actuels. C'est vers ce but que sont dirigés la multiplicité des frais et des formalités de réception, les difficultés du chef-d'œuvre, toujours jugées arbitrairement, surtout

(1) Turgot, t. VIII, Préambule de l'édit de 1776.

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la cherté et la longueur inutile des apprentissages, et la servitude prolohgée du compagnonnage, institutions qui ont encore pour objet de faire jouir gratuitement les maîtres, pendant plusieursannées, du travail des aspirants. Les communautés s'occupèrent d'écarter de leur territoire les marchandises et les ouvrages des forains; elles s'appuyèrent sur le prétendu avantage de bannir du commerce des marchandises qu'elles supposaient être mal fabriquées. » D'un autre côté, le Gouvernement s'accoutuma à se faire une ressource financière des taxes imposées sur les communautés et sur la multiplication des priviléges. Henri III, par son édit de décembre 1581, donna à cette institution l'étendue et la forme d'une loi générale; il établit les arts et métiers en corps et communautés dans toutes les villes et lieux du royaume; il assujétit à la maîtrise et à la jurande tous les artisans. L'édit d'avril 1597 en aggrava encore les dispositions en assujétissant tous les marchands à la même loi que les artisans. Malgré les vices évidents de cette organisation, sa force résista pendant plusieurs siècles à tous les essais d'amélioration, et dura, comme nous le verrons, jusqu'à la grande révolution de 1789. Il est certain que, malgré les garanties et les avantages particuliers qui pouvaient en résulter, l'institution des corporations et des maîtrises, violant la liberté du commerce et de l'industrie, portait atteinte au droit naturel qu'a chacun de vivre du travail auquel l'appelle son aptitude ou sa position; elle contrariait, en outre, l'un

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des principes les plus féconds de l'économie politique en mettant obstacle à ce que l'activité industrielle fût vivifiée par l'émulation et le mouvement commercial largement étendu par la concurrence.

ARTICLE V.

DR O1T s PER çUs sUR LE COMMER CE DE BORDEAUX
PENDANT LEs xvI° ET xvII° sIÈCLEs (1).

Le tarif suivant est tiré d'un ancien état des droits perçus sur le commerce bordelais, en 1550, sous le règne d'Henri II. On y remarquera la modicité des droits et les avantages considérables dont les Anglais jouissaient sur notre place.

Droits d'entrée.

1° Sur toutes marchandises, droit de comptablie, savoir : Régnicoles, 8 deniers tournois par livre. Bourgeois, francs de droits. Étrangers, 12 deniers tournois par livre. Anglais, 6 deniers tournois par livre. Les étrangers, sans distinction, payaient, en outre, 2 deniers par livre pour la petite coutume. 2° Sur toutes marchandises venant de Libourne , Blaye et Bourg : toutes personnes, 12 deniers tournois par livre ; 3° Vins du haut pays entrant pour être vendus aux Chartrons : toutes personnes, 14 deniers pour

(1) Delurbe, Anciens Statuts de Bordeaux.

DE BORDEAUX . 103

livre ; plus, 26 livres tournois par tonneau de droit de traite ;

4° Mêmes vins pour être exportés, toutes personnes, 2 deniers pour livre.

Droits de sortie.

1° Sur toutes marchandises, droits de comptablie : Régnicoles, 6 deniers pour livre. Bourgeois, francs de droits. Étrangers, 12 deniers pour livre. Anglais, 6 deniers pour livre. 2° Vins bordelais : Régnicoles, 20 sous tournois par tonneau. Bourgeois, francs pour leur crû. Id., pour autre crû, 10 sous par tonneau. Étrangers, 20 sous par tonneau. Toutes personnes payaient, en outre, pour la sortie des mêmes vins, 12 deniers par tonneau, droit de petite coutume, et 10 sous 6 deniers par navire pour droits de Cordouan et de branche de cyprès. 3° Vins du haut pays : Toutes personnes, 20 sous par tonneau de droit de traite et grande coutume ; plus, 10 sous 6 deniers par navire pour droit de Cordouan et branche de cyprès. 4° Sur toutes marchandises chargées à Libourne, Blaye et Bourg : 12 deniers tournois pour livre de droit de comptablie. 5° Blés chargés pour l'exportation à Bordeaux, Libourne, Blaye et Bourg, droit de traite et grande COutume, savoir :

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