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plus éloignées, et, selon César, ces marchands faisaient naître partout où ils passaient l'intérêt et la curiosité (1). , Quantaux monnaies, les Bituriges-Vivisques, comme toutes les autres tribus gauloises restées indépendan· tes, se servaient de quelques pièces d'argent ou de cuivre grossières et sans effigie ; mais en général , le commerce extérieur se faisait par voie d'échange (2). Tels furent les premiers éléments du commerce de Bordeaux. En peu de temps, ils durent produire une grande prospérité, parce que l'action du pouvoir était paternelle et simple, les impôts presque nuls, la liberté des échanges franche et complète. Tant il est vrai qu'après des erreurs, des luttes et des études de plusieurs siècles, on est tout surpris de reconnaître que le dernier mot de la science se trouve très-souvent dans les règles primitives les plus naturelles.

(1) Est autem hoc Gallicae consuetudinis, ut, et viatores etiam invitos consistere cogant, et, quod quisque eorum de quâque re audierit, aut cognoverit, quaerant et mercatores in oppidis vulgus circumsistat; quibusque ex regionibus veniant, quasque ibi res cognoverint, pronunciare cogant. (Cœsar. Comm., De Bello gallico, liv. IV.)

(2) Strabon, Géogr., liv. III, p. 512.

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CHAPITRE II.

ÉPOQUE ROMAINE.

Le luxe et les relations des Romains donnent une nouvelle étendue au commerce de Bordeaux. — Grande prospérité de cette ville à l'époque d'Ausone. — Mais bientôt l'empire se corrompt et s'affaiblit. Le torrent des Barbares s'avance. — Les dépenses exagérées, la

· fausse politique et la peur font naître tous les désordres : impôts excessifs, altération des monnaies, prohibitions. — Le commerce de Bordeaux disparaît presque entièrement avec la confiance et la liberté. — Ce qui en reste assiste languissant à la mort de l'immense société romaine et doit mourir avec elle.

La nouvelle ville de l'Aquitaine ne fut pas longtemps sous le pouvoir indépendant des chefs bituriges qui l'avaient fondée; comprise dans la soumission générale des Gaules, sous Auguste, elle conserva néanmoins ses coutumes, ses usages, son administration particulière (1). Pendant plusieurs années, l'autorité romaine n'y fut pour ainsi dire que nominale; Bordeaux s'aperçut à peine du changement de son état politique, et, selon Strabon, elle continua à jouir de sa liberté (2).

Sous le règne d'Aurélien, la province d'Aquitaine vit encore se développer sa vie et sa prospérité; ce prince encouragea le commerce et donna l'impulsion à de grands travaux. — L'empereur Constance se

(1) Verneilh Puiraseau, Histoire d'Aquitaine, t. I, p. 59. (2) Strabon, Géogr. , liv. IV.

déclara protecteur des gens de mer ; il les exempta des contributions publiques et leur accorda de grands priviléges. Ce fut par ses soins que les rapports avec l'Angleterre, qu'avaient diminués les pirateries des Barbares, furent rétablis et protégés. Il répara et augmenta le nombre des vaisseaux qui portaient dans les Gaules les blés de la Grande-Bretagne; ces froments étaient ensuite transportés sur des barques qui remontaient les rivières pour l'approvisionnement des villes et des campagnes (1). Au commerce primitif vinrent se joindre les rapports maritimes des Romains eux-mêmes; la Garonne fut bientôt fréquentée par tous les navires de construction variée qui parcouraient les différentes mers · de l'Europe, et dont l'Aquitaine imita la grâce et la richesse. Les côtes d'Espagne et de Portugal établirent avec le port de Bordeaux un commerce important; on importait de la Turdétanie (Andalousie), de la Lusitanie (Portugal), de la Cantabrie (Asturies et Biscaye), du blé, du vin, de l'huile très-remarquable par sa qualité; Bordeaux en retirait encore de la cire, du miel , des bois de construction pour la marine, des salaisons, des laines de la plus grande finesse et tellement recherchées, qu'on achetait les béliers jusqu'à un talent pour tâcher d'en acclimater la race (2). Bientôt l'ancienne Burdigala disparut pour faire place à une nouvelle cité plus grande, plus belle,

(1) Huet, Hist. du Comm. des anciens, p. 584, (2) Strabon, Géogr., liv. III, p.409.

12 IIISTOlRE DU COMMERCE

environnée de fortifications régulières et renfermant dans son sein un havre vaste et commode (1). Vers le milieu du IV° siècle, époque où vivait le poète Ausone, la ville de Bordeaux avait atteint le plus haut degré de prospérité et de splendeur. « O ma patrie ! dit cet écrivain, toi, célèbre par tes vins, tes fleurs, tes grands hommes , les mœurs et l'esprit de tes citoyens, et la noblesse de ton sénat, je ne t'ai point chantée des premières, comme si, convaincu de la faiblesse d'une pauvre cité, j'hésitais à essayer un éloge non mérité ! Ce n'est point là le sujet de ma retenue, car je n'habite pas les rives sauvages du Rhin ou les sommets de l'Hémus et ses glaces arctiques; Burdigala est le lieu qui m'a vu naître; Burdigala ! où le ciel est clément et doux, où le sol, d'une humidité féconde, prodigue ses largesses, où sont les longs printemps, les rapides hivers et les coteaux chargés de feuillage; son flot qui bouillonne imite le reflux des mers. L'enceinte carrée de ses murailles élève si haut ses tours superbes, que leurs sommets aériens percent les nues. On admire au dedans les rues qui se croisent, l'alignement des maisons et la largeur des places, fidèles à leurs noms; puis les portes qui répondent en droite ligne aux carrefours, et au milieu de la ville le lit d'un fleuve alimenté par des fontaines; lorsque l'Océan, père des eaux , l'emplit du reflux de ses ondes, on voit la mer tout entière qui s'avance avec ses flottes. » (2)

(1) Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, Ir° part., p. 2. (2) Ausone, Idylle à Bordeaux.

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Au mouvement du commerce maritime s'unissait , comme de nos jours, la vivacité de la navigation fluviale, des barques de tout genre allaient et venaient en amont et en aval du fleuve, conduisant à Bor deaux le bétail, le bois, les récoltes des campagnes environnantes; c'est encore ce que nous fait connaître Ausone en parlant d'un de ses fermiers qui l'avait quitté pour faire le commerce des villes situées sur la Garonne et ses affluents : « Il troque du sel contre du froment , le voilà marchand consommé ; il court les fermes, les campagnes, les villages; il négocie par terre et par mer ; barques, bateaux , chaloupes, brigantins, le promènent sur le Tarn et la Garonne. » (1)

Le même auteur, dans son épître au poète Théon, qui habitait le bas Médoc, lui demande s'il s'y occupait du commerce et s'il y achetait à bon marché du suif, de la cire, de la poix, de la résine et du papyrus, pour les revendre bientôt à des prix exorbitants, à raison de l'augmentation qui survenait tout à coup sur ces marchandises.

Beaucoup d'objets appartenant au commerce d'approvisionnement d'aujourd'hui existaient déjà dans l'usage des habitants ; les petites huîtres de grave,

(1) Et nunc paravit triticum casco sale,
1Novusque pollet emporus.
Adit inquilin0s, rura, vicos, Oppida
Soli et sali commercio;

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