Images de page
PDF
ePub

Ajoutons avant de terminer cet article que, d'un autre côté, certains objets ont perdu aujourd'hui dans le commerce bordelais l'importance qu'ils avaient dans le XVI° et le XVlI° siècle. Ainsi, les Anciens Statuts de Bordeaux contiennent un chapitre spécial de dix articles sur les pastels en balles, ce qui prouve qu'à cette époque cette marchandise était un élément beaucoup plus considérable du commerce de notre ville qu'il ne l'est de nos jours.

L'ambre gris figurait également parmi les articles du commerce bordelais; on le trouvait fréquemment sur la côte nord et sud du golfe entre l'Adour et la Gironde et sur les bords du bassin d'Arcachon. La ville de Bordeaux a offert plusieurs fois en cadeau , aux rois et princes qui la visitaient, une pièce d'ambre gris renfermée dans une boîte en vermeil (1).

ARTICLE VII.

PRINCIPALES INSTITUTIONS COMMERCIALES CRÉÉES A BORDEAUX PEN-
DANT LEs xvI° ET xvII° sIÈCLES.

Tribunal de commerce de Bordeaux.

Cette juridiction fut établie à Bordeaux par édit du mois de décembre 1563, sous le règne de Charles IX ; le président seul prenait le nom de juge ; les autresnégociants appelés à composer le tribunal étaient nommés consuls.

Pour être nommé membre du tribunal consulaire, il fallait avoir un intérêt de 2,000 fr. au moins sur

(1) Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, p. 196. Chron. bordelaise, p. 109. •,

un navire au-dessus de 300 tonneaux et de construction française. Foires. L'importance des foires était beaucoup plus grande autrefois; cela tenait à plusieurs causes : la difficulté des communications, la spécialité presque exclusive des produits industriels de chaque pays, la suspension des priviléges de la localité, qui avait lieu en temps de foire, au grand avantage des commerçants des autres villes et des consommateurs. Les deux grandes foires de Bordeaux furent établies en 1565 par lettres-patentes du roi Charles IX, l'une au mois de mars et l'autre au mois d'octobre, pour quinze jours chacune. Ces foires étaient franches, c'est-à-dire exemptes de tout droit de convoi et de courtage à la sortie, excepté les eaux-de-vie, sel et graine de lin, qui payaient les droits de convoi, de comptablie et de courtage. Les limites de la foire pour la sortie étaient entre les deux esteys ou ruisseaux de Sainte-Croix; ce qu'on appelait le coutumas. Pour jouir du privilége de la foire, les marchandises devaient être chargées entre ces deux esteys ; ceux qui chargeaient plus haut ou plus bas devaient les droits de comptablie; avant minuit, le dernier jour de la foire, les vaisseaux ou barques devaient être hors le coutumas; ils étaient obligés de souffrir la visite des visiteurs de sortie, qui donnaient au bureau extérieur l'état de chargement de chaque vaisseau ou barque. — Après la visite, ceux qui n'avaient qu'une partie de leur cargaison pouvaient entrer dans le coutumas pour l'achever, en payant les droits des marchandises qu'ils chargeaient après foire.

Quant aux marchandises importées pour la foire, elles étaient toutes exemptes du droit de comptablie ; mais pour jouir de ce privilége, les vaisseaux et barques devaient s'arrêter jusqu'à l'heure de minuit, la veille du premier jour de la foire, plus bas que l'estey de Bis, en Médoc. Pour les bateaux qui arrivaient par le haut de la Garonne et de la Dordogne, les premiers devaient s'arrêter au-dessus du ruisseau de Saint-Martin, les seconds au ruisseau du Fleix. Les voitures chargées stationnaient aux limites de la sénéchaussée (1).

[ocr errors]

Toutes les nations de l'antiquité ont eu des lieux de réunion ayant à peu près le même but que nos bourses de commerce, collegia mercatorum. Chez les peuples modernes, leur création date en général du XVI° siècle. Celle de Bordeaux fut fondée au mois de février 1571; lieu, suivant les termes des anciens édits, qu'on appelle change, estrade ou bourse, deux fois le jour les marchands, facteurs et fabricants peuvent converser pour répondre et rendre raison les uns aux autres de leur trafic et faire les entreprises qu'ils ont par ensemble accoutumés à faire.

(1) Etat des Droits de Bordeaux.

Phare.

La tour de Cordouan, élevée sur un rocher à l'entrée de la Gironde, fut bâtie en 1584 par Louis de Foix, ingénieur du roi Henri III. C'est un des plus beaux phares mobiles qui existent en Europe; il fait sa révolution en huit minutes et présente dans cette durée huit éclats et huit éclipses. L'intensité de sa lumière est de 2,300 becs. On aperçoit le feu de Cordouan à 38 kil. La tour a 220 pieds d'élévation.

Canal.

Ce fut en 1681 qu'eut lieu l'ouverture du canal du Languedoc, qui a puissamment contribué au développement du commerce bordelais. Il est à regretter que ce travail gigantesque n'ait pas été conçu de manière à joindre réellement les deux mers pour la grande navigation; mais il a du moins multiplié sur une échelle immense les rapports commerciaux du Levant avec les contrées occidentales.

4 École d'hydrographie. Une ordonnance du mois d'août 1681 établit un cours public d'hydrographie sur la place de Bordeaux, pour l'instruction des jeunes gens destinés à la marine marchande.

Constructions maritimes.

Cette industrie avait dès cette époque à Bordeaux une réputation supérieure. Ce fut le 1er juillet 1699 que la ville fit aux constructeurs maritimes la cession temporaire du terrain bordant la Garonne au midi

de la paroisse Saint-Michel, pour y établir leurs chantiers. Messieurs les jurats, dit la Chronique, part. IV, p. 225, firent un règlement pour les places servant à la construction des vaisseaux près l'estey appelé du Bourru, joignant les places destinées pour les bois appelés vulgairement radeaux et pour les meules de moulin. Le terrain donné pour la construction des dits vaisseaux fut piqueté et limité, ensemble celui qui fut désigné pour construire deux échoppes que messieurs - les jurats donnèrent permission de bâtir aux nommés Guitard et Barthélemy, maîtres constructeurs de vaisseaux , sous les conditions portées par la dite permission, que les dits Guitard et Barthélemy ne jouiraient des dites places et échoppes qu'autant de temps qu'il plairait aux dits seigneurs jurats et qu'ils travailleraient à la construction des dits vaisseaux , avec inhibition et défense d'en construire en aucun autre endroit, sous quelque prétexte que ce fût, sans une permission expresse et par écrit des dits seigneurs, maire et jurats.

Police du port.

La police du port de Bordeaux n'a été réglementée que vers le milieu du XVI° siècle; avant cette époque, elle n'était soumise qu'à la surveillance arbitraire de quelques préposés, et on ne peut se faire une idée du désordre qui régnait dans ce port immense, si régulier, si propre et si magnifique aujourd'hui ; les vases encombraient les bords du fleuve; de loin en loin quelques cales mal construites servaient au mou

« PrécédentContinuer »