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des bougies et chandelles, et à payer le prix de 2 jetons d'argent du poids de 10 deniers, qui seront donnés à chacun des directeurs à la fin de chaque assemblée de la chambre, et d'une médaille d'or du poids de 5 louis d'or, qui sera donnée à chacun des directeurs en sortant de charge, à la fin de deux années de leur exercice, et au député au conseil de commerce, lorsqu'il cessera d'en faire la fonction, pour marque de la satisfaction qu'on aura de leurs services; et le surplus, s'il y en a, aux autres frais extraordinaires de la dite chambre; et pour l'exécution du présent arrêt, seront toutes lettres nécessaires expédiées. — Fait au conseil d'État du Roi, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le 26° jour de mai 1705. Signé : Phelipeaux. » En exécution de cette décision, les négociants notables et les juges du tribunal consulaire de Bordeaux se réunirent le 4 juillet 1705 pour procéder à la nomination des six directeurs qui devaient composer la chambre de commerce de Guyenne. Furent nommés MM. Massieu, Barreyre, Roche, Ribail, Billate et Saige, M. Raymond étant juge ou président, et MM. Comin et Brunaud , consuls du tribunal de COIIlIIlGl'CG . Dans sa première assemblée, qui eut lieu le 9 du même mois, sous la présidence de M. de Labourdonnaye, conseiller du roi, intendant de Guyenne, la chambre décida qu'une médaille devant servir comme jeton de présence serait frappée et porterait pour légende : Clarior adjunctis surget, rectoribus œdes ;

à l'exergue : Direction du commerce de Guyenne, avec le millésime : 1705, et au revers : Ludovico magno, commercii protectori. — Enfin , dans une de ses séances suivantes, la chambre de commerce ordonna qu'une médaille d'or et 100 jetons d'argent seraient offerts à Mor de Labourdonnaye, une médaille d'or à M. de Fénelon, alors député du commerce de Guyenne, et 100 jetons d'argent à chacun des directeurs. - La chambre de commerce de Bordeaux se montra immédiatement active et dévouée à ses devoirs. Placé sous cette direction régulière , le commerce de notre place prit confiance en lui-même, étudia tous ses besoins et marcha d'un pas rapide dans la voie du progrès. Il fallait d'abord chercher à amoindrir les maux inévitables de la guerre; le port de Bordeaux présenta au ministre les observations les plus fortes en faveur du commerce des neutres, et par arrêt du conseil du 18 août 1705, le roi publia un règlement général, non-seulement sur le commerce des neutres, mais encore sur les lettres de marque qui pourraient être accordées au commerce maritime des ennemis eux-mêmes. Le premier article porte que les vaisseaux suédois et danois qui viendront pendant la guerre dans les ports du royaume, à vide ou chargés seulement de mâts, planches et autres bois propres à la construction des vaisseaux, de bourdillons, bourdilles et merrains de toute sorte servant à faire des barriques, de goudron, chanvre, cuivre en masse, cuivre en rosette, feuilles et rouleaux de plaques de cui— vre rouge ou jaune, chaudrons de cuivre rouge ou jaune dégrossi seulement, mitrailles, airain, ferblanc, vitriol, couperose blanche, vitriol blanc , acier, suif, brai, cuirs en poil, fil de laiton, fil de fer, fer en barre, fer en feuilles, fer carré, graine de lin, graine de chanvre, cire jaune, miel, soufre , alun du Nord, potasses, vidasses et autres cendres , rogues, beurre et fromage de Suède ou de Holstein, noir à noircir et de fumée, et qui chargeront dans les ports du royaume et y prendront leur entière charge de sel, de vins, d'eaux-de-vie ou autres denrées et marchandises de France, seront exempts et déchargés du paiement du droit de fret de 50 sous par tOnneaUl. Le second article établit une deuxième catégorie de marchandises, telles que agnelins ou laines de Pologne et autres laines grossières des pays du Nord, ambre jaune, amidon, arsenic ou autres grains, gruau, azur, céruse fine ou blanc de plomb, colle de poisson, cornes à lanterne, crayon de mine, crin, laiton noir ou gratté, légumes de toutes sortes, lin, litharge, or ou argent, mine de plomb ou minières, ocre rouge, pelleteries du Nord , plumes à écrire ou

à faire lits, duvet de toutes sortes, stockfish, saumons

salés ou fumés, vaches de Russie , vermillon , caboches ou têtes de clous, limes, alènes, poinçons et autres semblables outils, verre cassé, marcassite et verre de montagne ; à la charge par les vaisseaux danois et suédois de payer, outre les droits d'entrée ordinaires, le droit de fût, et à condition pareillement de charger dans les ports où ils arriveront des vins, eaux-de-vie, denrées et marchandises du royaume dont la sortie est permise, au moins pour la valeur des marchandises ci-dessus exprimées, sur le pied de ce qu'elles valent et se vendent en France. Par l'article 5, l'arrêt du conseil établit le système des passeports pour les vaisseaux ennemis; il porte que les vaisseaux hollandais en faveur desquels il aura été expédié des passeports pour venir charger dans les ports de France des vins, des eauxde-vie, des denrées et marchandises dont la sortie est permise, pourront, conformément aux dits arrêts du conseil , apporter les marchandises exprimées dans les dits arrêts, savoir : azur, colle de toutes 'sortes, bois de teinture, garance, poil de sanglier, fromage, rogues, borax , bois de buis, goudron , bourdillon, bourdille et toutes autres sortes de bois servant à faire des barriques et futailles, en payant le droit de fret et les droits d'entrée ordinaires, et à la charge que les dits vaisseaux hollandais et autres vaisseaux ennemis en faveur desquels il aura été expédié des passeports, chargeront dans les ports où ils arriveront des marchandises ou denrées du royaume au moins pour la valeur de celles des marchandises ci-dessus exprimées qu'ils auront apportées, sur le pied de ce qu'elles valent et se vendent en France. On voit que cette décision était de la plus haute importance pour le commerce de Bordeaux. Grâce aux nombreux passeports qui en furent la suite, notre port reprit une certaine activité commerciale. Cette mesure était un honorable progrès, qui devrait avoir conduit depuis longtemps à borner les actes de la guerre aux combats des forces militaires et à laisser complètement en dehors les intérêts particuliers du commerce. Malheureusement, les luttes qui se sont succédé depuis plus d'un siècle ont plutôt élargi et reculé les limites des cruautés de la guerre ; espérons que l'avenir fera triompher des principes plus dignes de l'humanité. L'étude et la direction des divers intérêts de la place n'étouffaient pas à Bordeaux les sentiments d'un vrai patriotisme; en l'année 1711, les négociants bordelais armèrent par souscription la frégate la Nymphe, de 40 canons; ce vaisseau croisa pendant toute la guerre, depuis Cordouan jusqu'à l'embouchure de la Loire; il soutint glorieusement plusieurs combats, fit des prises considérables et rentra dans le port après avoir honoré le pavillon français. La paix d'Utrecht fut signée le 11 avril 1713. Heureux d'échapper aux dangers immenses qu'avait couru son royaume, Louis XIV subit la condition honteuse de combler le port de Dunkerque, et la France perdit l'Acadie et Terre-Neuve, c'est-à-dire ce qui pouvait assurer le développement de notre grande pêche. Les Anglais, victorieux, stipulèrent sans détour la suprématie de leur commerce et le dégagèrent de toute entrave, même des moyens de garantie établis dans certains ports. Ainsi, en ce qui regarde

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