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L'article 1" porte que les armements des vaisseaux destinés pour les îles et colonies françaises seront faits dans les ports de Calais, Dieppe, le Havre, Rouen, Honfleur, Saint-Malo, Morlaix, Brest, Nantes, La Rochelle, Bordeaux , Bayonne et Cette.

D'après l'article 3, toutes les denrées et marchandises, soit du crû ou de la fabrique du royaume, même la vaisselle d'argent ou autres ouvrages d'orfévrerie, les vins et eaux-de-vie de Guyenne ou autres provinces, destinés pour être transportés aux îles et colonies françaises, sont déclarés exempts de tous droits de sortie et d'entrée, à l'exception de ceux dépendant de la ferme générale des aides et domaines.

L'article 19 est conçu en ces termes :

« Les marchandises ci-après spécifiées, provenant des îles et colonies françaises et destinées pour être consommées dans le royaume, paieront à l'avenir pour droits d'entrée dans les ports désignés,

» Savoir : Les moscouades ou sucres bruts, 2 liv. 10 sous le cent pesant, dont 33 sous 4 deniers au fermier du domaine d'Occident et 16 sous 8 deniers au fermier général des cinq grosses fermes.

» Les sucres terrés ou cassonades, 8 liv. le cent pesant, dont 2 liv. au fermier du domaine d'Occident et 6 liv. au fermier général des cinq grosses fermes.

» L'indigo, 100 sous le cent pesant.

» Le gingembre, 15 sous le cent pesant.

» Le coton en laine, 30 sous le cent pesant.

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» Le rocou, 2 liv. 10 sous le cent pesant. » La casse, 1 liv. le cent pesant. » Le cacao, 10 liv. le cent pesant. » L'écaille de tortue, 7 liv. le cent pesant. » Les cuirs secs et en poil, 5 sous la pièce. » La totalité des droits sur les dites neuf dernières espèces de marchandises devait être levée au profit du fermier général des cinq grosses fermes. Enfin , les articles 15 et 30 règlent le droit d'entrepôt et font cesser toute équivoque à cet égard. Le premier déclare que toutes les marchandises et denrées de toutes sortes du crû des îles et colonies françaises pourront, à leur arrivée, être entreposées dans les ports dénommés; au moyen de quoi , lorsqu'elles sortiront de l'entrepôt pour être transportées en pays étrangers, elles jouiront de l'exemption des droits d'entrée et de sortie, même de ceux appartenant au fermier du domaine d'Occident, à la réserve des 3 p. 100 auxquels elles seront seulement sujettes. Le second de ces articles établit que les magasins servant à l'entrepôt des marchandises et denrées du royaume destinées pour les colonies et de celles dites coloniales, seront choisis par les négociants, à leurs frais, et fermés à trois clefs différentes, dont l'une sera remise au commis du fermier des cinq grosses fermes , l'autre au commis du fermier d'Occident, et la troisième entre les mains de celui qui sera préposé à cet effet par les négociants. Grâce à ces mesures, les affaires prirent un nouveau développement.

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Jetons maintenant un coup d'œil attentif sur leur chiffre et leur nature. Le premier tableau complet du commerce maritime de Bordeaux qui se trouve dans les archives de la chambre de commerce, est de 1717. L'exportation s'y élève dans son ensemble à une valeur de 8,044, 181 liv., savoir : 1° Pour l'Angleterre, 1,386,797, sur lesquelles 3,500 barriques eau-de-vie à 65 liv. la barrique, et 6,000 tonneaux de vin de 105 à 180 liv. le tOnneau. ©. 2° Pour la Hollande, 4,489,236 liv., où sont compris 34,075 tonneaux de vin à 18, 28 et 30 écus le tonneau, et 1,920 barriques d'eau-de-vie à 60 liv. la barrique. 3° Pour le Nord, comprenant les villes anséatiques, le Danemarck et toute la Baltique,828,857 liv., dont 1,920 barriques eau-de-vie à 60 liv. la barrique, et 6,500 tonneaux de vin de 28 à 30 écus. 4° Pour l'Espagne, le commerce maritime était à peu près nul avec cette nation : un seul caboteur avait paru devant Bordeaux en 1717, apportant une cargaison d'huile et repartant sur lest avec 4 barriques d'eau-de-vie et 15 tonneaux de vin. 5° Pour les îles françaises d'Amérique, 1,337,655 livres, où nous devons remarquer 2,703 barils farine à 15 liv. le baril ; 9,322 boisseaux farine à 7 liv. 10 sous le boisseau ; 1,041 barriques eaude-vie à 55 liv. la barrique; 4, 125 tonneaux de vin de 80 à 100 liv. le tonneau. On voit dans cet état

que Bordeaux envoyait encore à cette époque du café d'Orient dans les colonies ; on y voit figurer GIl effet 1, 115 liv. de café à 2 liv. 10 sous la livre. Quant à l'importation à Bordeaux, elle présente, dans cette même année , une valeur totale de 4,735, 155 liv., comme suit : 1° D'Angleterre, 543,624 liv. chanvre, fer, froment, beurre. 2° De Hollande, 1,684,228 liv., où l'on trouve 254,830 liv. fromage à 25 liv. le quintal, et 1 million 281,185 liv. garance à 45 liv. le quintal. 3° Du Nord, 331,564 liv. planches, merrain, cuivre, fer, etc. 4° D'Espagne, 79,539 liv. huile, cochenille, fer en barre. - 5° Des îles françaises d'Amérique, 2,096,198 liv., soit sucre à 20, 26 et 36 liv. le quintal: indigo à 3 liv. 12 sous la livre, coton à 80 liv. le quintal ; cacao à 8 sous la livre. En résumé, l'exportation étant de 8,044,181 liv. tournois, et l'importation de 4,735,155 liv. , Bordeaux restait créancier pour solde d'une somme de 3,309,025 liv. Les droits d'entrée et de sortie étaient à peu près en France ce que nous les avons vus dans le siècle précédent; toutefois, en 1717, le roi retira le droit de 4 sous par livre sur le vin, ce qui réduisit les | droits de sortie de 20 liv. à 16 liv. 19 sous. | Il existait , en outre, sous le nom de droit du domaine d'Occident, une perception de 3 /, p. 100 sur la valeur de toutes les marchandises coloniales à leur entrée dans le port et calculée sur les prixcourants établis par semestre. La correspondance nombreuse, conservée aux archives, entre la chambre de commerce et M. Bachelier, directeur général des fermes du roi, prouve combien l'assiette de ce droit présentait d'incertitude et de difficultés. Chaque chargement partant de Bordeaux était également soumis au paiement d'un droit qu'on appelait le chapeau de maître. Cette gratification, appartenant au capitaine, était modérée dans le principe et ne dépassait pas le prix du fret d'un tonneau ; mais pendant la guerre, les bâtiments neutres, se trouvant maîtres du commerce, portèrent le droit du chapeau de maître à un prix exorbitant. Un arrêt de 1712 le réduisit toutefois à 1 liv. 10 sous par tonneau. Quant aux droits étrangers, la guerre des tarifs marchait dans une progression malheureuse, surtout avec les Anglais; les droits d'entrée en Angleterre, sur les vins français, étaient alors de 55 liv. sterling par tonneau, soit 1,375 liv. Dans le traité d'Utrecht, le gouvernement anglais persista dans le maintien de ce tarif; de son côté, la France maintint le sien sur les étoffes anglaises et continua la prohibition des marchandises venant des Indes. Cependant ces entraves de détail ne purent arrêter la force ascendante du commerce bordelais. Sous l'influence de la paix, des mesures législatives et du progrès colonial, il prit un développement rapide; en 1724, son mouvement avait à peu près doublé;

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