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d'eau-de-vie qui ont consommé huit fois autant de vin pour le moins, c'est-à-dire 240,000 barriques, qui font 60,000 tonneaux, et encore les barriques qui contiennent cette eau-de-vie, le bois qui a été brûlé, le salaire des ouvriers qui ont été occupés; le prix de tout va à une somme fort haute, sur laquelle bien des gens ont gagné; elle monte à 100 liv. par barrique, soit 2,500,000 liv., dont la moitié a été consommée en dépenses, soit 1,250,000 liv. Le | vinaigre chargé pour l'étranger va à 400 tonneaux, qui ont coûté, pour frais de culture, autant que du vin, c'est-à-dire près de 25 liv. par tonneau , ou 10,200 liv. Le prix de la vente à 100 liv. par tonneau monte à 40,000 liv., dont, distraction faite des frais de culture , il reste 20,000 liv. ; on a distrait ici le prix des barriques, parce qu'on emploie pour . le vinaigre des barriques vieilles qui coûtent moitié moins que les neuves. » En Angleterre, on fait une petite consommation des vins de Guyenne, même ce n'est que des grands vins, ainsi appelés par leur qualité et par leur prix ; car il y en a qui se vendent depuis 400 liv. jusqu'à 1,600 liv., et 2,000 liv. le tonneau; mais de ceux-ci la quantité est médiocre, à cause des droits excessifs d'entrée, ce qui fait même que les Anglais ne peuvent prendre que des vins de haut prix ; mais comme il · n'y a que très-peu de droits sur les vins de Portugal, ils y prennent une certaine quantité, et ils tirent des sucres blancs, de l'or et de l'argent en matière et en monnaie, des toiles, des sels et des fruits autant qu'il

en faut pour couvrir le grand nombre de draperies, de toiles et autres marchandises qu'ils envoient en Portugal et au Brésil. Ce commerce doit un jour ruiner le Portugal aussi bien que l'Espagne et l'Italie, où les Anglais prennent peu de vin. , » Les seconds vins se débitent en Écosse et en lrlande , d'où il revient en retour du bœuf salé, du beurre et du suif. - » La Hollande consomme quelque peu de ces sortes de vins; le plus grand nombre est des vins blancs de côtes; appelés d'Entre-deux-Mers , et de Preignac, de Barsac, de Langon, etc. ; mais surtout des vins de Bergerac et de Sainte-Foy, sur la rivière de Dordogne. » Hambourg et le Nord prennent des vins rouges de palus, avec des blancs de même espèce que les Hollandais. Les vins de Naples ne sont guère connus à Hambourg; on y boit du vin du Rhin, et le commun peuple boit du vin de Bordeaux. » Les vins de palus se débitent en Hollande, dans le Nord et dans les îles françaises; quand ils se trou· vent bons, ils ne manquent pas de débit; le pays bordelais en consomme beaucoup, soit pour la boisson, soit pour le mélange avec des vins moins couVertS, » On a dit souvent qu'il y avait trop de vin dans la province, et on le sent bien par le bas prix où il est; car ce n'est pas le défaut de consommation qui fait baisser ce prix, puisqu'il s'y consomme plus de vin qu'auparavant; ou qu'étant égal, il y reste encore du vin plus qu'on en peut consommer; le défaut vient donc de la plus grande quantité qu'il y en avait avant qu'on ne plantât tant de vignes. Les plantations faites depuis vingt ans égalent toutes celles qui étaient faites auparavant. Les récoltes trop abondantes se touchent de trop près; on avait été excité à planter, parce que les vins ont été pendant quelque temps un revenu solide. Aujourd'hui, la trop grande quantité fait rabaisser la denrée; ainsi, un tiers moins de vignes rendrait riche la province , au lieu que ce tiers de trop la ruine. Pour nos vins, il ne faut pas craindre que l'étranger les abandonne : 1° parce qu'ils sont de la qualité la plus estimée par eux ; 2° parce que l'étranger en retire des droits pour l'État; 3° parce qu'il travaille avec nos vins et fait travailler beaucoup d'artisans; 4° parce que les vaisseaux gagnent beaucoup par le fret; car le fret étant à 1 pistole par tonneau, c'est 500,000 liv. pour 50,000 tonneaux. » Pour les eaux-de-vie, il est certain que celles de grains que fait l'étranger a fait en partie tomber les nôtres. On ne saurait l'empêcher; mais il ne pourrait se passer des eaux-de-vie de vins pour les riches, pour les remèdes et les plaies; il n'y a que le peuple qui puisse user de celles de grains pour la boisson. » Au reste , la consommation de nos vins n'est pas moindre chez l'étranger qu'auparavant, puisqu'on y envoie plus de vins qu'on n'en envoyait depuis vingt ans : il en prendrait peut-être plus si on lui permettait en France l'entrée de ses manufactures et de ses

marchandises; mais telles manufactures ruineraient la France, et cette proposition n'est bonne que pour la seule Guyenne, dont la manufacture est en vins.

» DES AUTRES DENRÉES DE LA GUYENNE.

» Prunes.—On en charge depuis 15 à 20,000 barriques, chacune de 4 à 5 quintaux, et cette partie monte jusqu'à 300,000 liv. » Miel. On fait état de 2 à 300 tonneaux, ou 12 à 1,800 tierçons, laquelle partie va encore à 300,000 liv. » Graine de lin. On en charge à Bordeaux de 3 à 4,000 sacs, et à Libourne jusqu'à 8,000. Cette partie, à 6 liv. par sac, monte à 24,000 écus. » Résine. — On en envoie de 100 à 150 milliers, qui ont coûté 300,000 liv. » Térébenthine. — 30 à 40 tonneaux, 30,000 liv. » Huile de térébenthine. —30 à 40,000 tonneaux, 40,000 liv. » Safran. 40 à 50,000 tonneaux, 15,000 liv. » Savon de Bordeaux. — 1,000 caisses, 100,000 livres. » Papier. — 3,000 balles, 300,000 liv. » On observera que le prix de ces marchandises hausse et baisse tous les ans, et que les commis du bureau des fermes surchargent les denrées de certains droits qui reviennent à leur profit, indépendamment de la ferme, ce qui charge trop le commerce. Tels sont les droits d'acquêts ou de signature, les 40 sous par tonneau qu'on exige pour les billets

qu'on leur rend lorsqu'on ne peut les employer, et bien d'autres prétendus droits qui dégoûtent les commerçants et surchargent leur commerce.

» DENRÉEs DEs ILEs FRANçAIsEs.

» Le commerce des îles de l'Amérique forme, pour ainsi dire, une nouvelle marine en France par le nombre des vaisseaux qu'on bâtit pour les y envoyer, et par le grand nombre de maîtres, de pilotes et de matelots qui s'y forme. Il est aussi un grand débouché pour les denrées de la province de Guyenne, qui envoie dans ces îles des vins rouges, peu de blancs, des eaux-de-vie, du vinaigre, des farines, du bœuf salé, des cochons salés, des produits manufacturés de France, comme draps, toiles, chapeaux, souliers, bas, instruments et meubles, chaudières pour le sucre, harnais de chevaux, papier, livres, etc., etc. Les marchandises en retour sont : sucre , indigo , gingembre, bois de teinture, sirops, confitures, cotons, cafés, cacao.

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» On commence à produire beaucoup de cafés dans les îles. Celui qui arrive à Bordeaux est enlevé, en grande partie, pour l'étranger; il s'en faut pourtant bien qu'il vaille celui du Levant , dont le grain est plus petit, plus verdâtre et plus aromatique; mais on peut espérer que ces insulaires connaîtront les défauts de leur culture et de leurs apprêts, et qu'en faisant plus mûrir et plus sécher le café, ils lui ôte

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