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perd toute confiance. Le commissaire de la marine devrait se tenir dans les termes de l'ordonnance et laisser les négociants agir librement.

» DES MANUFACTURES ÉTRANGÈREs.

» On a remarqué qu'il n'y a que la province de Guyenne à qui on peut permettre l'entrée des manufactures d'Angleterre, ce qui lui procurerait un plus grand débit de ses vins; mais comme ces manufactures, entrées par les ports de la Guyenne, iraient dans les autres provinces de France en ruiner les manufactures, on ne peut bien en permettre l'entrée ni l'usage. On sait que pour le général du royaume, les manufactures anglaises gagnaient sur nos denrées 22 millions de livres. Pour régler cet excès et parvenir à une égalité de commerce, il fut arrêté, par un article du traité de paix d'Utrecht, que les puissances respectives feraient des assemblées; elles furent faites à Paris et à Londres; mais on n'y convint de rien, et on rejeta les propositions de part et d'autre : les Anglais ne voulurent pas permettre la sortie de leurs laines en rames; les Français ne voulurent pas recevoir les draps d'Angleterre.

)) DE LA COMPAGNIE DES INDES.

» La compagnie des Indes peut seule soutenir tout le commerce des Indes en France; elle est assez puissante pour fournir au royaume tout ce qui lui est nécessaire, sans crainte de tomber par les faillites ·ou les pertes; mais il est vrai que depuis ce grand

établissement le commerce s'énerve et languit; il ne paraît pas convenable au bien général qu'un certain nombre de marchands fassent tout le profit du commerce à l'exclusion d'un nombre infini d'autres qui n'osent rien entreprendre.

» DE L'ARGENT NÉCESSAIRE A LA PROVINCE DE GUYENNE POUR LA CULTURE DES TERRES ET LE COMMERCE.

En Hollande , où il n'y a point de denrées à vendre , la sortie de l'argent est permise comme une marchandise; cet État a d'autres moyens pour faire venir de l'argent : le crédit de sa banque, qui surpasse peut-être la valeur intrinsèque ou le nombre réel des matières; mais en France, nous avons beaucoup de denrées produites par nos terres, et nous avons à vendre toutes les denrées excédant la consommation; il faut donc de l'argent pour les acheter toutes, afin que les propriétaires puissent continuer la culture de leurs terres, bâtir des maisons, entre-. tenir leurs factures, avoir des habits et leur nourriture, élever leurs enfants, payer les subsides et les charges; il s'ensuit que dans un État plein de denrées qu'il produit, l'argent doit être en proportion avec les denrées. De cette proportion , il suit que l'abondance ou la disette des denrées doit faire hausser ou baisser le prix de l'argent, et que c'est l'abondance ou la disette d'argent qui feront baisser ou hausser le prix des denrées : la règle est vraie. Pour juger à présent de la quantité d'argent nécessaire à la province, il n'y a qu'à prendre , comme terme de

| comparaison , la denrée la plus abondante, et se rendre compte de la valeur et des frais de culture. On charge chaque année, dans notre port, 50,000 tonneaux de vin, lesquels, à 100 liv. par tonneau, l'un portant l'autre, produisent 5,000,000 de liv. Chaque tonneau a coûté, pour la culture et les barriques, | 50 liv. ; le produit des frais est de 2,500,000 liv., et les droits de bureau, à 20 liv. par tonneau, 1,000,000. » Il est consommé dans le pays, pour le moins, un égal nombre de tonneaux de vins qui se vendent en détail 5,000,000, et qui coûtent, pour la culture et les barriques, 2,500,000 liv.; d'où il suit que, pour la récolte totale, 5,000,000 sont avancés pour la culture et les tonneaux, et 10,000,000 pour l'achat des vins. » Ajoutons le prix des eaux-de-vie, qui ont consommé beaucoup de vin, ainsi que nous avons vu . dans le premier article, et le prix des autres denrées; le tout monte bien encore à 5,000,000 de livres, dont il faut distraire les prix de culture, qui doivent s'élever à 2,500,000 liv. environ. En résultat, le prix total des denrées étant de 15,000,000, et les frais avancés de 7,500,000 liv., on voit qu'il faut, pour la vente des denrées et l'avance des frais, un capital de 22,500,000 liv. dans la province de Guyenne. » On dira qu'il y a assez d'argent, mais qu'il ne circule pas parce qu'il est tout entre les mains des receveurs du domaine, qui le font valoir par lettres dont ils retirent de gros bénéfices Ils sont les maîtres de le resserrer et de le rendre rare pour le vendre plus cher ; mais c'est tout de même que s'il n'y avait point d'argent, car il ne circule pas dans les mains des marchands, ils ne peuvent acheter les denrées, et s'ils ne l'ont qu'à gros intérêt, la denrée tombe de prix, car alors l'argent est trop cher par sa rareté; de là, le peuple tombe dans la nécessité, parce qu'il ne vend qu'à bas prix ses denrées. » Il serait nécessaire que les remises des revenus du roi à Paris ne se fissent qu'en lettres de marchands, alors l'argent circulerait dans le commerce. Il serait

| convenable que les receveurs ne gardassent point

d'argent dans leur caisse, et qu'à mesure qu'ils l'enlèvent et reçoivent, ils l'employassent en lettres de change sur Paris; ils trouveront toutes les lettres sur la place de Bordeaux à deux usances et au pair, c'est-à-dire sans qu'il en coûte rien au tireur, d'autant plus que les fermiers généraux accordent 1/2 pour 100 aux receveurs pour leur remise. Par ce moyen , il y aurait une circulation continuelle de l'argent au lieu de cette rareté qu'on voit souvent et qui ruine le commerce et les propriétaires des denrées, qui deviennent pauvres même par l'abondance et la fertilité. »

Avant de terminer cette première partie, nous devons encore mentionner quelques détails.

Le nombre des navires chargés annuellement dans notre port avait considérablement augmenté depuis vingt ans. En 1740, il présentait l'effectif suivant :

De Hollande.. . . . . . 350 navires.
Hambourg. .. . . . . . 55
Lubeck . . . . . . . . . 22
Dantzick. . . . .. . . . 17
Bremen . . . . . . . . . 1 4
Rostock . . . . .. . . . 3
Husum. . . )

Hombourg. pour tous 12
Treptow . \

Pétersbourg.. . . . . . 3
Suède . . .. . . . . . . 17
Stettin (Poméranie). . 4
Angleterre.
Écosse . . .) . . . . . . 200 petits navires.
Irlande. . .
Dunkerque . . . . . . . 17
Côtes de France. . . . 37
Bretagne. .
- - - - - - 350 barques.
Rouen . . .
Navires bordelais pour
l'Amérique. . . . . . 165 de 120 à 250 tonn.

Louisiane . . . . . . . . 2
Guinée. . .. .. .. . . 3

1,268

Une centaine de navires hollandais fréquentaient alors le port de Libourne; ils venaient y charger, année moyenne, 15,000 tonneaux de vin et 8 à

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