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OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. V

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— le mouvement considérable d'entrepôt, de commission et de revente, conséquence forcée de ses relations maritimes. L'histoire du commerce de notre ville est donc principalement le récit de la marche et des péripéties de ces trois éléments à travers les siècles.

Nous avons essayé d'être toujours clair et précis. Considérant surtout le commerce de Bordeaux dans les actes et les événements principaux de son existence, plutôt que dans la statistique complète de son mouvement, nous évitons les détails inutiles et les notes nuisibles à la clarté, sans méconnaître néanmoins l'obligation d'indiquer nos preuves.

Toutefois, quelques points de notre travail nous ont paru nécessiter la communication de plusieurs documents d'une certaine étendue : le récit ne peut pas toujours remplacer les chiffres; en matière historique surtout, il est bien des circonstances où l'analyse ne pourrait faire sentir qu'imparfaitement la nature et l'importance d'un texte ; les commerçants trouveront probablement dans ces travaux anciens un intérêt et des rapports que nous aurions pu n'y pas apercevoir.

Au milieu de cette étude longue et difficile, l'espoir d'obtenir l'approbation du commerce nous a soutenu. « Ce n'est pas seulement par goût, dit un auteur célèbre, c'est par devoir, c'est par besoin, que tous les citoyens doivent accueillir, provoquer même la promulgation des connaissances, soit théoriques, soit pratiques, sur le COIIlIIleI'CG . ))

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Enfance vigoureuse du commerce bordelais. — Gouvernement patriarcal des tribus. — Principe fécond de la liberté des échanges.

Les premières opérations de commerce sur le fleuve la Gironde et ses affluents paraissent antérieures à la fondation de Bordeaux. On lit, en effet, dans les Commentaires de César, que le jeune Brutus eut le commandement de la flotte romaine et des vaisseaux gaulois qu'on avait fait venir des ports Santones (1) , (Saintonge) avec ordre de s'avancer au plus tôt contre les Vénètes; d'où il faut conclure qu'il y avait déjà dans ces quartiers de la Gaule un commerce maritime que devaient alimenter les riches produits arrivant par la Garonne et la Dordogne. Or, il est reconnu que Bordeaux n'existait pas à cette époque de la conquête romaine, du moins à l'état de ville ; c'est l'opinion générale des historiens (1). On ne concevrait pas, en effet, que César, si exact à nommer toutes les cités gauloises qui se soumirent aux Romains après la victoire de Crassus, et notamment Tarbes, Bigorre, Pau, Auch, etc., n'eût pas fait mention de Bordeaux, si cette ville eût existé (2). Il faut donc admettre avec Dom Devienne, que les premiers fondateurs de Bordeaux furent les débris des tribus gauloises du Berry vaincues et dispersées par César, Bituriges Cubi, qui prirent le nom de Bituriges Vivisci (3). Lorsque ces peuplades malheureuses se furent établies sur la rive gauche de la Garonne, ce fleuve était loin d'avoir, devant la cité naissante, l'aspect qu'il présente aujourd'hui : la rivière la Devise formait à son embouchure un bassin d'une assez vaste étendue (1); un peu plus loin, vers le midi, le ruisseau le Peugue coulait dans la même direction. Au milieu de ces cours d'eau, au centre de marais immenses qui la défendaient de toutes parts et sur un terrain légèrement incliné du couchant au levant, s'élevait la ville gauloise avec ses murs de pierres brutes entremêlées de fortes poutres croisées (2), et ses maisons d'osier et de planches surmontées de leurs toits en forme de coupole (3). A quelques pas, la Garonne, libre dans ses rives naturelles, inondait à chaque marée tous ces terrains d'alluvion, garnis aujourd'hui de riches cultures (4); des îles élevaient au milieu du fleuve leur nature variée (5), et les hauteurs qui terminent le paysage, au levant, étaient couvertes d'anciennes forêts de chênes et de cyprès (6). Tel est le tableau qu'offrait la nouvelle cité des Bituriges; mais elle dut prendre un développement

(1) Brutum adolescentem classi Gallicisque navibus, quas ex Pict0

nibus et Santonis, reliquisque pacatis regionibus convenire jusserat, praeficit; et quum primum posset, in Venetos proficisci jubet.

(Caesaris Commentaria, De Bello gallico, liv. III.) (1) Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, dissert. prélim.

| 2 HIsToIRE DU CoMMERCE

(2) Hâc auditâ pugnâ, maxima pars Aquitaniae sese Crasso dedidit, obsidesque ultro misit : quo in numero fuerunt Tarbelli, Bigerriones, Preciani, Vocates, Tarusates, Elusates, Garites, Ausci, Garumni, Sibutzates, Cocosatesque. (Cœs. Comm., De Bello gallico, liv. IIl.)

(5) L'origine biturige de Bordeaux ne peut pas être contestée : on lisait sur un ancien autel, trouvé lors de la démolition des Piliers des Tutelles : Augusto sacrum et genio civitatis Bituricum Viscorum.

Ausone, né à Bordeaux, nous apprend qu'il tirait son origine de la na-

tion vivisque : Haec ego viviscâ ducens ab origine gentem. — Saint-Isidore, dans des étymologies, Vinet, dans ses notes sur Ausone et Auteserre, pensent que les Bituriges-Vivisques étaient une colonie des Bituriges-Cubi : Scimus Bituriges Viviscos à Biturigibus Cubis, Gallica gente, profectos. (Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, dissert. prélim.)

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(1) Strabon, Géographie, liv. IV. (2) Muris autem omnibus Gallicis haec ferè forma est : Trabes directae perpetuae in longitudinem, paribus intervallis, distantes inter se binos pedes, in solo collocantur hae revinciuntur introrsùs; et mult0 aggere vestiuntur. (Cœs. Comm., De Bello gallico, liv. VII.) (5) Hoffmann, Hist. comm., trad. Duesberg, p. 511. (4) On a trouvé, au pied de la côte du Cypressat, de gros anneaux de fer auxquels on attachait les navires. (Dom Devienne, Hist. de Bordeaux, dissert. prélim.) (5) Insula Marthoguas quae est inter Burdigalam, et Laureum mOntem . (Arch. de Saint-André.) (6) Bordeaux avait en perspective, au delà de la rivière, une forêt de Cyprès qui couvrait les hauteurs qui la dominent. (Ausone, idylle VIll. )

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