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Ce traité détruisait en principe la prohibition de tous produits manufacturés anglais, et la remplaçait par des droits d'entrée d'une modération relative. Ainsi, les tissus de coton, y compris les mousselines, les draps, la quincaillerie, la mercerie, la faïence, la poterie, etc., etc., furent taxés, à leur entrée en France, à 12* p. 100 , ad valorem; la sellerie , à 15 p. 100. Ce droit fut adopté comme présentant une protection suffisante à l'industrie nationale, sans cependant rendre impossible le commerce anglais. L'entrée des marchandises anglaises n'était permise que par les ports de Bordeaux, Calais, Boulogne, le Havre, Rouen, Saint-Malo, Nantes, La Rochelle et Cette. En échange, les vins français, qui payaient à leur entrée en Angleterre 7 schellings 10 pence par gallon, c'est-à-dire 2 fr. 17 cent. par litre, furent taxés à 4 schellings 6 pence par gallon , soit 1 fr. 33 cent. par litre; et la parfumerie , la soierie, la ganterie, la tabletterie , les fleurs artificielles, les batistes, les blondes , les dentelles, et en général tous les objets de mode parisienne, furent considérablement allégés. Il faut reconnaître néanmoins que ces corrections étaient encore insuffisantes, notamment en ce qui regarde nos liquides, puisque le droit d'entrée sur - nos vins s'élevait à 1,295 fr. par tonneau, ce qui rendait impossible l'exportation de nos vins ordinaires de grande consommation; mais le trésor anglais ne pouvait se soumettre qu'à des réformes progressives, et il est évident que l'amélioration fut sensible pour nous. Ainsi, dès la seconde année du traité, en 1787, la consommation des vins de Bordeaux en Angleterre s'éleva à 2,127 tonneaux, lorsque, l'année précédente, elle se trouvait réduite à 480 tonneaux. On voit encore que la consommation de tous les vins français en Angleterre fut, en 1790, dê 29, 181 tonneaux, au lieu de 15,542 tonneaux, chiffre de 1784.

Ce traité fut donc un véritable bienfait, malgré les imperfections qu'on peut lui reprocher; il consacrait, pour la première fois en Europe, le principe de la liberté commerciale. Quelle immense prospérité serait la nôtre aujourd'hui, s'il eût continué à fonctionner depuis près d'un siècle !

La situation générale du commerce de notre port, de 1786 à 1790, est parfaitement établie dans un mémoire manuscrit fait, en 1799 , par le bureau consultatif du commerce. En voici les points principaux :

(( NAVIGATION.

» On évaluait, comme nous l'avons déjà vu, de 280 à 300 le nombre des navires que la ville de Bordeaux employait au commerce de l'Amérique et de la côte d'Afrique; leur grandeur était de 300 à 600 tonIl68lU1X . - » Il arrivait tous les ans, à Bordeaux , de 600 à 650 bâtiments étrangers , et tous ces navires en . repartaient avec des chargements complets de vins, eaux-de-vie, sucres, cafés, indigos, sirops, mélasses, prunes, etc., etc.

» De 1,500 à 2,000 caboteurs environ, de 40 tonneaux en moyenne, opéraient alors le transport des vins, blés, poissons et autres denrées, entre Bordeaux, la Bretagne et les ports de la Manche. De 100 à 150 caboteurs, de 25 tonneaux en moyenne, fréquentaient les ports de Libourne, de Blaye et de Bourg.

» COLONIES D'AMÉRIQUE.

» Les chargements pour nos îles s'élevaient annuellement, en moyenne, à une valeur de 52,500,000 livres.

» Les retours à une valeur de 87,625,000 liv., savoir : 28,875,000 liv. en café, 50,000,000 liv. sucre , 6,000,000 liv. coton, 400,000 liv. cacao, 3,750,000 liv. en indigo, et 100,000 liv. environ en bois de campêche et d'acajou , rocou, liqueurs, confitures, gingembre, etc., etc.

)) ESPAGNE ET PORTUGAL.

» Bordeaux avait des relations avec l'Espagne et le Portugal pour les laines, les indigos, la cochenille, les fruits, les vins-liqueurs et les piastres nécessaires pour le commerce de l'Inde; on y exportait des draps, des toiles, des farines, et même des sucres.

» Par le canal du Languedoc et la mer Méditerranée, Bordeaux expédiait des sucres et des cafés à Gênes, à Venise, à Trieste et à Naples. .

)) NATIONS DU NORD.

» Les rapports de la ville de Bordeaux avec les nations commerçantes du Nord sont très-anciennes ,

comme nous l'avons vu; ils étaient immenses au moment dont nous nous occupons, et s'étendaient depuis la Hollande jusqu'à Archangel, au fond de la mer Blanche; il n'y avait pas de ville maritime, dans toute cette vaste étendue, où le commerce des Bordelais n'eût pénétré; notre place y expédiait, pendant six mois de l'année, des vins, des eaux-de-vie, des cafés, des sucres, des indigos, des prunes, des liqueurs, des fruits confits de toute espèce. Cette exportation s'élevait, année commune, à une valeur de 75,000,000 de livres, qui nous était payée en blé, seigle, fer, cuivre, plomb, quincaillerie, laines, cire, chanvre, goudron, merrain, planches, mâtures, bois de construction , suif, et le solde en numéraire ou lettres de change sur la Hollande, sur Hambourg, sur Londres ou sur d'autres places étrangères.

» ILES DE FRANCE ET DE LA RÉUNION , INDES.

» Depuis 1767, époque où le commerce des Indes était redevenu libre , les armateurs de Bordeaux avaient commencé à s'adonner à ce commerce , et il serait devenu très-considérable; mais il fut à peu près abandonné par notre place, en 1786, lorsque le privilége exclusif de ce commerce lointain fut accordé de nouveau à une compagnie. - · s

» ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.

» Depuis l'indépendance de l'Amérique anglaise, la ville de Bordeaux avait établi des liaisons de commerce avec les États-Unis; elle y trouvait un débouché de ses vins, de ses eaux-de-vie, de ses prunes, de ses liqueurs et de ses confits; ce pays était déjà un entrepôt considérable des fabriques de France ; nous recevions en échange des riz, des tabacs, des cotons, des merrains et des farines. Cette navigation devint florissante, et continua à l'être pendant les premières années de la guerre. Ces rapports nous procuraient même l'avantage de faire avec sécurité un commerce indirect avec nos colonies ; nos navires ne faisaient, en effet, que toucher à New- York, à Boston, à Charleston, à Baltimore, à Philadelphie, où ils changeaient leurs expéditions; et de là, faisant route pour nos colonies, ils en revenaient avec une cargaison de retour, se rendaient dans les mêmes ports des Étas-Unis, et y prenaient de nouvelles expéditions pour les ports de France. Malheureusement , cette situation ne put durer après la déclaration de guerre faite par la France aux Anglais en 1793; plusieurs de nos corsaires coururent sur les Américains et leur firent beaucoup de prises, ce qui donna lieu à de nombreuses réclamations; les gouvernements ne purent s'entendre, et il en résulta une proclamation, par laquelle le président des ÉtatsUnis défendit de délivrer des expéditions, pour aucun · port de France, à dater du 1" juillet 1798.

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» On peut évaluer à 200,000 tonneaux ce qui se recueillait de vin, en 1790, dans la sénéchaussée de Bordeaux. En voici à peu près la distribution :

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