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Bordeaux, une grande partie du peuple était sans travail. Ce fut dans cette situation qu'eurent lieu les préliminaires du traité de paix qui fut signé à Amiens, le 27 mars 1802., Les affaires reprirent aussitôt une assez grande animation, malgré les changements produits dans nos rapports par l'insurrection de Saint-Domingue. Un grand nombre de navires de Bordeaux furent expédiés pour les colonies occidentales, l'île de France, la traite des noirs, le Sénégal et la Louisiane. Toutefois, les engagements internationaux rompus en 1793, ne pouvaient renaître qu'en vertu d'un re· nouvellement du traité de commerce. Des conférences furent ouvertes, le Gouvernement s'adressa aux places maritimes pour demander leur avis sur les principales questions qu'il s'agissait de résoudre; M. Portal rédigea, au nom du commerce de Bordeaux , un mémoire où les intérêts commerciaux de la France sont étudiés avec une supériorité remarquable. Après avoir démontré que le traité de 1786, conçu dans un très-bon esprit, aurait produit des avantages considérables pour notre commerce, si le temps le lui avait permis, l'auteur examine quelles devaient être les conditions essentielles du nouveau traité, en tenant compte des défauts que l'expérience avait fait reconnaître dans le premier : « L'expérience du premier traité, dit-il, doit servir de guide pour les bases à établir dans celui que l en croyait utile de faire de nouveau avec I'Anglelerre» On a remarqué que les vins, les eaux-de-vie et les vinaigres étaient soumis à des droits fixes tellement forts. qu'ils pouvaient être considérés comme prohibitifs C'est donc sur ces denrées, qui forment le principal moyen d'échange de la France, que nous devons surtout arrêter notre pensée et nos observations• Nous dirons d'abord que les droits de douane pour l'introduction en France des marchandises anglaises étant basés sur la valeur de ces mêmes marchandises, il serait juste et naturel que nos liquides fussent a lmis en Angleterre d'après la même règle. » On conviendrait de part et d'autre que, toutes les fois que les préposés des douanes suspecteraient quelque infidélité, ils pourraient garder la marchandise en payant la valeur déclarée et 10 p. 100 en sus. » Ce moyen serait, autant que possible, une garantie de l'exactitude réciproque, et pourrait répondre aux objections de tromperie et de fraude. » Il est possible que les Anglais ne veuillent pas admettre généralement ce système de droits sur la valeur, système qui les rendrait nos tributaires pour des sommes considérables, et qu'ils s'obstinent à demander que nos liqueurs soient soumises à des droits fixes. » De notre côté, il sera utile que nous insistions très-fort sur ce point. Nous devons leur dire : Vous allez avoir en France des consommateurs nombreux pour les marchandises de vos fabriques; ce que nous avons à vous envoyer des nôtres ne sera pas aussi considérable, même en y réunissant celles dont nous avons à demander l'admission supplétive; il nous faut une compensation et nous ne pouvons la trouver que dans la faveur que nous réclamons pour nos vins, nos eaux-de-vie et nos vinaigres. Si vous voulez un traité, il faut qu'il soit juste, égal, et il ne peut l'être qu'aux conditions que nous vous proposons. » Les Anglais ont envie de faire un traité avec nous, et nous ne serions pas étonnés qu'ils se déterminassent à accepter ces bases. » Mais dans le cas où il y aurait impossibilité de les faire adopter, notre insistance sur ce point nous placera en bonne position pour demander et obtenir que les droits sur nos liquides soient fixés à 50 p. 100 au moins au-dessous de ceux qui avaient été stipulés dans le traité de 1786. » Nous payions, d'après le traité, 50 guinées par tonneau de vin, 32 guinées 10 schellings 10 deniers par tonneau de vinaigre, et 7 schellings sterling par gallon d'eau-de-vie. » Depuis la guerre, les Anglais ont beaucoup augmenté leurs droits de douane sur les vins et les eaux-de-vie, et ils les ont à peu près maintenus sur nos vinaigres. Dans ce moment nous payons à l'introduction :

2,558 fr. » c. par tonneau de vin. .. 770 » par tonn. de vinaigre. '( crû de Bordeaux. 22 25 par velte d'eau-de-vie .

» Ces droits sont si forts, que l'Angleterre consomme aujourd'hui beaucoup moins de nos vins, et que la plus grande partie de ceux que nous lui envoyons SOnt expédiés pour ses possessions lointaines. » Les vins qui sortent de la mère-patrie anglaise pour ses colonies jouissent d'un drawback de 95 pour 100 sur les droits, de sorte que les habitants de Calcutta boivent nos vins à meilleur marché que les habitants de Londres. » Les vins de Portugal, pendant la guerre actuelle, ont été portés, de 30 guinées qu'ils payaient lors du traité, à environ 73 guinées le tonneau. Les droits sur ces sortes de vins se perçoivent par pipe, mais nous avons supputé leur coût par tonneau, afin de rendre la comparaison plus facile. . » L'habitude de boire du vin se propage en Angleterre, et bien que ceux de Portugal, en raison du coût d'achat et des droits d'entrée, reviennent trèscher, on en fait une consommation immense. » Nous avons su que pendant la guerre actuelle, il est arrivé un convoi à Londres, venant d'Oporto, ayant à bord 45,000 pipes de vin, représentant une valeur de plus de 32 millions de notre monnaie. » La cherté des prix n'ayant pas diminué le goût des Anglais pour le vin , ce goût, au contraire, s'accroissant d'une manière remarquable, cette nation se trouve justement dans les dispositions et la direction qui nous conviennent, et un traité de commerce avec elle peut nous assurer de grands avantages. » On n'est pas généralement d'accord sur la question

de savoir si les Anglais aiment mieux nos vins que les vins d'Oporto. Les Anglais boivent plus de vins d'Oporto que de vins de France , mais c'est à cause de la différence considérable dans le prix. Ce qui fait douter que les Anglais aiment mieux les vins d'Oporto que les nôtres, c'est que dans les dîners de cérémonie, chez les gens riches, on ne se sert que du claret ou des vins de France et des vins de Madère ; mais ce qui est une raison de nous faire donner la préférence, c'est que le claret est le vin le plus honorable en Angleterre, et qu'il est impossible de dire les quantités que l'on en consommerait si, au lieu de payer chaque bouteille 10 à 12 fr., prix actuel, on pouvait le vendre de 3 à 4 fr. » Or, ce changement serait l'effet naturel de la diminution des droits de douane; car, si nos vins, à leur entrée en Angleterre, ne payaient plus que 600 fr. par tonneau au lieu de 2,700, nous pourrions envoyer des vins dont la valeur n'excéderait pas 15 à 1,800 fr., tandis qu'aujourd'hui il n'y a que les premiers crûs qui soient propres à cette consommation, et ceux-là valent 4 , 5, et 6,000 fr. le tonneau en France, au moment où ils sont expédiés pour l'Angleterre. » Il est tout simple que la France demande à jouir d'une diminution des droits proportionnels sur les eaux-de-vie. - » Les eaux-de vie de France ont de nombreux consommateurs en Angleterre. Celles de Cognac y sont les plus estimées, et dans ce moment même plusieurs

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