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et après avoir visité Fay-fo pour y chercher quelques marchandises chinoises, le Henry rentra dans la rivière de Bordeaux , le 14 avril 1820. Ces exemples furent imités par un grand nombre de nos principaux armateurs; leurs efforts, leurs essais coûteux , leurs tentatives hardies se montrèrent sur tous les points du globe, et les vaisseaux bordelais apparurent à la fois dans les mers de l'Inde, de la Chine, du Chili, du Pérou, partout où il était possible de renouer d'anciennes relations ou d'en créer de nouvelles. Le second but, c'est-à-dire la réformation des tarifs douaniers et l'obtention de traités commerciaux avec les puissances européennes pour améliorer le sort de nos vins, fut poursuivi dès ce moment avec la même vigueur. La chambre de commerce de Bordeaux et les principaux négociants ne cessèrent d'adresser, soit au Gouvernement, soit aux assemblées législatives, de nombreux mémoires où les principes et les vrais besoins du commerce étaient exposés avec la plus grande lucidité. Malheureusement, le gouvernement de la Restauration n'était pas en situation d'essayer des réformes pouvant toucher même momentanément aux ressources du trésor; l'indemnité exigée par les armées étrangères l'avait écrasé, la violence des partis l'intimidait, il ne songeait qu'à son existence. Dans l'épuisement où se trouvaient les finances, toute ressource était précieuse, et le ministère se préoccupa avant tout d'augmenter le revenu des douanes. La loi du 28 avril 1816 consacra donc les rigueurs de tarif

de la période révolutionnaire et de l'ère impériale (1). Le coton, affranchi de tous droits en 1814, fut frappé de 22 fr. par 100 kil. La taxe, pour ainsi dire prohibitive, sur les houilles étrangères, fut maintenue. Par suite, les Anglais ne firent aucune modification sur le tarif de nos vins, et bientôt ils en élevèrent même le droit d'entrée à 13 schellings 9 deniers par gallon, soit 3 fr. 79 c. par litre, repré· sentant 3,454 fr. 66 c. par tonneau bordelais. Malgré cet insuccès, notre port ne ralentit pas ses efforts; les rapports intérieurs prirent une plus grande activité; des correspondants bordelais s'établirent dans les Pays-Bas, dans les villes anséatiques, partout où régnait le goût de nos vins et où la modération des tarifs en rendait le commerce possible. Nos premiers négociants, à la tête desquels il faut placer M. Balguerie-Stuttemberg, comprirent à la même époque qu'il était indispensable de créer à Bordeaux une maison de banque fortement constituée , offrant au crédit de nouvelles voies et pouvant dans les moments de crise protéger et défendre la sécurité de la place. Au commencement de 1818, un projet de banque établie en société anonyme et montée par actions, fut présenté à l'autorisation du Gouvernement; ce projet devait trouver et trouva en effet une opposition très-vive dans la partie des commerçants qui avaient intérêt à rester à la tête du mouvement financier; l'escompte, disaient-ils, toujours facile sur (1) Amé, p. 75.

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notre place, a évidemment prouvé que nos capitaux réels suffisaient à nos opérations ou que la sagesse de nos allaires y supplée en nous procurant au dehors ce crédit qui associe pour ainsi dire volontairement tous les négociants de l'Europe à la fortune de ceux qui savent le mériter, et ne les oblige pas forcément, par l'établissement de banques particulières et locales, à s'intéresser à des entreprises que trop de facilités rendraient bientôt hasardeuses. Où est donc la nécessité de cette banque locale qui viendra tripler nos capitaux ? La ville projette de grands et utiles embellissements, ses finances ne peuvent y suffire ; elle réclame la confiance des citoyens : 2 millions sont aussitôt versés dans sa caisse ! Le Gouvernement nous appelle-t-il à contribuer à l'achèvement d'un monument utile et glorieux pour notre ville ? Dans deux ans, le magnifique pont de Bordeaux sera achevé, et ce sont encore nos propres moyens qui suppléent à ceux de l'État. Laisserons-nous à la capitale seule l'avantage d'assurer nos opérations maritimes et d'en recueillir le fruit ? Une riche compagnie d'assurance s'élève dans notre sein, et cependant l'escompte est toujours à 4 1/2 p. 100 au plus ! A quoi seront donc employés ces capitaux fictifs qu'on nous propose de mettre à la place de nos capitaux réels? Ces motifs étaient loin d'être invincibles; on leur . répondait : Vöus mettez avec raison la facilité de l'escompte au nombre des ressources les plus indispensables dans une place comme la nôtre ; or, une

banque n'est qu'une caisse d'escompte; la concurrence des capitaux ne peut qu'augmenter les avantages du commerce ; plus l'escompte sera facile, plus les affaires devront se développer. La banque propose, il est vrai, l'émission exceptionnelle de billets au porteur. Qui peut nier le bien qui résultera de ce nouveau ressort de circulation? Si l'établissement prospère, il doublera les moyens conventionnels d'échange; si, comme vous le dites, l'opinion publique doit repousser ce papier, les conséquences de la banque n'auront aucun inconvénient pour le numéraire.

Le Gouvernement n'eut pas de peine à reconnaître le vrai au milieu de ces discussions ; du reste, plusieurs établissements de ce genre prospéraient déjà sur quelques-unes de nos places. La banque de Bordeaux fut autorisée pour trente ans, par ordonnance du 23 novembre 1818, et ses statuts furent publiés le 8 décembre suivant.

L'article 11 portait :

« Les opérations de la banque consistent : 1° A escompter de toutes personnes des lettres de change et autres effets de commerce à ordre, à des échéances déterminées qui ne pourront excéder quatre mois sur Bordeaux et cent jours sur Paris, souscrits par des commerçants et autres personnes notoirement solvables; 2° à se charger pour le compte des particuliers et des établissements publics du recouvrement des effets qui lui seront remis; 3° à recevoir en comptes-courants les sommes qui lui seront versées par des particuliers et des établissements publics, et à payer les sommes dont on aura disposé sur elle et les engagements à son domicile jusqu'à concurrence des sommes encaissées; 4° à tenir une caisse des dépôts volontaires pour tous les lingots-et monnaies d'or et d'argent de toute espèce et de tout titre. » Aux termes de l'article 12, la banque n'admit à l'escompte que des effets de commerce garantis par la signature de trois personnes au moins, notoirement solvables. L'article 14 établit que la banque pourra émettre des billets à vue et au porteur; que la moindre coupure de billets sera de 500 fr., avec réserve d'émettre des coupures de 250 fr. sous l'autorisation préalable de l'État; qu'enfin, l'émission des billets cumulée avec le montant des sommes dues par la banque dans les comptes-courants ne pourra jamais excéder le triple du capital numéraire existant et appartenant à la banque. - ! L'article 21 porte enfin que l'escompte sera perçu à raison du nombre de jours , et que cet escompte ne pourra excéder 5 p. 100, à moins d'une autorisation expresse du Gouvernement. La banque de Bordeaux commença ses opérations le 1er juillet 1819, et pendant plus de onze ans, elle eut à lutter contre des obstacles et des oppositions de toute nature. Lorsque la crise de 1830 éclata, elle se trouvait dans une position défavorable, et si elle n'eût songé qu'à sauver son capital, elle eût restreint ses opérations et cherché à réaliser autant que

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