Images de page
PDF
ePub

santes : les cargaisons pour le Mexique et le Pérou, partant de Bordeaux, se composent de quelques vins et eaux-de-vie , mais principalement d'objets manufacturés, tels qu'indiennes, soieries, meubles, tulles, étoffes de coton, papier et autres articles, d'où il suit que ces expéditions maritimes sont de la plus grande utilité pour ouvrir et conserver de vastes débouchés aux diverses branches de l'industrie française; or, les retours de ces chargements s'effectuent en grande partie en espèces d'or et d'argent ou lingots qu'il est du plus grand intérêt de réaliser sans le moindre retard et sans être surchargé de nouveaux frais; le placement immédiat de ces retours est une nécessité. La monnaie de Bordeaux a toujours offert aux pro- . priétaires des espèces un placement prompt, facile et sûr; les divers directeurs des hôtels des monnaies plus rapprochés de Bordeaux que de Paris ont fréquemment fait acheter à Bordeaux de quoi alimenter des fabrications dont leurs départements avaient le plus grand besoin. La monnaie de Bordeaux concourt puissamment au mouvement des affaires; elle a fourni en diverses occasions à la banque de Bordeaux, dont les billets n'avaient cours que dans la ville même, les moyens de soutenir et de multiplier les échanges à des époques à peu près périodiques où les habitants des campagnes réclament pour le paiement de leurs produits une grande quantité d'espèces nécessaires pour subvenir à des débours en numéraire assez considérables. Privée du secours immédiat de l'hôtel des monnaies

de Bordeaux, la banque, à ces époques, qui se renouvellent plusieurs fois dans l'année, pourrait être fort embarrassée pour l'échange de ses billets contre espèces. Les graves conséquences de cette perturbation se démontrent d'elles-mêmes. Ainsi, le placement à Bordeaux des retours du Mexique et du Pérou répand dans le département de la Gironde et dans ceux qui l'environnent une facilité de circulation et de paiement très-favorable au commerce. S'il ne subsistait plus qu'un seul hôtel des monnaies, les propriétaires des matières d'or et d'argent seraient obligés de supporter les frais et les risques de route, et d'ajouter encore une perte aux prix du fret et des assurances maritimes, de payer des commissions pour faire vérifier les espèces et recouvrer leur montant. Ils seraient forcés de subir la loi que voudrait leur imposer le directeur de cet établissement unique, qui fixerait les prix suivant l'affluence plus ou moins . grande des matières d'or et d'argent. Enfin, si les propriétaires des matières d'or et d'argent ne croyaient pas devoir accepter les prix offerts, ils seraient obligés de réexporter, ce qui entraînerait des pertes incalculables et fatales au commerce.

La plupart de ces raisons conservent encore leur même force aujourd'hui.

D'autre part, l'obstination des agents de change à réclamer, dès cette époque, l'établissement d'un parquet à la bourse de Bordeaux, donna lieu de la part de la chambre à un avis contraire, dans lequel elle aurait dû persister.

On ne pouvait voir en effet, dans cette création, qu'un moyen d'augmenter le cercle des opérations dangereuses, des spéculations factices qui offrent le séduisant appât de bénéfices rapides; opérations réellement dolosives, rentes à livrer, où l'on promet ce qu'on n'a pas, où des paris s'établissent au gré et selon le caprice de chacun, où celui qui a de la fortune et du crédit peut compromettre l'un et l'autre contre tel qui n'engage que sa parole et s'en joue suivant l'événement, sans que la loi, impuissante à faire exécuter des transactions qui échappent à son autorité, punisse celui qui viole la bonne foi et se soucie peu de conserver son honneur. Que si l'on objecte que déjà de semblables opérations avaient eu lieu à Bordeaux, la réponse est facile : Devait-on sanctionner par des formes légales un mal qu'on n'avait pu empêcher? S'il peut être avantageux d'agrandir les opérations financières des places qui, comme Londres, Paris, Francfort, surabondent de capitaux qui y affluent de toutes parts, où tant de causes attirent une foule d'individus disposés à se livrer aux chances aventureuses du jeu sur les effets publics français et étrangers, il n'en peut être de même à Bordeaux, dont la richesse principale consiste dans le produit · des vignobles qui l'environnent, dans le commerce maritime qui importe les produits exotiques, dans l'exportation à l'étranger des produits des départements qui l'avoisinent. Les capitaux ne surabondent pas à Bordeaux , le pays manque essentiellement de manufactures susceptibles d'exploiter les produits que

son commerce maritime peut lui fournir. Les vues de l'administration doivent tendre à favoriser, à provoquer même les établissements industriels, qui assureraient l'emploi plus rapproché, presque immédiat des denrées importées. Les opérations commerciales maritimes, les entreprises industrielles réclament des capitaux qui seront toujours malheureusement détournés par les résultats rapides mais apparents que peuvent présenter les spéculations des jeux de bourse. A l'extérieur, la place de Bordeaux porta son examen sur plusieurs objets importants, notamment sur la pêche et le commerce des vins avec le Nord. Consulté par le Gouvernement, en 1835, sur l'opportunité de conserver les primes accordées aux expéditions pour la pêche de la morue et sur les modifications nécessaires à la loi de 1832, le commerce de Bordeaux présenta les considérations les plus puissantes. Le maintien dè la prime ne pouvait en effet faire question; les grandes pêches forment une pépinière d'excellents matelots, ressource trop utile à l'État et à l'extension de notre navigation, pour songer à la restreindre, encore moins à la détruire ; elles fournissent un aliment permanent aux armements dans nos ports maritimes, donnent de l'activité à nos constructions et procurent une source de travail et de bien-être à toutes les classes qui se rattachent à cette industrie. Quant à la quotité des primes et aux modifications qui pouvaient être faites à la loi de 1832, l'opinion de la place de Bordeaux ne pouvait être plus rationnelle. La loi antérieure à celle de 1832 fixait ces primes à 40 fr. les 100 kil. sur les morues sèches exportées de France pour nos colonies; à 30 fr. les 100 kil. sur les morues exportées directement des lieux de pêche dans ces mêmes colonies. En établissant ainsi une prime différentielle en faveur des exportations de France, on avait reconnu, avant 1832, la nécessité d'encourager de grandes importations en France pour fournir un aliment nécessaire à nos armements pour les colonies, et pour étendre aussi les exportations de morue en Espagne, en Portugal et en Italie, où la consommation de ce poisson est considérable. Ces exportations avaient acquis jusqu'en 1832 une extension assez importante; mais alors le Gouvernement, préoccupé des avantages qu'on lui faisait apparaître dans l'établissement des entrepôts pour la morue à Saint-Pierre-Miquelon, crut devoir changer le régime existant. Après de longs débats, la loi de 1832 fixa les primes à 30 fr. par 100 kil. pour les morues transportées directement des lieux de pêche dans nos colonies, et à 24 fr. seulement pour celles transportées de France; mais cette loi ne produisit que de mauvais résultats; les importations de morue sèche en France devinrent presque nulles, et nos exportations de cette sorte de morue furent à peu près anéanties, au grand préjudice de notre commerce maritime; la place de Bordeaux demandait donc que, tout en conservant les primes

« PrécédentContinuer »