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différentielles, on revînt aux principes antérieurs à , 1832; mais ce vœu fut loin de recevoir une entière satisfaction.

VINS.

En 1832, le Gouvernement ayant manifesté la pensée qu'un traité de commerce avec la Prusse n'aurait pas pour résultat d'augmenter dans ce der-. nier pays la consommation de nos vins, la chambre de commerce de Bordeaux adressa au ministère un exposé très-remarquable :

« Nous croyons, disait-elle, que, malgré la concurrence des spiritueux de la Hollande et celle des vins du Rhin et de la Prusse proprement dite, c'està-dire de Breslaw , Magdebourg, Postdam, Francfort, etc., le débouché de nos vins est susceptible de s'accroître considérablement en Prusse, si le gouvernement français parvenait à nous ménager dans ce pays les avantages qu'il peut offrir.

» Apprécions d'abord l'importance de la concurrence dont il est question. On ne peut pas tenir compte des spiritueux de la Hollande; la Prusse tire peut-être de ce pays un peu d'eau-de-vie de genièvre; mais c'est fort peu de chose, on devrait tenir · plus de compte du rhum que l'Angleterre fournit en assez forte quantité à la Prusse; toutefois cette importation existe depuis longtemps, et il ne paraît pas qu'elle ait augmenté; nous serions disposés à croire, au contraire, qu'elle a diminué depuis deux 8lIlS.

» Les 7 à 8,000 tonneaux de vin que produit la Prusse proprement dite, présentent une concurrence bien plus réelle; heureusement la qualité de ces vins est excessivement médiocre, même dans les meilleures années, et dans celles qui sont froides et humides, elle est si mauvaise, que souvent on renonce à cueillir le raisin. Cependant, l'introduction de la culture

, de la vigne en Prusse et la production annuelle de

7 à 8,000 tonneaux de vin livrés à la consommation, moyennant un faible droit, est une chose à déplorer dans notre intérêt et que nous devons au système prohibitif.

» La concurrence des vins du Rhin, qui semble plus redoutable au premier aspect, est peut-être en réalité moins à craindre.

» Remarquons d'abord que les provinces du Rhin et de la Moselle, qui appartiennent à la Prusse, ne produisent que des vins fort ordinaires; ce sont en général de très-petits vins blancs, d'une qualité à peine semblable à celle de nos Entre-deux-Mers; ces vins sont froids à l'estomac, ils ont un acide qui empêche ceux qui n'y sont pas accoutumés depuis longtemps d'en supporter l'usage. Aussi, la plus grande partie de ces vins se consomme-t-elle sur les lieux de production. Ajoutons à cela que l'usage des vins blancs diminue chaque année en Prusse, et que la préférence se porte sur les vins rouges.

» D'après les renseignements que nous avons recueillis, il paraîtrait que les provinces prussiennes du Rhin produisent annuellement de 28 à 29,000 ton

neaux de vin, et que sur cette quantité considérable, il n'en est cependant introduit en Prusse qu'environ 6 à 700 tonneaux. En supposant que cette évaluation soit trop basse et qu'au lieu de 600 tonneaux la Prusse tire de ses provinces du Rhin 1,000 tonneaux, cette quantité serait faible encore en comparaison de l'importation des vins de France, que nous évaluons devoir être, année commune, de 5 à 6,000 tonneaux. Bordeaux seul expédie environ 4,000 tonneaux; Marseille et Bayonne fournissent des quantités assez fortes; la Prusse consomme en outre beaucoup de vin de Champagne, et cependant les vins français sont fortement imposés, tandis que les vins des provinces rhénanes ne paient qu'un faible droit. La préférence en faveur de nos vins est donc incontestable, et leur cherté est le seul obstacle à une plus grande consommation ; car, dans l'état actuel des choses, il n'y a que les fortunes élevées qui consomment les vins de France en certaine quantité; si on parvenait à les mettre à la portée des petites fortunes, la consommation ne pourrait manquer d'augmenter beaucoup. » A l'appui de cette opinion, la chambre invoquait les renseignements fournis par un ouvrage publié à Berlin en 1829 : « La culture de la vigne et le commerce du vin dans les États prussiens sont plus importants qu'on ne le croirait d'abord; l'élévation des droits sur les vins étrangers y a donné une nouvelle direction à ces deux branches de commerce.

» En l'année 18 19, la Prusse ne prélevait encore sur les vins étrangers qu'un faible droit; mais lorsque le Gouvernement vit que la modération avec laquelle il imposait un des plus importants articles du commerce de consommation n'était appréciée nulle part, lorsqu'il vit surtout la France, dont les vins sont principalement recherchés en Prusse, dirigeant son système prohibitif d'une manière toujours plus sévère contre les produits prussiens, frapper de droits exorbitants les bestiaux, les grains, les toiles, la quincaillerie, les rubans, le fil, alors disparurent les motifs qui avaient engagé la Prusse à renoncer volontairement aux revenus qu'elle pouvait raisonnablement prélever sur la consommation des vins étrangers; le Gouvernement se décida à remplir les vœux des cultivateurs vinicoles de la Prusse par une augmentation de droits. Après de vains efforts pour procurer aux produits de la Prusse une admission favorable à l'étranger, le tarif du 15 octobre 1821 établit à l'entrée des vins étrangers en Prusse, un droit de 8 risdales par quintal (soit environ 616 fr. par tonneau pour les provinces orientales), et de 6 risdales (soit environ 420 fr. par tonneau pour les provinces occidentales). Les vins du pays ne furent frappés que d'une légère contribution. »

Le résultat de cette première mesure se fit bientôt sentir, et voici quelle fut en Prusse l'introduction des vins étrangers, c'est-à-dire des vins de France, d'Espagne et de Portugal :

1819. . . 9,255 ton. Avant l'augmentation. . .{ 1820. .. 11,340 " 1821. . . 24,919

1822. . . 5,021 1823. . . 4, 140 1824. . , 5,165 Après l'augmentation. . .( 1825. . . 6,326 1826. . . 6,769 1827... . 6,972 1828. . . 7,502 •

En d'autres termes, de 1810 à 1821 inclusivement, sous l'ancien droit, l'introduction des vins étrangers a été, année commune, de 15,171 tonneaux. De 1822 à 1828, elle n'a été que de 5,985 tonneaux. Que devons-nous conclure de ce document , sinon que puisque une augmentation de droits a diminué la consommation , si on diminuait ces mêmes droits , nos débouchés augmenteraient. Jamais le moment ne fut plus propice pour obtenir ce résultat, car depuis que le choléra s'est montré en Allemagne, les vins rouges de France ont été recommandés exclusivement à tous les autres; ce n'est plus seulement un objet de luxe, c'est un objet de salubrité; par suite, l'habitude de les boire s'accroît chaque jour davantage, leur prix fort élevé arrête seul les consommateurs. Il existe donc réellement des motifs fondés d'obtenir en Prusse, malgré la concurrence des vins du Rhin, un plus large débouché de nos produits | vinicoles.

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