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Nous ajouterons que si le Gouvernement français veut donner une grande impulsion à la consomma tion de nos vins en Prusse, il ne doit pas se borner à obtenir une diminution de moitié ou des deux tiers sur les droits, mais il doit s'efforcer de créer des moyens d'échange entre les deux pays. Ceci nous ramène à notre demande primitive d'établir, avec les pays du Nord qui voudront s'y prêter, des conventions propres à faciliter nos relations commerciales. La Prusse est très-bien disposée à cet égard; dès l'année 1818, elle a annoncé par la loi du 26 mai que les produits des pays étrangers pourraient être librement introduits en Prusse, soit pour le transit, soit pour la consommation; que cette liberté de commerce ne trouverait de limite que dans la manière avec laquelle les autres États traiteraient le commerce prussien ; que, par suite, si ce commerce rencontrait des obstacles chez les autres nations, ces obstacles seraient mis par réciprocité en Prusse au commerce de ces mêmes nations.

C'est d'après ces principes que la Prusse a traité avec les diverses puissances; quelques-unes, et malheureusement la France est de ce nombre , se SOnt enfoncées toujours plus avant dans le système prohibitif ; la Prusse le leur a rendu rigoureusement. D'autres ont traité avec elle sur le pied d'une entière réciprocité, notamment l'Angleterre ; par convention du 2 avril 1824 , la navigation, les produits et les marchandises de la Grande-Bretagne et de la Prusse ont été établis sur le pied d'égalité. En 1826, ce système de réciprocité a même été étendu au commerce indirect des deux nations, ainsi qu'à l'Irlande et aux colonies anglaises. - Ces conventions ont produit les plus heureux résultats pour les deux pays. La Prusse qui, il y a vingt-cinq ans, n'avait pas de,troupeaux, produit aujourd'hui, chaque année, pour 68 millions de francs de laine, dont les plus belles qualités vont en Angleterre, et on les paie fort cher; elle fournit aussi à l'Angleterre des grains et des bois de construction. De son côté, l'Angleterre vend chaque année à la Prusse pour 112 millions de francs de marchandises de toute espèce, tandis que la France ne lui vend dans le même intervalle que pour 6 millions de ses produits, et cependant notre sol et notre industrie pourraient fournir avec tant d'avantage les objets dont la Prusse a besoin ! Tandis qu'il n'est allé en Prusse, sur nos 14,000 navires marchands, que : 2 navires français en 1826. 4 • – en 1827. 2 . - en 1828. On a vu dans les ports prussiens : 663 navires anglais en 1826. 87 1 - en 1827 . 823 - en 1828. En tout 2,357 navires anglais qui ont été traités comme les nationaux ; de plus, on a importé en Prusse, de Liverpool, 116 cargaisons de sel, tandis qu'à Noirmoutiers le sel était à vil prix.

Enfin, si nous consultons le tableau des navires qui ont passé le Sund depuis un grand nombre d'années, nous voyons toujours la navigation française au dernier rang. Ainsi, par exemple, en 1827, pour 81 navires français, il est passé 3,730 navires anglais; et en 1828, pour 103 navires français, il est passé dans le Sund 5,096 bâtiments anglais. Comme le prouvent les considérations que nous venons de rappeler, l'activité, le bon vouloir, la connaissance des vrais moyens ne manquaient pas au commerce bordelais; le pouvoir dirigeant avait seul à s'imputer la langueur et la faiblesse de nos rapports. Cependant , en 1836, le Gouvernement manifesta l'intention de faire une réforme douanière de quelque importance, et après une discussion orageuse dans les chambres, deux lois sanctionnées les 2 et 5 juillet accordèrent un certain triomphe aux défenseurs de la liberté commerciale. La première abaissait les droits sur les fers étrangers ; elle consacrait la levée de. la prohibition sur les cotons filés, sur les châles de cachemire, sur l'horlogerie, sur les foulards, sur les chaînes en fer pour la marine, sur les cuirs de Russie. Elle dimi·nuait de 33 p. 100 le droit sur les laines, et supprimait aussi la prohibition qui frappait à la sortie les soies propres à la chapellerie, les bois de construction, les merrains, etc. (1).

(1) Amé, p. 184.

La seconde levait un certain nombre de prohibitions secondaires, relatives aux ouvrages en ivoire - et en laiton, à la poterie d'étain, aux boutons de toute sorte, aux grandes peaux tannées, aux applications en dentelles de fil sur tulle, à quelques espèces de tapis. Elle abaissait les droits sur les toiles communes, sur la passementerie et la rubannerie de laine, sur les chevaux, sur les fromages, etc., etc. Ces lois ne tardèrent pas à produire quelque réciprocité de la part des nations étrangères, et notre commerce en ressentit les effets. Le chiffre des navires français entrés à Bordeaux, qui, en 1833, n'était que de 261 et en 1835 de 272, s'éleva successivement en 1836 à 300, en 1837 à 373, en 1839 à 398, en 1840 à 437. Le tonnage à l'entrée monta de 51,744 tonneaux pour 1833, et de 54,802 tonneaux pour 1835, à 60,218 tonneaux en 1836, et 64,880 tonneaux en 1839. L'augmentation, à la sortie, fut dans la même proportion, et le mouvement des navires étrangers éprouva à peu près la même augmentation relative. Malheureusement, cette marche ascendante n'eut pas de durée. Les nouvelles mesures n'étaient en effet qu'un palliatif impuissant, qui fut encore affaibli par les procédés d'exécution; le mal au fond restait le même ; les grandes questions douanières n'avaient pas été résolues; au lieu de continuer la revue des tarifs, suivant la promesse qui en avait été faite, le Gouvernement s'arrêta comme effrayé de son moment d'énergie; les coryphées du système protecteur avaient repris tout leur ascendant; une nouvelle loi du 6 mai 1841 rétablit quelques mesures restrictives, notamment sur les aiguilles à coudre; changement de tarification, qui détermina les délégués de l'association allemande, réunis à Stuttgard en 1842, à élever notablement les droits sur divers produits français, tels que les eaux-de-vie, les papiers peints, les gants de peau et la bijouterie de luxe. Antérieurement à cette mesure, le traité de navigation conclu, le 25 juillet 1840, avec le Gouvernement hollandais, fut un acte fatal à notre prospérité maritime. D'après ce traité, les produits spécifiés dans l'article 22 de la loi du 28 avril 1816, arrivant des ports hollandais par le Rhin et la Moselle aux bureaux de Strasbourg et de Sierck, devaient être admis à leur importation par navires français ou hollandais, moyennant le paiement des droits afférents aux provenances des entrepôts d'Europe sous pavillon français. Il était certain que cette faculté donnée à la marine néerlandaise d'introduire les marchandises coloniales par nos frontières de l'Est, devait réduire la part de notre navigation. Les députés de Bordeaux et des autres ports français présentèrent devant la chambre les raisons les plus puissantes, qui ne furent pasécoutées et que les faits ne tardèrent pas àjustifier. Bientôt la décroissance du commerce maritime fut sensible. | Il était parti de Bordeaux au long cours :

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