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En 184 1, 432 navires français jaugeant 75,613 tonneaux , montés par 4,256 hommes. En 1842, 395 navires français, de 63,463 tonneaux de jauge, de 3,445 hommes d'équipage. Diminution : 37 navires, jaugeant 12, 150 tonneaux et 811 hommes d'équipage. Au fond tout démontrait que la seule et véritable cause du malaise commercial était l'état d'antagonisme, que la faiblesse du Gouvernement n'osait attaquer avec une vigueur sufffisante. Dans toute autre voie, l'État se montrait en effet plein de bienveillance et de mansuétude pour les intérêts du commerce. Ainsi, sur les réclamations de notre chambre, des conseils commerciaux furent nommés à Canton, aux Philippines, au Pérou, au Chili, à Singapour, etc. Une exploration de la côte occidentale d'Afrique fut entreprise pour y rechercher les ports les plus propres à notre commerce, et le brick de l'État la Malouine prit à son bord le capitaine Broquant, du port de Bordeaux, chargé de faire un rapport sur tout ce qui pourrait intéresser et développer les relations françaises dans ces contrées. Des travaux importants reçurent leur exécution, soit à l'entrée, soit dans le cours de la Gironde; plu·sieurs feux nouveaux furent établis sur nos côtes et dans les passes de l'embouchure du fleuve, un système de bouées flottantes rendit la navigation plus sûre et plus facile. Les assemblées législatives votèrent l'établissement

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du chemin de fer de Paris en Espagne, passant par Bordeaux, ainsi que la ligne de notre ville à la Méditerranée. La continuation du canal latéral à la Garonne reçut une grande activité. Le chemin de fer de La Teste vint donner une nouvelle impulsion au défrichement des landes. La construction d'un quai vertical fut entreprise jusqu'à l'hôtel des douanes, pour diminuer les frais de déchargement et de chargement des navires. Ce bel ouvrage est aujourd'hui terminé. Enfin , toutes les routes nationales reçurent des améliorations considérables, et celle de Bordeaux à Bayonne fut entièrement achevée, malgré les difficultés immenses qu'avait toujours opposées la nature du terrain. Ces soins, ces travaux bien conçus, répandus en grand nombre sur toutes les parties de la France, n'arrêtaient pas cependant la faiblesse croissante des affaires commerciales, résultat des vices du système douanier. Le mouvement de notre port offrait les rapprochements suivants : Navires français entrés à Bordeaux au long cours. 1842. . . 395 navires. 63,463 tonneaux. 1843. . . 299 — 52,317 — 1844. . . 288 — 49, 424 — Différence en moins, de la première à la dernière année, 107 navires et 14,042 tonneaux. Ce qu'il y avait de bien remarquable, c'est que,

malgré les différences d'importance commerciale, le malaise se faisait sentir en même temps chez les diverses nations européennes. Cette observation fut comprise et la conviction devint générale; on reconnut qu'il fallait absolument attaquer et résoudre cette grande question du libre-échange qui dominait le monde commercial ; une agitation très-vive se répandit d'abord en Angleterre et bientôt sur le continent, une sorte de révolution commerciale se manifesta sur toutes les places. Bordeaux prit à ce mouvement une part très-active.

Nous n'atteindrions pas le but de cet exposé si nous ne présentions avec quelque développement chacune des questions principales que le commerce de Bordeaux étudia et défendit plus vigoureusement que jamais dans les dernières années du gouvernement de Juillet.

ARTICLE Ier .

LIBRE - ÉCHANGE.

La théorie du libre-échange est bien ancienne : elle remonte en France à l'établissement du système protecteur par Colbert. A l'instant même où apparurent les premières restrictions commerciales, il se trouva des penseurs pour les condamner (1). BoisGuillebert, contemporain de ce ministre, écrivait : « Il faut que les États fassent un échange conti» nuel entre eux pour s'aider réciproquement de ce » qu'ils ont de trop, et recevoir en contre-échange les

(1) Amé, p. 505.

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» choses dont ils manquent, et cela, non-seulement » d'homme à homme, mais même de pays à pays et » de royaume à royaume... La condition du progrès » de la richesse, c'est l'échange d'homme à homme, de peuple à peuple, et pour qu'il soit réellement profitable, durable, il faut qu'il se fasse sur le » pied de l'égalité, c'est-à-dire qu'il faut que les deux parties y trouvent toutes deux un bénéfice... » Laissez pleine liberté aux échanges, et du choc des » intérêts naîtra l'équilibre, la justice. » Ces principes furent développés en 1768 par Quesnay, l'un des encyclopédistes les plus distingués. Les œuvres d'Adam Smith leur donnèrent, en Angleterre, un grand retentissement. Le traité de 1786 eut pour but d'en faire un premier essai d'application ; mais au milieu des convulsions politiques dont la France fut bientôt saisie, il fut impossible d'apprécier les résultats de cette œuvre commerciale. Malheureusement, on ne put s'occuper pendant longtemps qu'à perfectionner les moyens de destruction ; le système protecteur et prohibitionniste atteignit sous l'Empire son dernier paroxysme. Après la paix générale , les hautes positions industrielles . obtinrent, comme nous l'avons vu, un triomphe complet, et l'Europe presque entière fut maintenue sous l'influence fatale des tarifs douaniers. De 1839 à 1845, la législation des céréales fit naître en Angleterre cette ligue du free trade, qui devait changer les bases du commerce. On sait qu'elle triompha en 1846 et que Robert Peel, cédant à

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l'opinion publique, fit enfin proclamer par le parlement anglais le principe du libre-échange. Entraîné par ce noble mouvement, le commerce de Bordeaux, dont les plaintes s'élevaient en vain depuis longtemps, prit courageusement l'initiative pour former en France une association de même nature. La résolution de notre ville fut énergique et prompte. Son exemple fut suivi par Paris et les principales places; quelques cités manufacturières, telles que Lyon et Rennes, entrèrent chaleureusement dans cette nouvelle ligue. |. La première séance de l'association bordelaise eut lieu le 23 février 1846. Le bureau, présidé par le maire de la ville, était composé des commerçants les plus distingués. Le mafifeste adopté consistait en quelques pensées d'une admirable précision : La liberté des échanges peut seule assurer la puissance des nations, la prospérité du commerce, le bien-être du consommateur. Lorsque les sociétés reconnaissent l'utilité du libre développement des transactions, les obstacles qui s'y opposent doivent successivement disparaître. Un peuple ne saurait aujourd'hui occuper un rang élevé dans la civilisation et posséder les éléments d'une influence réelle, s'il demeure privé du droit de recevoir librement les produits étrangers et d'expédier en échange les siens au dehors. Les relations du commerce international grandissent en importance et en activité à mesure que les barrières restrictives s'abaissent.

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