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qui termine l'Afrique au sud : mais il revint sans oser le doubler, et le nomma cap des Tempêtes, à cause des tourmentes qu'il y avait essuyées. A son retour, et sur le rapport de ce voyage, le roi Jean II de Portugal nomma ce promontoire cap de BonneEspérance, parce qu'il espérait, à juste titre, que cette découverte ouvrirait la route directe des Indes. La seconde idée géographique, basée sur toutes les traditions anciennes, était d'aller trouver les grandes Indes orientales, en traversant directement l'Océan du levant au couchant. On sait que ce fut dans ce but qu'un marin de résolution et de génie, Christophe Colomb, commandant trois caravelles du gouvernement espagnol, découvrit, le 3 août 1492, les îles Lucayes, puis Cuba, Saint-Domingue, et enfin le continent d'Amérique. Cette découverte inattendue fit naître un véritable enthousiasme dans le monde. Pierre d'Anghiera écrivait dans ses lettres de 1493 à 1494 : « Chaque jour il nous arrive de nouveaux prodiges de ce monde nouveau, de ces antipodes de l'Ouest, qu'un certain Génois, Christophus Columbus, vient de découvrir; notre ami Pomponius Lactus n'a pu retenir des larmes de joie lorsque je lui ai donné la première nouvelle de cet événement inattendu. » (1) Il est facile de comprendre, en effet, quel dut être l'étonnement de l'Europe; les philosophes admirèrent cet événement comme une preuve de la vé

(1) Humboldt, Hist. de la Géogr., t. I, p.4 et suivantes.

rité de leurs conjectures, mais qui devait , à raison des difficultés, être placé parmi les faits les plus étonnants; le peuple prit cette découverte pour un vrai prodige qui avait agrandi la terre et doublé le monde. Les souverains qui avaient refusé l'offre de Colomb en laissèrent voir leur repentir (1).

Les ports maritimes de France partagèrent l'immense impression que fit naître cette conquête de l'intelligence et du courage ; mais plusieurs circonstances, que nous examinerons dans la section suivante, les empêchèrent longtemps encore d'en recueillir les conséquences.

(1) Chapus, Hist. des Révol. du comm., p. 165.

CHAPITRE V.

SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

La découverte du nouveau monde ne produisit d'abord d'autre effet que d'augmenter en Europe la passion de l'or. — Deux siècles devaient s'écouler avant que cette nouvelle situation ne fit naître pour la France de sérieux éléments de commerce. — Les luttes religieuses anéantissent la prospérité de Bordeaux.— Au retour du calme, Sully, et, au siècle suivant, Richelieu et Colbert, s'occupent du commerce; mais le système mercantile et protecteur l'emporte sur toutes les idées de liberté des échanges. — Tableau de l'organisation du commerce de Bordeaux pendant ces deux siècles.

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La connaissance géographique de la terre se compléta rapidement par les découvertes nouvelles de Vasco de Gama et de Magellan. Le premier, parti de Portugal en 1497, doubla enfin le cap de Bonne-Espérance, parcourut toutes les côtes de la presqu'île indienne, et jeta l'ancre devant Calicut au mois de mai 1498; le second, chargé quelques années plus tard, par Charles-Quint, de diriger une expédition contre les Moluques, conçut le projet de s'y rendre par l'ouest, en passant au sud de l'Amérique. Le 21 octobre 1519, il entra dans le canal appelé alors des Onze-Mille-Vierges, qui fut ensuite nommé de Magellan, et que les navigateurs avaient pris jusquelà pour un golfe. A travers mille dangers, il atteignit l'issue occidentale du détroit, et l'immense Océan se déployant devant lui calme et majestueux, il le salua du nom de mer Pacifique. Après quatre mois de navigation, il reconnut les Philippines, puis l'expédition, ayant traversé la mer des Indes et doublé le cap de Bonne-Espérance, rentra en Portugal le 7 décembre 1522, après avoir accompli le premier voyage autour de la terre en 1,124 jours. Ainsi que nous l'avons dit, ces grandes découvertes furent longtemps sans produire de nouveaux résultats dans le commerce de la France et notamment dans les rapports maritimes du port de Bordeaux. Il est facile d'en apercevoir les raisons : les îles et le continent d'Amérique, presque entièrement à l'état de nature vierge et ne nourrissant que des peuples chasseurs, furent près de deux siècles sans pouvoir offrir des moyens d'échange de quelque importance ; les Espagnols et les Portugais, qui en prirent la possession exclusive, n'y établirent que des provinces nominales, et ne s'y livrèrent qu'à la recherche de l'or, dont l'abondance les avait éblouis et devait les égarer. Il ne faut pas oublier toutefois que les navigateurs français ne restèrent pas sans faire quelques tentatives pour prendre pied sur le nouveau monde. En 1535, et sous les auspices de François I", Jacques Cartier remonta le Saint-Laurènt, prit possession du pays et l'appela la Nouvelle-France. Quelques années plus tard , l'amiral de Coligny essaya de fonder une

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colonie française dans les Florides. Ce dernier éta· blissement fut perfidement détruit par les Espagnols, et l'on sait que ce fut un enfant de la Guyenne, le capitaine Dominique de Gourgues, qui arma quelques navires à Bordeaux et vengea ses compatriotes en exterminant une partie des forces espagnoles dans cette péninsule de l'Amérique. Mais le commerce ne devait pas encore profiter de ces entreprises ; ses développements furent arrêtés par les luttes sanglantes que provoquèrent les réformes religieuses; elles prirent une telle gravité dans la Guyenne, que tout mouvement commercial y fut entièrement paralysé. Calvin, réfugié à Angoulême, puis à Nérac, auprès de Marguerite de Navarre, répandit dans le midi de la France l'ardeur de sa doctrine. Les persécutions et les arrêts du Parlement ne firent que rendre la réforme plus active. Le protestantisme n'était pas alors considéré comme une religion nouvelle, mais comme une simple réforme - d'abus religieux.Les nouveaux principes pénétrèrent dans les communautés elles-mêmes; le couvent des Annonciades, à Bordeaux, y adhéra publiquement; de nombreux prosélytes se formèrent dans toutes les classes et jusqu'au sein du Parlement. L'émotion devint générale , toutes les affaires, tous les intérêts firent place à la guerre religieuse. Cet état d'anarchie dévora, pendant près d'un siècle, le commerce et la prospérité du port de Bordeaux. Parvenus à posséder des armées nombreuses, les réformés s'emparèrent plusieurs fois des ports et forteresses com

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