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la qualité de quelque manière que ce fût, sous peine de grosse amende et de déchéance du droit de bourgeoisie (1).

ARTICLE II.

COMMERCE DES BLÉS ET FARINES.

Si les principes qui présidaient à Bordeaux au commerce des vins avaient pour but de protéger la qualité des produits du pays, la législation sur les blés se proposait surtout de défendre la position du consommateur pauvre et d'éviter les disettes. En général, le commerce des blés était libre à l'importation; quant à l'exportation, elle n'avait pas dans le pays bordelais de législation fixe; dans les années d'abondance, des édits spéciaux en prononçaient la liberté ; mais dans les années de faible récolte, les jurats avaient par eux-mêmes le droit d'arrêter la sortie de toutes les céréales (2). Le principe de la liberté d'importation était absolu ; la vie du peuple y trouvait une de ses plus grandes garanties.-« En l'année 1575, dit la Chronique bordelaise, il y avait grande disette et cherté de grains, le peuple était en appréhension d'une famine ; tout à coup arriva sur le port et hâvre si grande quantité de navires chargés de blé qu'il vint à fort bas prix, ce qui arrive ordinairement à Bordeaux. »

(1) Delurbe, Anciens Statuts de Bordeaux, p. 205. Chron. bordelaise, p.84.

(2) Les droits intérieurs de province à province frappaient les céréales comme toute autre marchandise.

Quant aux règles du commerce intérieur des blés et farines, elles ont toujours été à peu près les suivantes pendant le XVI° et le XVII° siècle.

1° Lorsqu'un chargement de blé, soit par bateau, soit par navire, arrivait dant le port, il était absolument défendu à toute personne, quels que fussent son état et sa condition, d'acheter au-dessus de la quantité nécessaire à sa provision, soit pour revendre en ville, soit pour exporter, avant que trois marées entières ne fussent passées depuis l'arrivée du dit chargement, et cela sous peine de punition et de saisie du blé acheté ;

2° Aussitôt l'arrivée dans le port, le propriétaire ou le commissionnaire du blé devait déclarer le lieu où

était mouillé le bateau et le prix de son blé. A par

tir de cette déclaration, il ne lui était plus permis de déplacer son bateau et de changer son prix, quelles que fussent les circonstances; 3° Si le propriétaire mettait son blé à un prix trop élevé, une commission de jurats fixait elle-même le prix, et cette décision était exécutoire nonobstant toute réclamation ; 4° Le côté du port de Bordeaux exclusivement désigné pour le mouillage des bateaux chargés de blé et pour la vente des céréales, avait pour limite le port de la Grave au midi, et le pont Saint-Jean au nord ; 5° Quand un chargement de blé ou de farines était destiné pour Bordeaux, il était expressément défendu de faire des ventes pendant le trajet et en quelque

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lieu que ce fût; le navire ou bateau devait arriver directement à Bordeaux avec son chargement entièrement libre ; 6° Les blés et farines devaient être vendus sans préférence à tous ceux qui se présentaient avec leur argent; et, dans les temps de rareté, ils étaient distribués à tous, même aux plus indigents, selon les besoins de chacun et en présence d'un jurat nommé à cet effet : Aucun, dit le statut, ne sera préféré au prolétaire qui achète pour vivre du jour à la journée. 7° Défense expresse était faite à ceux faisant le commerce du blé d'aller au devant des bateaux ; comme aussi de revendre les blés sur le lieu même d'achat, c'est-à-dire de la Grave au pont SaintJean ; 8° Dans les temps de stérilité, tous les propriétaires étaient obligés de vendre leur blé au cours arrêté par l'autorité ; 9° Bordeaux entretenait un grenier d'abondance et en renouvelait l'approvisionnement chaque année ; 10° Tous les boulangers de la ville étaient tenus d'avoir un approvisionnement de trois mois dans la proportion de leur débit ; 11° Les procès du commerce de blé étaient toujours jugés à bref délai, et les décisions en étaient exécutoires nonobstant toute opposition ou appel (1).

(1) Delurbe, Anciens Statuts de Bordeaux, p. 155 et suivantes.

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ARTICLE III.

COMMERCE DU POISSON SALÉ.

La ville de Bordeaux faisait déjà depuis plus d'un siècle un commerce considérable de poisson salé. Elle était à l'Occident l'entrepôt général du produit des pêches, qu'elle répandait dans la Guyenne, le Languedoc, l'Angoumois, le Poitou, le Limousin et même les parties septentrionales de l'Espagne. Les principaux articles de ce commerce, avant le xvIe siècle, étaient le merlus, qu'apportaient à Bordeaux les pêcheurs de la Bretagne; les colacs et saumons salés, dont les Irlandais faisaient alors la principale importation; le hareng, que fournissaient concurremment dans notre port les Normands, les Anglais, les Écossais, les Irlandais, les Flamands; enfin la sardine, qui venait en abondance des ports bretons et normands, et que les Anglais et les Picards apportaient aussi en saumure. La morue n'était alors que d'une faible importance dans le commerce du poisson sec; mais vers le commencement du XVII° siècle, et dès les premiers établissements de Terre-Neuve, ce poisson devint un des principaux éléments du commerce de Bordeaux. On le rencontre, en effet, en quantité inépuisable, sur le grand banc placé dans le voisinage de cette île. Ce poisson se reproduit avec une facilité merveilleuse. Leuwenhock a compté dans l'ovaire d'une femelle de taille moyenne plus de neuf millions d'œufs. Il est vrai que ces œufs sont la proie

d'une multitude de poissons et des morues ellesmêmes, sans quoi la mer entière, disent les natura- listes, serait occupée par ces animaux. Le commerce du poisson salé avait donné lieu à des fraudes et à des abus nombreux, qui étaient combattus sur la place de Bordeaux par des règles spéciales; nous ne pouvons mieux faire que de rapporter ces règlements, antérieurs même au XVI° siècle, et qui devinrent ensuite applicables à la morue comme à tout autre poisson (1).

« Du poisson salé, des visiteurs d'icelui et du salaire que les dits visiteurs doivent prendre.

» Pour éviter les abus qui ont été commis par les vendeurs de poisson salé, en le vendant en pipes et en autres vaisseaux sans compter le dit poisson, les dits sieurs sous-maire et jurats inhibent et défendent à tous marchands étrangers de vendre aucune sorte de poisson salé, s'il n'est à cents ou à milliers, et non à pipe, ni cap à queue.

» Pour exécution de ce règlement, seront députés par les dits seigneurs deux visiteurs du dit poisson salé, lesquels prêteront serment par-devant eux de faire vraie et loyale visite sans avoir acception de personne, et de compter le dit poisson salé au mieux qui leur sera possible.

» Et en faisant lequel compte, aucunes fois ne mettront trois pour deux et parfois quatre pour deux

(1) Delurbe, p. 211.

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