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DE PHARMACIE

ET

72650

DE CHIMIE,

CONTENANT UNE

REVUE DE TOUS LES TRAVAUX PUBLIÉS EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER,

SUR LES

SCIENCES PHYSIQUES, NATURELLES, MÉDICALES ET INDUSTRIELLES,

AINSI QUE LE

BULLETIN

DES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ DE PHARMACIE DE PARIS.

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PARIS.
LIBRAIRIE DE LOUIS COLAS, RUE DAUPHINE, 32.

1843.

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Mémoire sur les matières azotées neutres de l'organisation ;

par MM. Dumas et CAHOURS. Depuis longtemps les chimistes ont signalé dans les animaux trois matières azotées neutres , remarquables soit par un grand nombre de propriétés communes, soit par leur abondance dans les solides ou les liquides de l'économie, soit enfin par leur présence dans tous nos aliments essentiels : ces matières sont l'albumine, la fibrine et la caséine. L'albumine, qui fait partie du blanc d’æuf; la fibrine, qui forme la portion coagulable du sang; la caséine, qui constitue la partie animale du lait. Dans ces derniers temps, tout le monde s'accordait à leur attribuer une combinaison identique.

Dans un Essai de Physiologie chimique , soumis il y a dix-huit mois au jugement du public, M. Boussingault et moi nous avons posé en principe que ces matières albuminoïdes existent dans les plantes ; qu'elles passent toutes formées dans le corps des lierbivores, d'où elles sont transportées dans celui des carnivores; que les plantes seules ont le privilége de fabriquer ces produits JANVIER 1843.

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dont les animaux s'emparent, soit pour les assimiler, soit pour les détruire, selon les besoins de leur existence.

Nous avions étendu ces principes à la formation des matières grasses, qui selon nous prennent complétement naissance dans les plantes, et qui viennent jouer dans les animaux le rôle de

combustibles, ou même quelquefois un rôle transitoire.

Nous avions enfin reconnu la nécessité de grouper ensemble tous les corps de la chimie organique doués de la propriété de passer à l'état d'acide lactique par la fermentation, entrant comme le sucre et les fécules, pour une part importante, dans l'alimentation de l'homme et des animaux, et ne se produisant réellement que dans les plantes, par les forces de la végétation.

C'est l'ensemble de ces vues et de leurs conséquences, que nous avons résumé dans le tableau suivant :

LE VÉGÉTAL

L'ANIMAL Produit des matières azotées neutres. Consomme des matières azotées neutres; des matières grasses.

des matières grasses; des sucres, fécules, gommes.

des sucres, fécules, gommes; Décompose l'acide carbonique. Produit de l'acide carbonique; l'eau.

de l'eau ; les sels ammoniacaux.

des sels ammoniacaux ; Dégage de l'oxygène.

Consomme de l'oxygène;' Absorbe de la chaleur.

Produit de la chaleur ; Absorbe de l'électricité.

Produit de l'électricité; Est un appareil de réduction.

Est un appareil d'oxydation ; Est immobile.

Est locomoteur.

.

.

Quoique ces lois se rattachent à un certain nombre de faits ou de principes déjà connus, elles constituent, par leur réunion, un système que nous avons le droit de considérer comme nouveau.

Dès son apparition, ce système devint l'objet d'une attention qui devait nous encourager vivement à en poursuivre le développement expérimental.

La démonstration exacte des lois que nous avions posées exigeait un grand nombre d'analyses très-délicates. L'absence prolongée de M. Boussingault, qui terminait de son côté, en Alsace , des expériences dès longtemps commencées, m'ayant privé de son concours , et ne pouvant exéculer par moi-même toutes les analyses que nous avions en vue , j'ai été heureux de trouver dans la collaboration de M. Calours, ancien élève de l'Ecole polytechnique, un secours qui me devenait indispensable, et dont les travaux personnels de M. Cahours font aisément apprécier toute l'importance.

Malgré tout le zèle que nous y avons mis l'un et l'autre , nous aurions difficilement conduit à fin un travail qui a exigé plus de cent cinquante analyses organiques faites par des procédés plus longs qu'on n'a coutume de les employer , mais aussi , nous osons le croire, plus précis, et ici la précision devait surtout nous préoccuper.

Ce travail a été considérablement allégé par le dévouement de M. Saint-Evre, jeune chimiste très-éclairé, qui s'y est consacré avec ardeur et qui en a pris une part très-large. Nous le prions d'en recevoir ici nos remerciments publics.

Si, comme nous l'espérons, les physiologistes reconnaissent, avec nous, que les plantes sont chargées de fabriquer la protéine qui sert de base à l'albumine, la fibrine et la caséine; que

les animaux peuvent bien modifier cette matière, l'assimiler ou la détruire, mais qu'il ne leur est pas donné de la créer, nous nous estimerons heureux, après avoir été les premiers à publier ces opinions, d'être aussi les premiers à fournir à la science des analyses exactes de quelques-unes de ces substances.

Rappelons cependant, pour éviter toute erreur, que déjà, en ce qui concerne l'albumine, cette opinion avait été énoncée par MM. Prévost et le Royer dans leur Mémoire sur la digestion; il faut bien le dire, elle n'y était pas appuyée de preuves suffisantes pour entraîner la conviction des physiologistes (1).

Plus tard elle fut reproduite par M. Mulder, qui, s'appuyant simplement sur l'identité de composition qu'il venait de reconpaitre entre l'albumine végétale et l'albumine animale, n'hésite pas à en conclure que l'albumine des animaux herbivores provient des plantes qui leur servent de nourriture (2).

Un oiseau granivore trouve dans le blé tous les éléments de sa nourriture. Un chien trouve dans le pain les matières que son organisation exige pour vivre et se développer. Une jument qui allaite peut non-seulement trouver dans l'orge et l'avoine les matériaux nécessaires à sa propre existence, mais aussi la sub

(1) Annales des Sciences naturelles , t. V. (2) Répertoire Chimie.

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