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Il est vray qu'à toy feul tout paroift rendre hommage,

Que les vents contre toy n'ofent former d'orage, Qu'en ta faveur les Murs femblent Se renverser, Que les Monts devant toy font prefts à s'abaiffer, Que mefme les glaçons, loin d'arrefter ta gloire, Souvent fervent de Pont à ton Char de Victoire,

Que ton Genie eft vafte, & digne

de ton Cœur,

Que l'on voit plus d'un Roy te devoir fa grandeur, Qu'il n'est point de Heros qui ne fuft temeraire,

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S'il tentoit la moitié de ce qu'ont'a veu faire Et que l Hiftoire un jour en dira plus de toy (à fon Roy Qu'aucun Flateur iamais n'en a die

Mais qu'admirera-t-elle avec plus de surprise?

Les Lauriers que ta main a cüeillis. pour l'Eglife. Iufqu'au. iourd'huy que pour dompter L'Hydre qu'en vain l'Enfer vou

l'Europe a cru

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droit reffufciter, Tu ne t'eftois fervy que d'Edits, de carreffes, De la voix des Docteurs, de pieufes largeffes; Mais tout cela, grand Roy n'a qu'éfleuré les cœurs:

Ce qui charma l'efprit de tant de

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Novateurs "

C'est que depuis trente ans, ils voyoient que ton Zele

Redonnoit à l'Eglife une beauté

nouvelle.

Ils te voyoient punir le courageux brutal (d'un Rival. Qui lavoit fon honneur dans le fang

Il n'eftoit plus d'Impie, & ton pouvoir Supreme Releguoit aux Enfers le Demon du blafphême. Les Soldats ne brulant que d'une noble ardeur,

Iamais fous les Drapeaux n'infultoient la pudeur.

Tu faifois diftinguer Rome d'avecque Rome,

Et l'intereft de Dieu d'avec celuy de l'homme.

Le fçavoir ioint au zele, eftoit le feul degré Par où l'on s'élevoit fur le Trône

Sacré,

(pacifique Et tes loix arrachoient la Veuve Des Ongles raviffans de la Chicane étique. L'Eglife avoit encor d'autres traits de beauté,

Dont le Peuple Heretique étoit comme enchanté.

Des Ecoles de Guerre inftraifoient La jeunesse,

A ne croiftre pas moins en verti qu'en adreffes

Fn Cloistre Militaire enfermoit les Guerriers,

Qui ne te pouvoient plus amaffer de (liberales

Lauriers

Et faint Cyr enrichy de tes mains Offroit à la pudeur un Temple, & des Veftales.

Comment donc l'Heretique eftant ainfi charme, N'euft-il pas pris plaifir à fe voir defarmé? Comment, s'eftant fenty tant de fois l'ame éprife. Des beaute, dont tes foins rajeu niffoient l'Eglife, Neust-il pas fait rentrer fous les loix de la foy Son cœur à qui l'orgueil fervoit d'unique Loy?

Cet Enfant dégoûté revint à la mammelle.

Cet Apostat fut humble, & redevint fidelle;

Ce Peuple, que l'Enfer avoit tant aveuglé,

Vit que par fareforme il s'eftoit déreglé. Il ceffa d'eriger faraifon en Concile, Il n'empoifonna plus le lait de l'Evangile; Enfin cet infenfe devint fage fous toy,

Et fouffrit fur fes yeux le bandeau de la foy.

Ainfi par mille foins, ainfi par mille charmes,

Tu fis ce que cinq Rois n'avoient pû par les armes.

Aprés un tel fuccés, que peux-tu defirer? Eft-il rien où ton cœur doive encore aspirer?

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