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et, comme Reine ou Maîtresse, elle est le type des prélats dans l'Église.

L'ange Gabriel fut envoyé vers Marie pour lui annoncer que le Fils du Très-Haut, charmé de sa beauté, l'avait choisie pour être sa Mère, et pour l'engager en même temps à recevoir avec joie cette heureuse nouvelle, parce que Dieu avait résolu d'opérer par elle la rédemption du genre humain. O bienheureuse Marie! s'écrie saint Bernard1, qui sut réunir l'humilité à la virginité! 11 convenait, en effet, que celle qui devait concevoir et enfanter le Saint des saints fût sainte de corps, et c'est pour cela qu'elle reçut le don de virginité; il convenait également qu'elle fût sainte d'esprit, c'est pour cela qu'elle reçut le don d'humilité. Ainsi ornée de la double couronne de toutes les vertus, tant de l'âme que du corps, cette Vierge sainte mérita de fixer sur elle, par l'éclat de sa beauté, les regards de la cour céleste et les complaisances du Roi des rois, qui envoya vers elle son céleste messager. L'ange alla donc trouver Marie, mais dans quel lieu? Sans doute dans l'endroit le plus retiré de sa maison où elle s'était enfermée pour adresser ses prières au Père éternel. Loin de nous de penser que l'ange trouva ouverte la maison de Marie, qui avait résolu de fuir la société et la conversation des hommes, de peur qu'ils ne vinssent troubler le silence de son oraison, ou ternir l'éclat de sa virginité. Elle tenait donc, et à toute heure, cette Vierge prudente, sa retraite fermée aux hommes, mais non aux anges. Marie ne restait donc pas dans les rues ou sur les places publiques, mais seule dans le secret de sa demeure. Que dis-je, seule?

1 Saint Bernard : Hom. 1 et 2, super Missus est.

Non, elle était environnée de toutes ses vertus, ce qui fait dire à saint Chrysostôme : L'envoyé du Très-Haut trouva Marie non au dehors dans la dissipation, mais dans la solitude, livrée au recueillement et à la contemplation, et parce qu'elle ne chercha pas les faveurs du monde, ell& trouva les bonnes grâces de Dieu. Saint Ambroise 1 dit aussi : A l'arrivée de l'ange, Marie était seule, retirée dans le secret de sa demeure, dans la crainte que quelqu'un ne vînt troubler son recueillement. Elle ne désirait point la société des autres femmes, elle qui avait pour compagnes ses bonnes pensées ; elle ne se croyait jamais moins seule que quand elle était seule; car alors, elle avait pour société les saints livres, les archanges et les prophètes; l'ange Gabriel trouva donc Marie dans le lieu où il la visitait d'ordinaire. Saint Jérôme dit quelque part 2 : Vous vous choisirez une petite cellule pour vous y retirer seule; que dis-je, seule ! vous aurez pour société tous les anges et tous les saints de la cour céleste; vous y lirez l'Évangile, et Jésus s'entretiendra avec vous; vous lierez conversation avec les apôtres et les prophètes, pourriez-vous avoir jamais une meilleure société? Saint Bernard dit également : Je ne suis jamais moins seul que quand je suis seul.

Nous devons croire qu'en ce moment Marie était plongée dans une ardente prière et dans une vive contemplation; peut-être même méditait-elle sur la rédemption future du genre humain, et comment elle pourrait s'opé rer par le ministère d'une vierge. Quelques auteurs prétendent qu'elle était occupée à lire ce passage du prophète

1 Saint Ambroise: Lib. II, in Lucam.

* Saint Jérôme : Epht. ad Euslach., tom. I, et ad Demetriad, tom. IV*

Isaïe 1 : Voici qu'une vierge concevra, etc. Ce fut alors qu'elle était intimement unie à Dieu par la contemplation que l'ange lui apparut. Ne convenait-il pas en effet que le Verbe éternel, qui voulait s'unir corporellement à Marie, choisît l'instant où elle-même s'unissait spirituellement à Lui par la méditation? L'ange se présenta donc à la Sainte-Vierge retirée dans le secret de sa demeure, sous une forme humaine et visible, et s'adressant à elle, il lui dit: Salut, ô vous quiètes pleine de grâces ; le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. L'ange apparut à Marie sous une forme humaine, car il convenait que celui qui venait annoncer que le Dieu invisible voulait prendre d'une vierge un corps visible, l'instruisît de ce mystère, revêtu lui-même d'une forme corporelle. L'ange se forma un corps lumineux, et selon saint Augustin, apparut à la Sainte-Vierge sous des vêtements blancs et un visage rayonnant de clarté 2. L'incarnation du Verbe fut annoncée à Marie afin qu'elle pût d'abord concevoir par la foi dans son cœur celui qu'elle devait ensuite concevoir selon la chair dans son sein. L'ange, changeant le nom d'Ève (Eva), dit à Marie : Ave (salut), lui signifiant que désormais elle serait délivrée de toute malédiction. Elle est dite pleine de grâces, et à juste titre, car la grâce est donnée aux autres avec mesure, elle seule mérite la faveur de recevoir dans son sein l'Auteur de la grâce, et si elle était déjà pleine de grâces avant la conception de son Fils, qui pourrait se faire une idée de l'abondance dont elle fut comblée après; ce qui fait dire à saint

'Isaïe, 7.

2 Saint Augustin : Serai. 18, de Tempore.

Jérôme 1 : C'est avec raison qu'elle est appelée pleine de grâces, car les autres ne reçoivent la grâce que par parties, et Marie la reçut dans toute sa plénitude. Elle est .vraiment pleine de grâces, celle par qui les dons du Saint-Esprit sont répandus sur toutes les créatures; celle qui procura la gloire au ciel, un Dieu à la terre, la paix aux hommes, la foi aux nations; celle à qui sont dus la fin des crimes, l'ordre dans la conduite de la vie et la réforme dans les mœurs.

L'ange ajoute : Le Seigneur est avec vous: c'est-àdire : qu'il soit dans votre sein et qu'il remplisse vos chastes entrailles, celui qui déjà est dans votre âme et remplit votre cœur. Qu'il soit avec vous non-seulement par son essence et sa puissance, comme il est en toutes choses; non-seulement par sa grâce, comme il est dans tous les saints, mais qu'il y soit spécialement en se formant un corps de votre substance et de votre sang le plus pur. Remarquez ici que si toute la salutation angélique fut agréable à Marie, ces paroles : Le Seigneur est avec vous, la comblèrent d'une joie toute particulière; aussi devons-nous les réciter avec une dévotion et une ferveur spéciales. Dieu, qui était déjà avec Marie, lui envoya un nouveau messager pour lui annoncer qu'il voulait être avec elle d'une manière plus intime. Il la fait proclamer seule bénie entre toutes les femmes et au-dessus de toutes les femmes. Depuis la chute originelle, toute femme est. soumise à la malédiction de Dieu, qui dit : Vous enfanterez dans la douleur; et toute vierge est soumise à la malédiction de la Loi qui maudit les entrailles stériles. Marie

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évita ce» deux malédictions : lu malédiction de Dieu, puisqu'elle demeura vierge, et la malédiction de la Loi, puisqu'elle devint mère. Elle fut la première de toutes les vierges, et en vouant à Dieu sa virginité, elle anéantit la malédiction de la Loi; c'est donc avec raison qu'elle est appelée bénie, puisque par elle le monde a été délivré de toute malédiction. Remarquons également que jamais homme ne parviendra à saluer cette auguste Vierge en termes plus excellents et plus agréables à son cœur que ceux que Dieu dicta lui-même, et qui lui furent communiqués par le ministère de l'ange. Chacune de ces paroles , en effet, renferme des mystères pleins de douceur. Dieu le Père, par sa toute-puissance, voulut la préserver de toute malédiction, ce que signifie le mot Ave. Dieu le Fils l'illumina de toute sa sagesse, pour qu'elle devînt cet astre brillant qui devait éclairer et la terre et les cieux, ce que marque le nom de Marie qui signifie étoile de la mer. Dieu le Saint-Esprit, en la comblant, en la pénétrant, pour ainsi dire, de toutes ses faveurs, la rendit si puissante, que quiconque cherche la grâce est sûr de l'obtenir par son entremise, ce que nous indiquent ces paroles : Pleine de grâces. Ces autres expressions: Le Seigneur est avec vous, nous montrent l'opération de cette union ineffable que toute la Trinité réalisa en Elle, lorsque la substance de sa propre chair fut unie, en une seule personne, à la nature divine, et qu'alors un Dieu devint homme et qu'un homme devint Dieu. Qui pourra jamais sentir ou exprimer tout ce que Marie éprouva de joie et de douceur dans cet instant précieux? Par ces paroles: Vous êtes bénie entre toutes tes femmes, chacun la reconnaît avec admiration et la proclame bénie et

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