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élevée au-dessus de toutes les créatures tant célestes que terrestres; et par ces autres : Le fruit de vos entrailles est béni, nous bénissons et nous exaltons le fruit divin sorti de son sein virginal, et auquel toutes les créatures doivent la vie, la sainteté et la gloire pour toute l'éternité.

En entendant les paroles de l'ange, la Sainte-Vierge fut un peu troublée et ne répondit point; pourtant son trouble ne venait ni d'un défaut de foi, comme celui de Zacharie, ni d'aucun motif blâmable, ni même de l'apparition de l'ange, car elle était habituée à de pareilles visites; cependant elle fut troublée : premièrement, selon saint Chrysostôme, à cause du nouveau mode d'apparition, car si elle était habituée à voir les anges, ce n'était pas sous une forme corporelle et environnés de clarté et de lumière, ce qui l'effraya un peu. Aussi l'Église, dans son office, s'exprime ainsi : La Sainte-Vierge fut effrayée de la lumière. Secondement elle fut troublée à cause de ses chastes pensées et de son vœu de virginité; car, comme dit saint Ambroise % c'est le propre des vierges de s'alarmer à l'approche des hommes et de craindre leur entretien. En troisième lieu, elle fut troublée par la formule inouïe de cette salutation, ce qui fait dire au même saint Ambroise 2 : Marie fut tout étonnée et émerveillée de ce nouveau genre de salutation, inconnu jusqu'alors et qui était réservé à Elle seule. Quatrièmement, enfin, elle fut troublée à cause des éloges et des louanges que l'ange lui prodiguait, car c'est le propre des âmes vraiment humbles de craindre d'autant plus, qu'on les élève davantage. Marie fut donc troublée,

1 S.iinl Ambroise : Lib. Il, in Lncuin. * Saint Ambroise : Lib. Il, in Lucam. mais par un motif louable et tiré de sa propre vertu, sans pourtant être déconcertée. Aussi, comme une vierge prudente et sage, elle ne répondit rien, mais rentrant en elle-même, elle réfléchissait sur les paroles insolites qu'elle venait d'entendre; car quoique accoutumée à recevoir la visite des anges, elle n'avait jamais entendu un langage semblable à celui qui lui était alors adressé. L'ange en effet venait de lui dire qu'elle était pleine de grâces, que le Seigneur était avec elle, et qu'elle était bénie par-dessus toutes les autres femmes; or Marie, cette reine de l'humilité, ne pouvait point ne pas être troublée par ces paroles louangeuses, car c'est le propre de celui qui est véritablement humble de rougir et de gémir, quand il se voit comblé d'éloges et d'honneurs. Si Marie fut troublée à la parole de l'ange, dit saint Bernard 1, ce fut l'effet de son amour pour la virginité, mais sa force d'âme l'empêcha d'être déconcertée, et son silence méditatif fut le fruit de sa prudence et de sa discrétion. L'ange alors considérant la Sainte-Vierge et pénétrant les diverses pensées qui agitaient son cœur et causaient son trouble, voulut la consoler et dissiper ses craintes, et l'appelant familièrement par son nom: O Marie, lui dit-il, ne craignez point; ne soyez pas effrayée des louanges que je vous ai données, elles ne sont que l'expression de la vérité; non-seulement vous êtes pleine de grâces, mais l'abondance de grâces que vous avez reçues de Dieu pour tout le genre humain, jamais aucune autre créature n'aurait pu les obtenir. Comme s'il disait, selon saint Chrysostôme : Celui qui mérite la grâce

1 Saint Bernard : Hom. 3, super Missus est.

de Dieu, ne doit avoir aucune crainte; vous avez trouvé grâce, mais vous ne la devez qu'à votre humilité, à votre amour de la chasteté, à la pureté de votre conscience. Qui pourrait en effet, sans l'humilité, trouver grâce devant Dieu, qui ne la donne qu'à ceux qui sont vraiment humbles? Et saint Grégoire ajoute : Marie trouva grâce auprès de Dieu, en lui préparant dans son cœur, par l'éclat de sa virginité, une demeure digne de lui, en conservant inviolablement sa chasteté et toute la pureté de sa conscience. Vous avez donc trouvé grâce, c'est-àdire la paix entre Dieu et les hommes, la destruction de la mort et le retour à la véritable vie, afin que par vous le Très-Haut rachète le monde, que par vous il éclaire le monde, et que par vous enfin il le rappelle à la vie éternelle. Celle donc qui était pleine de grâces trouva encore la grâce, mais pour la distribuer aux autres. Saint Augustin s'adresse ainsi à Marie : O Marie, vous avez trouvé grâce devant le Seigneur, et vous avez mérité de la répandre sur tout l'univers; aussi l'ange ne dit pas vous avez eu, vous avez acquis, mais vous avez trouvé, car ce qui est à nous, ce que nous avons acquis justement, nous pouvons le garder comme notre bien propre, mais ce que nous trouvons, nous devons le rendre à qui l'a perdu. Ainsi Marie a trouvé la grâce non pas afin de la conserver pour elle, mais afin de la restituer aux autres. Èye avait perdu la grâce, Marie l'a retrouvée non pour elle seule, mais pour nous et à cause de nous. En effet, si nous n'eussions pas été pécheurs, Dieu ne se serait pas incarné dans son sein. Nous tous donc, qui avons perdu par le péché les faveurs du Très-Haut, allons avec confiance au trône de Marie, qui est le trône de la grâce; par nos prières, par nos gémissements et par nos larmes, conjurons-la de nous rendre cette grâce que nous avons perdue et qu'elle a retrouvée pour nous et à cause de nous; elle est pleine de justice, de tendresse et de miséricorde ; elle ne sait rien refuser à qui l'implore. Écoutons saint Bernard 1 : Marie s'est faite toute à tous ; son sein miséricordieux est ouvert pour tous, et de sa surabondance elle communique la rédemption aux captifs, aux malades la santé, aux affligés la consolation, le pardon aux pécheurs, la grâce aux justes, la joie aux anges et la gloire à la Trinité tout entière. Et plus loin2: Marie, cette échelle des pécheurs, doit être l'objet de toute notre confiance et le fondement de notre espoir; si nous l'invoquons avec foi et dévotion, elle nous assistera dans tous nos besoins ; elle le peut, puisqu'elle est la Reine du ciel; elle le veut, puisqu'elle est la Mère des miséricordes. Élevez donc vos regards vers cette source de tous dons parfaits ; Dieu en a mis en elle toute la plénitude, voulant nous montrer avec quelle tendresse, avec quel amour nous devons l'honorer ; en elle doit être toute notre espérance, car en elle sont toutes les grâces de salut, et le Seigneur n'a rien voulu accorder aux hommes qui ne passe par les mains de cette Vierge bénie.

Vous avez donc trouvé grâce, ô Marie, vous qui deviez concévoir l'auteur même de la grâce. Vous concevrez dam voire sein, sans péché et sans souillure, et vous enfanterez un fils sans larmes et sans douleur, en demeurant vierge dans votre enfantement comme dans votre conception. C'est avec raison que l'ange lui dit:

1 Saint Bernard : Serin, de Nalivit. Maria.

s Saint Bernard : Serm. de Nativit. Maria.

Vous concevrez dans votre sein, car déjà elle avait conçu dans son cœur par sa foi et par son amour. C'est ainsi que nous devons concevoir en nous Jésus, par l'ardeur de notre foi et de notre tendresse, et l'enfanter par nos bonnes œuvres. Vous l'appellerez du nom de Jésus, c'est-à-dire Sauveur. L'ange ne dit pas : Vous lui imposerez le nom de Jésus, car ce nom lui avait été donné de toute éternité par Dieu le Père, selon sa propre interprétation de Salut, puisque par lui devait être sauvé le genre humain; aussi l'ange ajoute : Car il sauvera, non pas tout peuple, mais son peuple, c'est-à-dire celui qui s'attachera à Jésus par la foi et l'imitera par ses œuvres; et il le délivrera de ses péchés, montrant par là qu'il était véritablement Dieu, car il ^appartient qu'à Dieu, comme dit saint Chryostôme, de remettre les péchés. Le peuple de Jésus-Christ se compose non-seulement de la nation des Juifs, mais de tous ceux qui viennent à lui et qui le reconnaissent pour leur Dieu et pour leur roi. Daignez aussi, ô doux Jésus, m'admettre au nombre de vos sujets, malgré mon indignité, et me pardonner mes fautes. // sera grand, non pas de cette grandeur qui devait briller dans saint Jean-Baptiste, dont le prophète avait prédit qu'il serait grand devant le Seigneur, mais il sera grand, selon saint Ambroise % comme Dieu et comme Fils de Dieu. Il sera grand, non pas qu'il n'ait point été grand avant d'être conçu dans le sein de Marie (car comme Dieu il a toujours été grand), mais il sera grand comme homme, parce que cette grandeur, que par sa nature possède de toute éternité le Fils de Dieu, il devait la recevoir par

1 Saint Ambroise T Lib. Il, in Lucam.

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